(Ottawa) Le Canada a appuyé une démarche menée par les États-Unis pour permettre à Taïwan d’obtenir le statut d’observateur à l’Organisation mondiale (OMS) de la santé en raison de son succès pour contenir la COVID-19.

Mike Blanchfield
La Presse canadienne

Cette manœuvre est délicate sur le plan politique puisque la Chine considère Taïwan comme une province insulaire et perçoit tout appui étranger comme une intervention dans ses propres affaires internes. De plus, le Canada est aussi en conflit avec la Chine à la suite de ce que le gouvernement fédéral qualifie d’emprisonnements « arbitraires » de Michael Kovrig et Michael Spavor.

Taïwan se retrouve également au cœur de la dispute de l’administration Trump avec la Chine et l’OMS. Les États-Unis ont temporairement suspendu leur appui financier à l’organisation, lui reprochant une évaluation inadéquate des dangers de la COVID-19 quand le virus a commencé à faire des ravages à Wuhan, en Chine.

Le quotidien australien Sydney Morning Herald a été le premier à rapporter l’implication du Canada dans la coalition pro-Taïwan. Le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, a ensuite confirmé l’information.

« Le Canada continue d’appuyer la participation significative de Taïwan sur la scène internationale là où sa présence offre une contribution importante pour le bien public », a dit M. Champagne dans un courriel adressé à La Presse canadienne.

PHOTO ADRIAN WYLD, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne

« Nous croyons que le rôle de Taïwan comme observateur non étatique au cours des rencontres de l’Assemblée mondiale de la santé est d’intérêt pour la communauté internationale de la santé et est important dans la lutte mondiale contre la pandémie de la COVID-19. Le Canada encourage l’OMS à interagir avec les experts de Taïwan et à appuyer l’inclusion de Taïwan dans les discussions mondiales sur la santé. »

Un membre du gouvernement a indiqué sous le couvert de l’anonymat que la demande a été effectuée jeudi par les ambassadeurs du Canada, d’Australie, de la France, d’Allemagne, de Nouvelle-Zélande, du Royaume-Uni, du Japon et des États-Unis à Genève. Les représentants américains et japonais sont les meneurs de l’initiative.

L’Assemblée mondiale de la santé se réunira le 18 mai à Genève.

Le Canada ne reconnaît pas Taïwan comme entité politique souveraine, même s’il effectue des échanges culturels et économiques avec celui-ci. Ottawa est plus prudent dans ses relations avec Pékin depuis que la GRC a arrêté une dirigeante du géant chinois des télécommunications Huawei, Meng Wanzhou, en décembre 2018 en raison d’un mandat d’extradition américain.

MM. Krovig et Spavor ont été arrêtés neuf jours plus tard dans ce qui est perçu comme des représailles. Le gouvernement chinois a accusé les deux hommes d’espionnage et le Canada a rassemblé plusieurs appuis à l’échelle mondiale pour demander leur libération, provoquant la colère des dirigeants chinois.