(Montréal) Québec solidaire lance une série d’assemblées virtuelles afin de prendre le pouls des citoyens sur la sortie de crise, perçue comme une occasion de repartir sur de nouvelles bases.

Roxanne Ocampo
La Presse canadienne

Le leader parlementaire de la formation, Gabriel Nadeau-Dubois, estime que le gouvernement a jusqu’ici eu les coudées franches pour faire à la pandémie de COVID-19, mais qu’un débat de société s’impose maintenant qu’il est question de déconfinement.

Le premier ministre François Legault est selon lui « surtout pressé de repartir la machine », ayant chargé les ministres des Finances, de l’Économie, du Travail, ainsi que le président du Conseil du Trésor de piloter la relance.

Mais cette escouade ministérielle ne s’est jamais vu confier « le mandat de réinventer le Québec » et ne peut pas légitimement prendre des décisions aussi déterminantes pour l’avenir, fait valoir M. Nadeau Dubois.

« Les enjeux de société auxquels on va devoir faire face dans les prochains mois sont majeurs et doivent être débattus démocratiquement », a-t-il insisté, en entrevue téléphonique samedi.

D’autant plus que la Coalition avenir Québec a été portée au pouvoir dans un contexte tout autre, sur la base de promesses en bonne partie désuètes.

« En un mois et demi, tout a changé, souligne-t-il. Ça lui donne une obligation de consulter, d’être en dialogue avec la société. »

Le parti de gauche met de l’avant une programmation d’ateliers et de panels de discussion en ligne, avec des invités tels que le philosophe Alain Denault, la cofondatrice d’Équiterre Laure Waridel et l’ex-coordonnateur du Front d’action populaire en réaménagement urbain François Saillant. Cette initiative comprend également une série de huit « assemblées de cuisine », où des élus solidaires échangent avec des citoyens à propos du Québec d’après crise.

Une première vidéoconférence du genre a eu lieu mardi dernier, avec Sol Zanetti et Catherine Dorion. Près de 150 participants se sont joints à eux pour discuter du traitement réservé aux aînés. Dimanche, ce sera au tour d’Andrés Fontecilla et de Gabriel Nadeau-Dubois d’animer la discussion, cette fois sur le thème des inégalités accentuées par la pandémie.

Les assemblées de cuisine à venir comptent environ 400 inscrits, indique M. Nadeau-Dubois, qui y voit le signe d’une soif de réfléchir collectivement aux leçons à tirer de la situation actuelle.

Un effacement en partie involontaire

Jusqu’à tout récemment, les partis d’opposition avaient fait profil bas, se gardant de remettre en question les directives gouvernementales.

Ils avaient consenti à la mi-mars à une suspension des travaux parlementaires jusqu’au 21 avril. Ils se sont depuis entendus pour prolonger la fermeture de l’Assemblée nationale jusqu’au 5 mai, mais ils ont dû monter le ton pour obtenir la tenue de commissions parlementaires virtuelles d’ici là.

Questionné sur les conséquences de cet effacement initial de l’opposition, le député de Gouin a nié qu’il s’agissait d’un choix conscient de la part de Québec solidaire.

« À partir du moment où l’Assemblée nationale est fermée, où on est dans nos circonscriptions, ensevelies sous les demandes d’aides des citoyens et citoyennes, où on est confinés nous aussi, ça devient beaucoup plus difficile de participer au débat », a-t-il expliqué, en relevant que les médias ont également choisi de concentrer leurs efforts à relayer message du gouvernement.

Il reconnaît néanmoins que le rôle de Québec solidaire entre dans une nouvelle phase, où il devra relancer le débat démocratique et montrer que la crise, malgré son caractère tragique, représente une occasion à saisir.

« La pire chose qui pourrait arriver, c’est qu’on ait vécu une crise comme celle-là, qu’on ait perdu autant de vies, fait autant de sacrifies, et qu’après, tout continue comme avant, on n’apprenne pas les leçons et on refasse les mêmes erreurs. Ce serait le pire des scénarios. »