Le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, entrevoit l’avenir économique avec optimisme : le Québec pourrait retrouver un PIB équivalent à celui d’avant la pandémie dès le premier ou le deuxième trimestre de 2021. Et pour la première fois depuis que la COVID-19 paralyse la province, le gouvernement Legault a débattu vendredi avec les oppositions dans un Parlement virtuel. Un moment historique. Survol.

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

« REPARTIR ÇA ASSEZ VITE »

Si la Santé publique permet rapidement la relance du secteur manufacturier et de la construction, le Québec pourrait renouer avec un PIB similaire à celui connu au premier trimestre de 2020 – tout juste avant le début de la pandémie – dès les deux premiers trimestres de 2021, croit le ministre de l’Économie. « Selon les hypothèses que nous avons présentement sur l’ouverture de ces deux chantiers-là, nous croyons qu’on a une chance », a-t-il dit lors des premiers échanges virtuels avec l’opposition.

« Mais c’est évident qu’il va devoir y avoir une injection de fonds de la part du gouvernement. […] Je pense qu’on est capables, au gouvernement, de stimuler l’économie, surtout au niveau de la construction », a-t-il ajouté en faisant allusion au démarrage de plusieurs projets publics pour pallier la baisse anticipée dans le secteur privé. « On pense aux maisons des aînés, aux routes, aux écoles », a-t-il énuméré. « Au niveau manufacturier, on est tributaire de la chaîne d’approvisionnement internationale. Mais je parle aux grands donneurs d’ordres et je pense qu’on est capables de repartir ça assez vite. »

TROP OPTIMISTE, SELON L’OPPOSITION

L’ancien ministre libéral et critique de l’opposition en matière de Finances, Carlos Leitaõ, juge le gouvernement Legault « trop optimiste » quand il affirme que le Québec pourrait retrouver le PIB qu’il avait avant la pandémie dès les deux premiers trimestres de 2021. « C’est très risqué de miser sur ça. On va sortir de cette période de pause, qui est en fait une récession très forte […], avec un niveau d’endettement qui va nécessairement ralentir notre rebond économique », a-t-il dit. M. Leitaõ a également affirmé que le Québec devrait tester davantage la population lors de l’ouverture de l’économie pour s’assurer de retracer très rapidement ceux qui pourraient contracter la COVID-19, afin qu’ils n’infectent pas trop de personnes par la suite. « Pour que les consommateurs et les citoyens se sentent plus en confiance pour dépenser, aller dans les restaurants quand ils vont rouvrir, il faut que les gens se sentent à l’aise, et [pour ce faire], il faut que la capacité de tester soit répandue pour donner confiance à tout le monde », a-t-il dit.

AIDE BONIFIÉE AUX PME

Pierre Fitzgibbon a confirmé que Québec bonifierait son aide d’urgence aux petites et moyennes entreprises en ajoutant des sommes à l’enveloppe initiale de 150 millions mises à la disposition des MRC pour les entreprises ayant besoin de liquidités inférieures à 50 000 $. « C’était un chiffre que j’avais déterminé au meilleur de ma connaissance », a indiqué M. Fitzgibbon. Ce n’était pas une limite en soi, a-t-il ajouté. Selon les estimations du milieu, les fonds seraient insuffisants d’environ 30 %. « Si c’est ce qui manque, on va le mettre », a soutenu le ministre en mêlée de presse virtuelle. Le montant de 150 millions initial a été partagé par secteurs, si bien que Montréal et Québec devaient recevoir respectivement 40 millions et 10 millions, tandis qu’une centaine de MRC devaient se partager les 100 millions restants. « Ce qu’on a noté, c’est qu’il y a cinq ou six MRC qui ont levé la main pour signifier que le montant serait insuffisant », a fait valoir M. Fitzgibbon.

GRANDES SURFACES : « UNE INJUSTICE », ADMET FITZGIBBON

Pierre Fitzgibbon « accepte qu’il y [a] une injustice » en raison de l’ouverture autorisée des magasins à grande surface, qui pouvaient vendre des biens non essentiels, au détriment des petits commerçants et d’autres entreprises québécoises. « Plus [on pourra rouvrir rapidement] des commerces [ayant] pignon sur rue, dans les régions, plus ce problème va disparaître », a-t-il expliqué aux journalistes. « Au moment où l’on se parle, on est encore en négociations assez serrées avec la Santé publique. Nous, au Ministère, on pousse beaucoup pour rouvrir les commerces ayant pignon sur rue. Je n’ai pas de date aujourd’hui parce que je ne la connais pas. Mais j’aimerais que ça se fasse le plus vite possible », a-t-il ajouté, assurant qu’au sortir de la crise « si on voit des situations qui ont mis en péril une entreprise, il va falloir agir en conséquence ». M. Legault a déjà fait valoir « la balance des inconvénients » pour justifier d’avoir laissé ouvertes les sections de bien non essentiels des grands magasins, malgré la crise.

QUATRE MILLIARDS EN DEMANDES

Le ministre Fitzgibbon a confirmé qu’Investissement Québec a reçu pour « pas loin » de 4 milliards en demandes de prêts, soumises par quelque 800 entreprises, pour bénéficier du Programme d’action concertée temporaire pour les entreprises (PACTE) déployé par le gouvernement du Québec au début de la pandémie. Le PACTE s’adresse aux entreprises ayant besoin de liquidités d’un montant supérieur à 50 000 $ pour leur fonds de roulement. « On parle d’à peu près 800 entreprises pour le 4 milliards et une petite partie de déboursée seulement (environ 300 millions). Il faut comprendre que les entreprises qui font affaire au PACTE ont des liquidités, ce ne sont pas des entreprises qui attendent la fin du mois », a illustré M. Fitzgibbon. Il a aussi précisé qu’environ 100 000 entreprises ont bénéficié ou vont bénéficier du programme fédéral de prêts de 40 000 $, dont 10 000 $ est versé sous forme de subvention.

MARCHÉ MOINS ACCESSIBLE À LA CHINE

Le gouvernement Legault a déclaré ces dernières semaines qu’il souhaitait que le Québec acquière une plus grande autonomie alimentaire et au chapitre de l’équipement de protection médicale. Questionné vendredi si cette volonté pouvait être mise en œuvre alors que le Québec souscrit à des accords de libre-échange, le premier ministre François Legault a affirmé qu’il « ne faut pas négliger le respect des accords internationaux », mais il a plaidé qu’il ne voyait pas pourquoi la Chine pouvait limiter l’accès à son marché sans que le Québec puisse faire la même chose en retour. « Il faut aussi ne pas être naïf. Je vais parler de la Chine, par exemple, où on exporte 4 milliards, mais où, eux, nous en exportent 12 milliards de produits. C’est très difficile de percer certains marchés comme la Chine. […] Si le marché, l’autre côté, n’est pas accessible par nos entreprises, je ne vois pas pourquoi on se priverait de le rendre plus difficilement accessible aussi à ces pays-là », a-t-il dit. Le ministre Fitzgibbon a aussi indiqué que le Québec disposait d’une bonne marge de manœuvre pour baisser l’importation et augmenter les exportations en demeurant « libre-échangiste ».

PREMIÈRE HISTORIQUE

Pour la première fois de son histoire, l’Assemblée nationale a tenu vendredi des commissions parlementaires virtuelles, alors que le ministre Pierre Fitzgibbon et le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, ont répondu aux questions des oppositions par visioconférence. L’exercice, parfois laborieux en raison de certains problèmes de micro, s’est toutefois déroulé dans un enthousiasme palpable, alors que les députés débattaient pour la première fois depuis plusieurs semaines. Le Parti libéral, Québec solidaire et le Parti québécois ont salué l’initiative et ont affirmé qu’ils souhaitaient la renouveler dans le contexte de la COVID-19. Certains, dont le député péquiste Harold LeBel, ont toutefois souligné qu’il était plus difficile de faire signe à un ministre quand il prenait trop de temps pour répondre, ce qui rogne le temps de parole de l’opposition. Deux autres commissions parlementaires virtuelles se tiendront la semaine prochaine. L’Assemblée nationale pourrait recommencer à siéger dès le 5 mai, mais les partis devront négocier les modalités du retour, alors que les principes de distanciation sociale seraient difficilement respectés si tous les députés se rassemblaient au Salon bleu lors d’une période de questions.