(Ottawa) En l’espace de 45 minutes seulement, lundi, les Canadiens ont eu droit à des informations fort pertinentes grâce au travail du Parti conservateur, du Bloc québécois et du NPD durant la première véritable journée de séance de la Chambre des communes depuis le 13 mars.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

À titre d’exemple, on a appris que des avions nolisés devant rapporter des équipements médicaux de la Chine sont rentrés au Canada les soutes vides, grâce à une question du chef intérimaire du Parti conservateur, Andrew Scheer, au premier ministre Justin Trudeau.

On a aussi appris que le gouvernement fédéral avait distribué jusqu’ici seulement 400 respirateurs aux provinces depuis le début de la crise de la COVID-19, à la suite d’une autre question du chef de l’opposition officielle, et que l’on attend la livraison de certains des 30 000 respirateurs fabriqués par des entreprises canadiennes qu’Ottawa a récemment commandés à compter du mois prochain.

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Lundi, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, et une trentaine d’élus ont participé à la première véritable journée de séance de la Chambre des communes depuis le 13 mars. 

Et on a aussi pu entendre Justin Trudeau, également au milieu de l’interrogatoire mené par M. Scheer, s’engager à revoir les protocoles concernant l’utilisation des « précieuses » fournitures médicales que possède le gouvernement fédéral. La semaine dernière, le réseau CBC a révélé qu’une agence fédérale avait jeté aux ordures quelque 2 millions de masques N95 et 400 000 paires de gants qui se trouvaient dans un entrepôt de la Réserve nationale stratégique d’urgence, à Regina, au printemps dernier, parce qu’ils étaient périmés depuis cinq ans.

Selon M. Trudeau, il aurait été préférable d’expédier ce matériel aux hôpitaux du pays avant la date de péremption et de regarnir le stock fédéral au fur et à mesure afin d’être prêt à affronter toute crise sanitaire, comme la pandémie de COVID-19.

Aux questions incisives du chef du Bloc québécois Yves-François Blanchet, sur l’aide inadéquate qu’a offerte selon lui jusqu’ici le gouvernement fédéral aux grands oubliés de la crise actuelle, les personnes aînées, le premier ministre s’est engagé à adopter de nouvelles mesures, « y compris des mesures recommandées par des députés de l’opposition, pour mieux aider nos aînés pendant cette crise ».

Le premier ministre n’était pas le seul sur la sellette. Un autre exemple ? On a appris de la bouche du ministre de la Sécurité publique, Bill Blair, que « moins de 10 personnes » ont franchi la frontière de manière illégale à la hauteur du chemin Roxham, près du poste frontalier de Saint-Bernard-de-Lacolle, depuis l’entrée en vigueur de nouvelles restrictions sur les déplacements à la frontière, il y a 30 jours. Toutes ces personnes ont été renvoyées aux États-Unis, a précisé le ministre Blair en réponse à une question du député conservateur Joël Godin.

Minoritaires aux Communes, les libéraux de Justin Trudeau ont tenté, durant les premières semaines de la pandémie, de s’attribuer des pouvoirs de taxation sans précédent quand ils ont présenté, durant une session extraordinaire, un premier projet de loi pour venir en aide aux Canadiens frappés par la crise. La première ébauche du projet de loi aurait donné au ministre des Finances, Bill Morneau, le pouvoir de réduire et d’augmenter les taxes et les impôts, sans l’aval du Parlement, jusqu’en décembre 2021. Devant les hauts cris du Parti conservateur, le gouvernement Trudeau a dû faire marche arrière.

« Le Parlement est clairement un service essentiel. C’est là que les décisions se prennent. Les questions qui sont posées et les propositions qui sont faites visent à améliorer les choses, à mettre en évidence des incohérences qui ont été relevées. Mais surtout, cela permet de rapporter les problématiques qui se vivent dans toutes les régions et pas seulement dans les grands centres où se trouvent les libéraux », souligne le député Alain Rayes, lieutenant politique du Parti conservateur au Québec.

Les questions que l’on pose aux Communes, ce ne sont pas des questions des conservateurs. Ce sont des questions que les citoyens, les commerçants, les entreprises et les organismes nous posent tous les jours.

Alain Rayes, député conservateur 

« Et dans plus de 50 % des cas, nous n’avons pas l’information parce qu’il n’y a pas de corridor pour nous donner des réponses directes », ajoute M. Rayes. 

Depuis la suspension des travaux de la Chambre des communes, le 13 mars, le premier ministre Justin Trudeau s’est entretenu à deux reprises seulement avec le chef de l’opposition officielle Andrew Scheer, selon des informations obtenues par La Presse mardi.

À titre comparatif, le premier ministre du Québec, François Legault, tient deux fois par semaine une conférence téléphonique d’une heure avec les chefs des partis de l’opposition à l’Assemblée nationale, soit Pierre Arcand, du Parti libéral, Manon Massé, de Québec solidaire, et Pascal Bérubé, du Parti québécois.

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Andrew Scheer, chef intérimaire du Parti conservateur, à la Chambre des communes lundi

Dimanche, Andrew Scheer a plaidé sa cause en faveur d’une reprise des travaux parlementaires comptant un nombre réduit de députés, 32 en tout, comme ce fut le cas lors des deux séances d’urgence précédentes qui ont eu lieu.

« Je crois foncièrement que le Parlement est un service essentiel », a lancé le chef conservateur. Il a rappelé que les institutions démocratiques continuent de fonctionner dans d’autres démocraties. « Les représentants gouvernementaux au Japon, en Italie, en France, en Allemagne, en Grèce, en Suède, en Finlande et au Parlement européen continuent à se réunir en cette période difficile. Notre démocratie devrait fonctionner de la même manière. La distanciation sociale veut dire qu’on doit rester à deux mètres l’un de l’autre. Cela ne veut pas dire que l’on doit rester loin du Parlement », a-t-il aussi argué.

Certains observateurs ont vertement critiqué l’insistance du Parti conservateur d’avoir un Parlement en session qui réunit un nombre réduit de députés alors que la COVID-19 continue de faire des victimes au pays et que les autorités sanitaires répètent inlassablement l’importance de respecter la distanciation physique pour venir à bout du virus.

Durant les deux guerres mondiales, le Parlement a continué de siéger. Durant la pandémie de la grippe espagnole de 1918-1919, qui a fait plus de 50 millions de morts dans le monde, dont 50 000 au Canada, les députés ont poursuivi les travaux parlementaires. 

Plus récemment, après l’effroi de la fusillade au parlement, en octobre 2014, les élus de toutes les formations politiques tenaient à retourner au travail dès le lendemain.

Lundi, M. Scheer a perdu sa croisade pour obtenir trois jours de séance en personne. Il aurait volontiers accepté un compromis permettant la tenue de deux jours de séance en personne et deux jours de séance virtuelle. Le leader du gouvernement en Chambre, le ministre Pablo Rodriguez, a conclu une entente avec les autres partis de l’opposition, le Bloc québécois et le NPD, qu’il a fait adopter au terme de quelques heures de débats. Finalement, il y aura un jour de séance en personne comptant une trentaine d’élus le mercredi qui sera marqué par une période de questions de deux heures et quart à compter de la semaine prochaine. Il y aura aussi mardi prochain une première session virtuelle. À compter de la semaine du 4 mai, il y aura deux sessions virtuelles par semaine, en plus de la séance en personne.

Le Parlement est-il vraiment un service essentiel en temps de crise ? À entendre les interrogations pertinentes du Parti conservateur, du Bloc québécois et du NPD, et à analyser les réponses offertes par le premier ministre et à ses collègues du cabinet, poser la question, c’est y répondre.