(Ottawa) Justin Trudeau dit qu’il aurait pu faire les choses différemment dans la gestion de l’affaire SNC-Lavalin, mais qu’il n’y a pas de deuxièmes chances en politique. Il se dit malgré tout content de la conclusion de cette saga devant les tribunaux.

Catherine Lévesque
La Presse canadienne

Dans une entrevue de fin d’année accordée à La Presse canadienne, mercredi, le premier ministre dit ne pas regretter pas d’avoir voulu protéger les emplois de la firme du mieux qu’il a pu. « Je pense que les gens s’attendent à ce qu’un premier ministre soit toujours là pour défendre les emplois et c’est ce que j’ai toujours fait tout en respectant l’indépendance (des tribunaux) », affirme-t-il.

« On n’obtient pas de reprises en politique. On peut juste faire du mieux qu’on peut pour protéger les emplois, pour respecter l’indépendance du processus judiciaire et c’est exactement ce qu’on a fait à chaque étape », a ajouté M. Trudeau en anglais.

Qu’aurait-il fait différemment ? M. Trudeau estime que ce qui convient d’appeler « l’affaire SNC-Lavalin » qui a secoué son gouvernement pendant de nombreux mois aurait pu être évitée en suivant les conclusions du rapport de l’ancienne ministre libérale Anne McLellan.

Mme McLellan recommandait notamment de développer un protocole détaillé pour que le procureur général du Canada explique certaines décisions ou absences de décisions pour certaines poursuites qui relèvent de l’intérêt public.

« Si on avait eu en place les mécanismes que le rapport McLellan nous recommande, beaucoup de ça aurait été évité », suggère M. Trudeau.

La division construction de SNC-Lavalin a plaidé coupable à une accusation de fraude pour des gestes posés en Libye entre 2001 et 2011. L’entreprise écope d’une amende de 280 millions ainsi que d’une période de probation de trois ans.

Il s’agit du meilleur scénario possible pour l’entreprise, qui a du même coup obtenu un arrêt des procédures à l’égard d’accusations de corruption qui pesaient contre elle. Ainsi, SNC-Lavalin pourra, en toute vraisemblance, continuer de soumissionner sur des contrats publics fédéraux.

Dans une déclaration diffusée sur les médias sociaux, l’ex-procureure générale Jody Wilson-Raybould — qui a démissionné du cabinet Trudeau au début de l’année 2019 dans la foulée du scandale SNC-Lavalin — se réjouit de voir que le système judiciaire a fait son travail et que l’État de droit a été respecté.

Mme Wilson-Raybould a toujours soutenu avoir fait l’objet de pressions de la part du bureau du premier ministre, du bureau du Conseil privé et du bureau du ministre des Finances pour éviter un procès à SNC-Lavalin.

« 2019 a commencé avec des questions très publiques sur l’État de droit dans notre pays. Je suis heureuse de voir que ce principe a été maintenu. Le système judiciaire a fait son travail. Il est temps d’avancer et que la compagnie regarde vers le futur », a gazouillé celle qui a été élue comme députée indépendante.

Le procureur général du Canada actuel, David Lametti, a pour sa part réagi à la décision par voie de communiqué. « Les Canadiens peuvent avoir confiance dans notre système judiciaire, celui-ci fonctionne comme il se doit », dit-il.

M. Trudeau reconnaît-il maintenant que Mme Wilson-Raybould avait raison de refuser d’imposer un accord de réparation pour la firme ?

« Je pense que ce n’est pas une question d’avoir raison ou non. C’est une question d’arriver à quelque chose qui a de l’allure du côté du procureur et du côté de la compagnie. On est arrivés à quelque chose qui a l’air d’être positif », conclut le premier ministre.