(Ottawa) Le bureau du premier ministre a dévoilé vendredi les lettres de mandat qui ont été remises aux ministres.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Le premier ministre Justin Trudeau passe sous silence tout retour à l’équilibre budgétaire dans la lettre de mandat qu’il a remise au ministre des Finances Bill Morneau.

Tout au plus, le premier ministre demande au grand argentier du pays de « continuer de réduire la dette du gouvernement en fonction de notre économie », de s’assurer de maintenir la cote de crédit AAA du Canada et de préserver une marge de manœuvre suffisante « au cas où nous aurions à faire face à un ralentissement économique », peut-on lire dans cette lettre de mandat.

Il invite aussi le ministre Morneau à donner suite à la promesse des libéraux de réduire le fardeau fiscal des contribuables. 

Le bureau du premier ministre a dévoilé vendredi l’ensemble des lettres de mandat qui ont été remises à tous les ministres. Ces listes de tâches donnent une vue d’ensemble assez précise des attentes de M. Trudeau envers son équipe ministérielle alors que le gouvernement libéral amorce son mandat minoritaire.

Durant la dernière campagne, les libéraux ont indiqué ne pas avoir l’intention de rétablir l’équilibre budgétaire durant un prochain mandat s’ils étaient reportés au pouvoir. Ils confirmaient ainsi que la promesse de 2015 voulant qu’ils reviennent à l’équilibre budgétaire durant la dernière année d’un premier mandat, après trois années de déficits « modestes », était bel et bien reportée aux calendes grecques.

Une source gouvernementale a insisté pour dire vendredi que l’absence d’une allusion à un retour à l’équilibre ne signifiait pas que l’on mettait aussi de côté la responsabilité financière.

« Nous avons des directives claires qu’il faut continuer de réduire le ratio de la dette en fonction du produit intérieur brut. Nous devons aussi maintenir la cote de crédit du pays, qui est très bonne. Et surtout, nous devons nous assurer d’avoir une marge de manœuvre pour répondre à des imprévus économiques », a affirmé cette source.

Le ministre Morneau fera une mise à jour économique lundi à Ottawa avant de rencontrer ses homologues des provinces pour discuter notamment des transferts fédéraux et du programme de stabilisation financière.

« Irresponsable »

Pour le député conservateur Gérard Deltell, le gouvernement Trudeau se comporte de manière tout à fait « irresponsable » en ne détaillant pas comment il entend mettre fin à l’encre rouge qui coule à flots à Ottawa depuis 2015.

« C’est vraiment désolant de voir que les libéraux n’ont aucun plan de retour à l’équilibre budgétaire. On comprend qu’au premier mandat, ils ont littéralement bafoué leur promesse, leur engagement. Mais dans le deuxième mandat, on sait qu’ils se sont engagés à faire des déficits. »

PHOTO ADRIAN WYLD, LA PRESSE CANADIENNE

Le député conservateur Gerard Deltell

On doit de façon sérieuse, quand on dirige un pays du G7, avoir un horizon de retour à l’équilibre budgétaire. Et il n’y a pas cela du tout.

Gerard Deltell, député conservateur

Il a soutenu que les libéraux de Justin Trudeau devaient comprendre qu’ils sont minoritaires à la Chambre des communes et qu’ils ont ainsi l’obligation de collaborer avec les partis de l’opposition, voire de tenir compte de leurs exigences. Il a aussi souligné que sa formation politique avait proposé durant la dernière campagne l’élimination du déficit sur une période de cinq ans.

« M. Trudeau doit aussi se rappeler que les gens qui sont devant lui ont eu plus de votes que lui. On se serait attendu à ce qu’au moins il fasse la démarche de présenter un horizon pour le retour à l’équilibre », a ajouté M. Deltell, qui était critique en matière de finances avant de se voir confier récemment le poste de critique aux affaires intergouvernementales.

« Dans un gouvernement minoritaire, tout le monde est appelé à s’inspirer des autres, à mettre de l’eau dans son vin. Je crois que ça aurait été une bonne idée de la part du gouvernement de saisir l’occasion pour définir un retour à l’équilibre budgétaire », a-t-il ajouté.

M. Deltell s’est aussi insurgé contre le fait que le ministre des Finances présente sa mise à jour lundi, alors que les travaux parlementaires ont pris fin vendredi après une courte session de sept jours. Les élus reprendront le boulot à Ottawa le 27 janvier.

Le président de la Chambre de commerce du Canada, Perrin Beatty, s’est aussi dit inquiet de constater que le gouvernement Trudeau s’en remettait à de nouvelles dépenses pour soutenir la croissance de l’économie. « Le gouvernement vient de dévoiler les lettres de mandat des ministres, y compris celle du ministre des Finances », a-t-il lancé sur son compte Twitter.

Beaucoup de choses sur les taxes et les dépenses, mais rien [qui] touche la croissance, les investissements des entreprises et la compétitivité. Quand vont-ils apprendre qu’ils ne peuvent dépenser ce que les entreprises ne génèrent pas ?

Perrin Beatty, président de la Chambre de commerce du Canada, sur Twitter

Un mandat chargé pour Freeland

Dans les lettres de mandat diffusées hier, M. Trudeau confirme qu’il s’en remet beaucoup à la vice-première ministre et ministre des Affaires intergouvernementales, Chrystia Freeland, pour l’épauler dans ses fonctions. « À titre de vice-première ministre, vous devrez travailler de près avec moi afin d’établir et de mener à bien le programme du gouvernement. Dans le cadre de ces fonctions, vous travaillerez en collaboration avec tous les membres du cabinet et vous aurez le soutien du Bureau du Conseil privé », peut-on lire dans la lettre remise à Mme Freeland.

M. Trudeau demande par ailleurs à la ministre de la Santé, Patty Hajdu, de présenter un règlement afin de réduire le nombre d’adolescents adeptes du vapotage. Il charge aussi le ministre du Patrimoine, Steven Guilbeault, de réglementer les plateformes de médias sociaux afin de réduire les méfaits en ligne.