(Ottawa) Le Bloc québécois a été la cible des tirs groupés du Parti conservateur et du NPD, vendredi, parce qu’il avait annoncé rapidement qu’il donnait son appui au discours du trône du gouvernement Trudeau, offrant ainsi aux libéraux minoritaires les votes suffisants pour le faire adopter à la Chambre des communes.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Conservateurs et néo-démocrates ne se sont pas gênés pour accuser la formation souverainiste d’Yves-François Blanchet d’être de mèche avec les libéraux, provoquant de nombreux échanges musclés entre les élus moins de 24 heures après le début des travaux parlementaires.

La majeure partie de la journée de vendredi a été consacrée au débat sur les grandes priorités du gouvernement Trudeau énoncées dans son discours du trône.

Déjà la veille, le ton avait été donné alors que certains élus conservateurs s’étaient demandé à voix haute si les stratèges bloquistes n’avaient pas contribué d’une quelconque manière à la rédaction de cette allocution prononcée au Sénat jeudi par la gouverneure générale Julie Payette.

Pour étoffer la cause, le député conservateur Alain Rayes a profité de la toute première période de questions de la session parlementaire pour interpeller la ministre du Revenu national Diane Lebouthillier au sujet de l’une des demandes formulées par le premier ministre du Québec François Legault à tous les chefs des partis politiques durant la dernière campagne, soit l’instauration d’une déclaration de revenus unique pour les contribuables québécois.

PHOTO ADRIAN WYLD, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Alain Rayes, député du Parti conservateur

La ministre a rétorqué que Revenu Canada employait plus de 6000 personnes au Québec et constituait « un moteur économique important dans les villes telles que Shawinigan et Jonquière ». Elle a ajouté que les élus du Parti conservateur et du Bloc québécois, qui sont tous les deux favorables à cette mesure, « devraient avoir honte » de soutenir des politiques qui mettent en péril « le gagne-pain des gens qui vivent en région ».

La toute première question du chef bloquiste Yves-François Blanchet, quant à elle, a porté sur la demande du Québec et des provinces de majorer les transferts en santé de 3 % à 5,2 % par année, comme l’ont réclamé les premiers ministres des provinces lors de la réunion du Conseil de la fédération lundi dans la région de Toronto.

« Rien pour le Québec »

En entrevue à La Presse, hier, M. Rayes s’est insurgé en constatant que le discours du trône ne faisait aucune mention des demandes du Québec et que, pourtant, le Bloc québécois avait décidé de l’appuyer.

« Il est assez ironique de constater qu’Yves-François Blanchet et le Bloc québécois, qui disaient être les porte-parole des demandes de François Legault et de l’Assemblée nationale, ont décidé d’appuyer, dans les minutes qui ont suivi sa présentation, un discours du trône qui ne répond à aucune des demandes que le Québec a faites durant la campagne électorale », a-t-il affirmé.

« Le discours du trône est une copie du programme électoral du Parti libéral du Canada. Il a fait campagne contre cela en disant que ce n’était pas le Québec, et il va voter en faveur à la première occasion. À quoi sert le Bloc québécois ? Au bout du compte, Justin Trudeau a compris que ça prenait un lieutenant politique au Québec. Mais il n’en a pas juste un. Il en a deux : Pablo Rodriguez et Yves-François Blanchet maintenant », a aussi ironisé M. Rayes.

Le NPD aussi contre le Bloc

Le désormais unique député néo-démocrate québécois, Alexandre Boulerice, a formulé des accusations similaires et a reproché au Bloc québécois d’avoir donné son aval à un discours du trône qui, selon lui, ne contient rien qui vaille pour le Québec.

En guise de réponse, le leader de la formation indépendantiste, Yves-François Blanchet, lui a lancé qu’« à la limite, c’était pour aider le NPD » – comme pour se targuer d’avoir un pouvoir d’influence qui échappe aux néo-démocrates.

C’est qu’en étant relégué au rang de troisième opposition, le Nouveau Parti démocratique de Jagmeet Singh ne pouvait proposer d’amender l’allocution étayant les grandes priorités libérales, contrairement aux conservateurs et aux bloquistes.

Il y a eu une époque pas si lointaine où le NPD est passé pas très loin d’un monopole des intérêts du Québec ; il en reste peu de choses.

Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

Après ces étincelles, le Bloc québécois a publié en fin de journée vendredi un communiqué de presse dans lequel il réitère certaines des critiques qu’il avait émises immédiatement après la lecture du discours du trône.

« Ni le discours du trône ni l’amendement proposé par les conservateurs ne s’adressent convenablement aux besoins du Québec. Les deux grands partis ne parlent pas des priorités des Québécoises et des Québécois », a affirmé le chef bloquiste Yves-François Blanchet.

Les débats sur le discours du trône doivent reprendre la semaine prochaine aux Communes. Le leader du gouvernement en Chambre, Pablo Rodriguez, a confirmé qu’il fera l’objet d’un vote de confiance, mais il n’a pas précisé la date de ce vote. Les travaux parlementaires prennent fin le 13 décembre et reprendront le 27 janvier.