(Ottawa) Si le gouvernement ne bannit pas immédiatement l’arme qu’a utilisée Marc Lépine lors de son carnage à Polytechnique et d’autres du même type, c’est par crainte qu’il y ait une ruée pour s’en procurer avant leur interdiction, dit le ministre Bill Blair.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Une rumeur voulant qu’Ottawa s’apprête à annoncer la prohibition du Ruger Mini-14 a circulé vendredi dans les corridors du parlement, après que Justin Trudeau eut évoqué dans un discours l’intention d’interdire « le type d’arme utilisé à l’École polytechnique ».

Surtout que le ministre Marc Garneau avait affirmé peu avant, en mêlée de presse, que « personnellement », il ne voyait aucune raison de justifier que l’arme utilisée par le tireur du 6 décembre 1989 continue à circuler dans les rues du pays.

Le ministre de la Sécurité publique a cependant remis les pendules à l’heure après la période des questions : le fédéral planche sur une liste d’armes d’assaut de style militaire dont la circulation sera interdite au Canada, mais elle n’est pas encore prête.

Et d’ici à ce qu’un décret ministériel soit pris, on ne communiquera pas publiquement les types d’armes qui feront l’objet d’une prohibition. Jusqu’à présent, le gouvernement en a déterminé un seul dans sa plateforme électorale : l’AR-15.

Lorsque la liste sera rendue publique, on connaîtra très clairement les armes qui feront l’objet d’une interdiction. Mais ce dont je ne veux pas, c’est que des personnes se dépêchent d’acheter ces armes avant la publication de la liste.

Bill Blair, ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile

En mai dernier, avant que les libéraux ne fassent précisément mention de l’AR-15, le lobby proarmes avait fait circuler la rumeur que la prohibition était imminente, ce qui avait fait bondir les ventes dans les armureries du pays, comme l’a rapporté La Presse le 31 mai 2019.

Dans la plateforme électorale libérale de 2015, on promettait de « débarrasser nos rues des armes de poing et des armes d’assaut ». Il aura fallu attendre trois ans avant qu’une consultation ne soit lancée; les résultats de l’enquête sont venus en avril dernier.

L’interdiction ne fait pas l’unanimité

L’interdiction des armes d’assaut de style militaire ne passe pas nécessairement comme une lettre à la poste au caucus libéral – car cela pourrait avoir des coûts politiques, tout comme ce fut le cas pour le registre des armes d’épaule, a reconnu une libérale.

« C’est évident. C’est évident, et c’est légitime », a laissé tomber la députée québécoise Alexandra Mendès lorsqu’on lui a demandé si certains de ses collègues s’opposaient à cette mesure de peur de perdre leur siège aux prochaines élections.

Comme partout au pays, les élus libéraux ne sont pas unanimes sur cette question et, s’« il y a des opinions plus fortes que d’autres », « on est plusieurs » à penser que le Ruger Mini-14 devrait être proscrit au Canada, a indiqué l’élue en mêlée de presse.

Je suis l’une de ces personnes qui croient que les armes appartiennent aux forces de l’ordre, un point c’est tout.

Alexandra Mendès, députée québécoise

Mme Mendès a ajouté n’avoir « jamais compris pourquoi on est revenus en arrière en éliminant le registre des armes à feu ».

Le registre adopté en 1995, sous le gouvernement de Jean Chrétien, a été enterré en 2012 sous les conservateurs de Stephen Harper. Il avait vu le jour en grande partie en raison des pressions exercées dans la foulée de la tragédie de Polytechnique.

Sur l’échiquier politique actuel à Ottawa, le Nouveau Parti démocratique, le Bloc québécois et le Parti vert appuient l’idée d’interdire les armes d’assaut. Des partis représentés aux Communes, le Parti conservateur est le seul à s’y opposer.