(Québec) Les chefs des quatre partis politiques ont rendu hommage vendredi aux 14 femmes assassinées lors de l’attentat antiféministe du 6 décembre 1989 à l'École polytechnique. Pour l’avenir, ils ont promis de ne « jamais baisser la garde », mais ils ont aussi témoigné leur fierté face à la génération montante de femmes leaders qui brillent dans notre société.  

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

Le premier ministre du Québec, François Legault, s’est rappelé du lendemain de la tragédie, alors qu’il était à l’époque président d’Air Transat.  

« On avait pris une minute de silence, tous les employés ensemble. C’était vraiment lourd. C’était comme si on se disait que quelque chose était changé pour toujours au Québec », a-t-il dit, rappelant que ces femmes assassinées l’avaient été ce jour-là parce qu’elles étaient des femmes, mais aussi « des femmes qui avaient de l’ambition ».  

M. Legault s’est toutefois dit rempli d’espoir, notamment lorsqu’il regarde les femmes parlementaires au Salon bleu, « des deux côtés de chambre », qui forment aujourd’hui près de la moitié des élus.  

« Ce qui m’encourage, c’est de voir toutes ces femmes brillantes […]. Ça me rend confiant pour l’avenir de voir qu’il n’y a jamais eu autant de femmes compétentes, de femmes décidées, qui n’ont pas peur d’avoir de l’ambition. C’est la meilleure réponse qu’on pouvait donner au 6 décembre 1989 », a-t-il dit.  

Ne « jamais baisser la garde »

Le chef de l’opposition officielle, le libéral Pierre Arcand, a pour sa part rappelé qu’il ne faut « jamais baisser la garde » face à ceux qui s’opposent, violemment ou non, à l’égalité entre les hommes et les femmes.  

« Imaginez [à l’époque] ces parents regarder leurs filles partir pour l’université le matin. Ils étaient tellement fiers, leurs filles qui allaient devenir ingénieurs. Ça prenait de l’audace, parce qu’en 1989, à peine 5 % des ingénieurs étaient des femmes », a rappelé M. Arcand.

« Ils les ont regardés partir en les imaginant quelques années plus tard jeunes professionnelles ambitieuses relevant des défis extraordinaires. Mais ce jour-là, leurs filles [ne sont jamais revenues], parce qu’un jeune homme qui en voulait aux femmes a ouvert le feu sur de pauvres innocentes », a poursuivi M. Arcand.  

Manon Massé, cheffe de Québec solidaire, a enchaîné en rappelant que la violence faite aux femmes était tristement présente, toujours aujourd’hui, au Québec.  

« C’est ça qui est de trop. La haine des femmes. Le souvenir ne peut rien effacer au passé, il ne nous ramènera jamais nos sœurs, nos filles, nos amies, mais il nous donne une chance de nous affranchir du cercle vicieux de la violence pour sauver des vies », a-t-elle dit.

« 'Plus jamais'. Nous l’avons dit la main sur le cœur, en espérant, en priant dire vrai. Pour toujours. Puis nous l’avons répété encore et encore. Plus jamais, sauf pour les 605 femmes assassinées au Québec entre 1997 et 2015. Sauf pour les femmes autochtones disparues ou assassinées. Plus jamais, sauf pour les 12 femmes tuées en 2018 par leur conjoint ou leur ex. Une par mois, comme à toutes les années depuis trop longtemps », a déploré Mme Massé.  

Véronique Hivon, qui étudiait pour son premier examen final à l’université le soir de l’attentat à Polytechnique, s’est attristée que les femmes assassinées ce jour-là n’ont jamais pu voir toutes les avancées que la société a faites vers une plus grande égalité.  

« Elles auraient pu devenir des députées avec ce privilège immense de voter des lois transformatrices, en siégeant à l’Assemblée nationale, dans ce lieu de pouvoir », a-t-elle dit.

« J’aurais pu être elles, elles auraient pu être moi. Elles auraient pu voir qu’après le choc, on s’est relevé. On a osé tranquillement mettre des mots sur la tragédie, comme enfin 'attentat' et 'féminicide'. On a milité, on a obtenu un registre des armes à feu. On a élu une première première ministre », a également souligné Mme Hivon.