(Ottawa) La ministre des Relations Couronne-Autochtones déclare que le gouvernement fédéral dévoilera d’ici juin comment il entend donner suite à l’Enquête sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, dont le rapport final a été publié il y a six mois.

Teresa Wright
La Presse canadienne

Une année complète se sera donc écoulée entre la publication du rapport final et l’annonce du plan d’Ottawa visant à donner suite aux 231 «appels à la justice» de la commission.

S’adressant aux chefs et aux délégués lors d’une réunion extraordinaire de l’Assemblée des Premières Nations, mercredi à Ottawa, Carolyn Bennett a déclaré que le gouvernement prenait le temps de consulter les communautés, les leaders et les organisations autochtones afin de s’assurer que le plan d’action fédéral reflétait les points de vue des personnes les plus touchées. 

«Nous savons que le plan doit être construit sur la pratique éclairée des femmes autochtones, celles qui ont une expérience vécue et celles qui ont une expertise», a soutenu la ministre.

Le rapport recommandait notamment une réponse efficace à la traite des personnes, à l’exploitation sexuelle et à la violence, y compris dans l’industrie du sexe. La commission recommandait également la nomination d’un protecteur national et d’un tribunal pour les droits de la personne et les peuples autochtones.

L’enquête, qui s’est aussi penchée sur les problèmes systémiques au sein de l’appareil judiciaire, a également pressé les autorités judiciaires et policières à reconnaître que les relations historiques et actuelles avec les femmes, les filles et les personnes bispirituelles autochtones étaient largement définies par le colonialisme, le racisme, les préjugés et la discrimination.

Mme Bennett a rejeté toute idée selon laquelle le gouvernement fédéral prenait trop de temps à donner suite aux conclusions de l’enquête, soulignant même que certains craignent que la date cible de juin 2020 pour le plan d’action ne soit «ambitieuse». Selon la ministre, les libéraux veulent montrer d’ici l’été prochain que le gouvernement est déterminé à donner suite aux conclusions de l’enquête et aux 231 «appels à la justice» qui ont été publiés en juin.

«Je crois qu’un plan d’action est un document évolutif et que nous pouvons répondre aux souhaits des familles et des survivantes de ne pas devoir attendre que des mesures concrètes soient mises en place pour mettre fin à cette tragédie nationale», a-t-elle soutenu.

Lametti et les enfants autochtones

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Le ministre de la Justice, David Lametti.

Mme Bennett a par ailleurs rappelé les mesures provisoires adoptées par Ottawa, notamment les «Unités d’information et de liaison pour les familles», qui ont été créées pour les aider à naviguer dans la bureaucratie afin d’obtenir des informations sur leur proche. Le programme devait expirer à la fin du mois de mars, mais le ministre de la Justice, David Lametti, a annoncé mercredi que le financement serait prolongé de trois ans. Ottawa a versé 4,67 millions par an depuis 2016 au programme.

Lors de son passage à la réunion extraordinaire de l’APN, mercredi, M. Lametti a également abordé ce qu’il a appelé «l’éléphant dans la pièce» — l’appel en cours du gouvernement fédéral contre la décision du Tribunal canadien des droits de la personne ordonnant à Ottawa de verser 40 000 $ à chaque enfant des Premières Nations qui avait été enlevé de manière inappropriée à leurs parents après 2006, ainsi qu’à leurs parents et grands-parents.

«Beaucoup d’entre vous croient que la réponse de notre gouvernement à cette décision est un signe que nous ne sommes pas engagés dans une nouvelle voie. Cette question me tenait à cœur lorsque je me préparais à venir parler avec vous aujourd’hui», a déclaré M. Lametti. Il a soutenu que si son gouvernement en appelle de la décision, c’est pour contester la façon dont le tribunal interprète la loi et «la voie limitée qu’il a définie pour remédier à la situation».

«Nous sommes déterminés à collaborer avec des partenaires tels que l’APN afin de parvenir à une guérison juste, équitable et inclusive des victimes, notamment par des indemnités. Nous devons le faire une fois pour toutes et nous devons le faire correctement», a-t-il dit aux chefs et aux délégués.