(Ottawa) Les partis d’opposition à Ottawa ont dénoncé le comportement du premier ministre Justin Trudeau, qui s’est moqué des agissements du président américain Donald Trump en marge du sommet de l’OTAN.

Catherine Lévesque
La Presse canadienne

À Québec, on maintient qu’il faut maintenir de bonnes relations commerciales avec nos voisins du sud.

M. Trudeau a été filmé, mardi soir, en train de se moquer du président américain avec trois autres chefs de gouvernement de pays membres de l’OTAN au palais de Buckingham, à Londres. Cet extrait lui a valu une réplique de M. Trump, qui l’a traité de « visage à deux faces ».

Dans une vidéo de la BBC qui circule abondamment sur les réseaux sociaux, le premier ministre britannique, Boris Johnson, sourit en demandant au président français Emmanuel Macron pourquoi il est en retard à la soirée. Le premier ministre des Pays-Bas, Mark Rutte, est à leurs côtés.

M. Trudeau prend la balle au bond et renchérit en disant que M. Trump a improvisé une conférence de presse de 40 minutes avec M. Macron, lors d’une rencontre plus tôt en journée. Quelques secondes plus tard, M. Trudeau semble mimer les mâchoires tombées des membres de l’entourage du président américain.

AP

Emmanuel Macron et Donald Trump lundi à Londres.

Cette anecdote a fait réagir les partis d’opposition à Ottawa, réunis en caucus mercredi, à la veille du début des travaux parlementaires et du discours du Trône.

Selon les conservateurs, il s’agit d’une autre bourde de M. Trudeau sur la scène internationale.

«C’est sûr que la conversation était privée, […] mais on comprend que ce n’est pas la première fois que M. Trudeau fait des gaffes à l’international. […] On doit toujours être prudent et avoir un comportement approprié, peu importe qu’on soit en public ou non», soutient le député Pierre Paul-Hus.

«Aussi longtemps qu’il veut rester là et potiner comme un jeune adolescent, ce n’est pas utile pour nos relations à l’international», a ajouté son collègue James Bezan, porte-parole en matière de Défense nationale.

Au moins un conservateur, Erin O’Toole, réclame des excuses de la part de M. Trudeau. Le whip du parti, Mark Strahl, pense que M. Trudeau aura à s’expliquer à ce sujet, mais qu’il «n’a certainement pas eu de mal à s’excuser pour d’autres sujets par le passé».

Plus tôt en journée, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a déclaré que M. Trudeau aurait dû démontrer «un certain respect» à l’égard du président Trump, et ce, même si ce dernier accumule les incidents diplomatiques.

Selon M. Blanchet, «on ne s’amuse pas à badiner de façon coquine entre chefs d’État lorsqu’on interpelle le président des États-Unis, d’autant plus qu’il est possible que la population américaine réagisse assez mal à ça». Il croit aussi que la situation actuelle ne sert personne.

Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Jagmeet Singh, est pour sa part d’accord pour dire que M. Trudeau est un «visage à deux faces».

«C’est difficile de dire que je suis d’accord avec M. Trump, mais j’ai déjà dit à plusieurs reprises que oui, M. Trudeau se présente de deux manières (en privé et en public). La question est toujours : qui est le vrai M. Trudeau?» affirme le chef néo-démocrate.

M. Singh ajoute qu’il y a bien des raisons de critiquer M. Trump, mais que le fait de causer un retard d’un invité à une soirée cocktail n’en fait pas partie.

Sans se prononcer sur le fond de l’affaire, le premier ministre du Québec, François Legault, rappelle qu’il est «important d’avoir des bonnes relations avec les États-Unis» et qu’il s’agit de «notre principal partenaire».

Son ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, veut éviter que les États-Unis imposent de nouveau des tarifs douaniers sous le coup de l’émotion, comme cela s’est vu pour les importations d’acier et d’aluminium en provenance du Canada par le passé.

Washington et Ottawa ont finalement annoncé la levée des tarifs sur l’acier et l’aluminium canadiens en mai dernier.

«On n’a pas intérêt à aller se battre contre les États-Unis, de toute façon, on n’est pas en mesure de se battre contre eux autres. Alors que je pense que c’est important qu’on bâtisse de bonnes relations, en gardant quand même nos principes», a déclaré le ministre Fitzgibbon.

Questionné à ce sujet, mercredi, le premier ministre Trudeau a relaté que plusieurs, dont lui, avaient été «surpris et ravis» de connaître l’emplacement du prochain G7. M. Trump a annoncé que la réunion se tiendrait au lieu de villégiature présidentiel Camp David, au lieu d’être à l’un de ses clubs de golf en Floride.

C’est en racontant cette annonce imprévue qu’il a mimé la réaction du personnel du président Trump lors de la soirée au palais de Buckingham.

PHOTO YUI MOK, AP

Justin Trudeau, Boris Johnson et Emmanuel Macron lors d'une réception au palais de Buckingham mardi soir.

Lors de leur rencontre bilatérale mardi, M. Trump a questionné M. Trudeau sur les dépenses militaires du Canada et a qualifié le pays de «légèrement délinquant» parce qu’il n’investit pas 2% de son produit intérieur brut (PIB) à cet effet. Le Canada consacre 1,31% de son PIB à la défense.

Mercredi, le premier ministre a qualifié leur rencontre de «très bonne». Ils ont parlé de leurs progrès sur la ratification du nouvel Accord Canada-États-Unis-Mexique, des investissements en défense et des relations avec la Chine. L’incident de mardi n’aurait pas miné leur relation, à son avis.

«La relation entre le Canada et les États-Unis est extrêmement forte, et j’ai une très bonne relation avec le président Trump et son équipe», a affirmé M. Trudeau.

«J’ai eu plusieurs conversations avec le président aujourd’hui et hier, et ça a toujours bien été.»