(Vancouver) Meng Wanzhou, dirigeante de Huawei Technologies, a déclaré qu’elle se sentait impuissante, tourmentée et tiraillée depuis son arrestation au Canada il y a un an, mais elle ne craint plus l’inconnu.

La Presse canadienne

Dans un message publié sur le site internet du géant chinois des télécommunications, Mme Meng, libérée sous caution, confie qu’elle passe le temps à lire, à discuter avec des collègues et à peindre, dans une de ses confortables résidences à Vancouver.

Les autorités canadiennes ont arrêté Mme Meng à l’aéroport de Vancouver il y a maintenant un an, le 1er décembre 2018, à la demande des États-Unis, qui l’accusent de violation des sanctions commerciales imposées à l’Iran. Son dossier d’extradition est maintenant devant un tribunal de la Colombie-Britannique.

Peu de temps après l’arrestation de Mme Meng, Pékin a arrêté deux Canadiens, l’entrepreneur Michael Spavor et l’ancien diplomate Michael Kovrig, accusés de menace à la sécurité nationale de la Chine — des arrestations considérées au Canada comme des gestes de représailles. Des responsables canadiens ont pu rencontrer les deux détenus à plusieurs reprises, mais les Canadiens n’ont pas pu appeler un avocat ou leur famille.

Mme Meng, âgée de 47 ans, indique dans son message qu’elle voit maintenant les forêts denses prendre les couleurs de l’automne. Elle qui menait une vie trépidante à titre de directrice financière de Huawei peut maintenant «se payer le luxe de prendre son temps et profiter de son environnement».

«En ce moment, le temps semble s’écouler lentement. Si lentement que j’ai assez de temps pour lire un livre au complet. Je peux prendre le temps de discuter de détails avec mes collègues ou de terminer soigneusement une peinture à l’huile.» Elle remercie aussi ses partisans d’être venus au tribunal, affirmant que leur passion réchauffait son cœur.

Une «priorité» pour Champagne

PC

François-Philippe Champagne

Le nouveau ministre canadien des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, a déclaré le mois dernier qu’il avait discuté des deux détenus canadiens avec son homologue chinois, Wang Yi, peu après sa nouvelle nomination au cabinet, lors d’une rencontre ministérielle du G20 au Japon. Le ministre a déclaré que la libération de MM. Spavor et Kovrig était sa « priorité absolue », alors que les relations avec la Chine atteignaient un nouveau creux. M. Champagne a indiqué qu’il avait exprimé les préoccupations du Canada concernant « les conditions de détention des deux hommes » et que lui et M. Wang étaient déterminés à poursuivre les discussions.

Le 22 novembre, l’ambassadeur de Chine au Canada, Cong Peiwu, a réitéré la position ferme de son gouvernement, affirmant que l’arrestation et l’extradition de Mme Meng constituaient une détention arbitraire et que sa libération ouvrirait la voie à une normalisation des relations entre les deux pays.

Hua Chunying, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, a déclaré lors d’une conférence de presse lundi qu’elle avait été touchée par le blogue de Mme Meng, une «citoyenne chinoise innocente détenue sans motifs».

«La position de la Chine est claire et ferme : les États-Unis et le Canada ont abusé de leur traité d’extradition bilatéral et ont pris arbitrairement des mesures de contraintes à l’encontre d’une citoyenne chinoise, sans motifs», a-t-elle soutenu dans une transcription publiée sur le site du ministère.

AP

Hua Chunying

Les avocats de Mme Meng ont plaidé la semaine dernière dans un exposé écrit à la Cour suprême de la Colombie-Britannique que les États-Unis étaient en train d’«arranger» sa plainte voulant que la directrice de Huawei avait violé les sanctions américaines. Le procureur général du Canada n’a pas encore déposé ses arguments écrits, mais il a déjà qualifié l’accent mis sur les sanctions de «manœuvre de diversion manifeste».

Mme Meng, fille du fondateur de Huawei, est accusée d’avoir menti à un banquier au sujet de la relation du géant chinois avec Skycom, établi en Iran, mais elle nie tout acte répréhensible et les allégations n’ont pas été examinées par un tribunal. Le département américain de la Justice a porté contre elle 13 accusations criminelles, notamment de complot, de fraude et d’entrave.