(Ottawa) L’étau se resserre autour du leadership du chef conservateur Andrew Scheer, alors que des progressistes et des conservateurs sociaux espèrent le voir partir avant le vote de confiance en avril.

Catherine Lévesque
La Presse canadienne

S’il s’accroche, ils comptent se liguer pour qu’il perde son vote de confiance.

«C’est curieux de voir que les Red Tories (l’aile plus progressiste du parti) recherchent un nouveau chef, ainsi que les conservateurs sociaux. C’est un peu étrange, mais que le meilleur gagne!» affirme Jeff Gunnarson, président de la Coalition nationale pour la vie, en entrevue.

M. Gunnarson n’a toujours pas digéré que M. Scheer mette de côté ses convictions religieuses personnelles sur l’avortement pour tenter de plaire à une frange plus progressiste du parti.

La Coalition nationale pour la vie est une organisation qui s’oppose à l’avortement et qui tente d’attirer le plus d’élus «pro-vie» à tous les niveaux en politique. Pour son président, le temps est venu pour M. Scheer de tirer sa révérence.

«Nous aimerions qu’il démissionne parce qu’il n’y a rien qu’il puisse faire pour nous», déclare sans détour M. Gunnarson.

La grogne est aussi palpable du côté de l’aile plus progressiste du parti qui, elle, reproche le manque de clarté de M. Scheer sur les questions autour de l’avortement et du mariage entre personnes de même sexe.

Des conservateurs de longue date ont écrit la semaine dernière une lettre ouverte dans laquelle ils réclamaient une position plus claire de M. Scheer sur les enjeux LGBTQ. La lettre a été partagée et encensée par l’ancienne chef par intérim du parti Rona Ambrose.

M. Scheer, de son côté, poursuit ses consultations. Lundi soir, il a tenu une rencontre à Montréal avec une partie de ses candidats du Québec. Les organisateurs de campagne québécois étaient dans une pièce à part.

L’un de ceux qui étaient sur place affirme que la grande majorité des organisateurs québécois ne suivront pas M. Scheer s’il reste chef aux prochaines élections.

«Ce n’est pas de la faute des libéraux ni de la faute de personne si on a eu des problèmes avec l’avortement. […] Si toi, comme chef de parti, tu laisses place à l’interprétation, ce n’est pas la faute à Pierre-Jean-Jacques, c’est de la tienne», affirme Laurent Proulx, qui s’impliquait auprès de la candidate Jessica Ebacher dans Drummond.

Mme Ebacher avait confié à La Presse canadienne cet été qu’elle voulait s’assurer que le débat sur l’avortement était bel et bien clos.

M. Proulx compte faire campagne activement aux côtés du sénateur Jean-Guy Dagenais, entre autres, qui a quitté le caucus conservateur en raison de son chef, afin que M. Scheer perde son vote de confiance.

«On ne peut pas retourner (en élections) avec lui. On va en arracher pour recruter des candidats. Pratico-pratique, ça s’en va dans le mur, cette histoire-là. C’est vrai au Québec, c’est vrai dans les comtés-clés en Ontario», dit-il.

M. Proulx espère que M. Scheer quittera son poste avant de potentiellement subir un revers en congrès.