(Québec) Des adversaires du Parti libéral jugent « choquant » qu’un mouvement contre Dominique Anglade s’organise dans cette formation politique autour de l’idée que la couleur de sa peau l’empêcherait d’être élue dans le Québec des régions.

Martin Croteau Martin Croteau
La Presse

Au cours des derniers jours, des chroniqueurs ont fait état d’un mouvement anybody but Anglade au sein du PLQ. Ses partisans sont rassemblés par la perception que le Québec des régions restera insensible à cette Montréalaise issue des communautés culturelles.

Selon Gabriel Nadeau-Dubois, co-porte-parole de Québec solidaire, ce mouvement en dit long sur l’état d’esprit qui règne au Parti libéral.

« On fait de la stratégie de coin de table en évaluant le mérite des candidatures sur la base de l’apparence des gens et de l’appartenance à une communauté culturelle, a-t-il dit. Ça démontre à quel point ce parti est profondément perdu politiquement. »

Selon lui, le point de vue des anti-Anglade est méprisant, tant pour les Québécois des minorités visibles que pour ceux qui habitent en région.

« Je trouve ça choquant pour les gens de la diversité au Québec, parce qu’on leur envoie le message qu’ils n’ont pas de chance en politique québécoise, a-t-il dénoncé. Et c’est choquant pour les gens des régions du Québec parce qu’on semble tenir pour acquis qu’ils ne sont pas prêts à donner leur confiance à quelqu’un de couleur. »

Le premier ministre, François Legault, a lui aussi exprimé sa désapprobation.

« Ça n’a pas de bon sens, a dit le premier ministre. Je pense que les Québécois sont un peuple plus ouvert que ça. »

Le chef du Parti québécois, Pascal Bérubé, a pour sa part indiqué que le problème de Mme Anglade est un tout autre ordre.

« Il y a effectivement un obstacle pour Dominique Anglade et Alexandre Cusson de devenir premier ministre, c’est essentiellement parce que ce sont des libéraux, a-t-il ironisé. Je n’en vois pas d’autre. »

Malgré elle

Dominique Anglade a dû aborder le thème de ses origines haïtiennes bien malgré elle, dimanche, lorsqu’elle a été questionnée par des journalistes au conseil général du PLQ à Sherbrooke. Elle s’est dite convaincue que les Québécois sont prêts à élire une première ministre noire.  

Mardi, elle a réitéré que ceux qui s’opposent à sa candidature à cause de la couleur de sa peau ont tort.

« Je pense que la grande majorité des Québécois, on est bien ailleurs et lorsqu’on va évaluer la candidature d’un candidat à la chefferie du Parti libéral, ça va se faire sur les idées, sur ce que les gens ont à amener », a déclaré Mme Anglade.

« J’ai trouvé ça assez réducteur également pour les régions du Québec », a-t-elle ajouté.

L’ex-ministre des Finances, Carlos Leitão, est l’un des 11 députés qui l’appuient dans la course à la direction. Il s’est dit convaincu que les origines de la députée de Saint-Henri–Sainte-Anne ne sont pas un obstacle, rappelant au passage que les Américains ont deux fois élus Barack Obama à la présidence.

« C’est penser que les Québécois en région ne sont pas capables de juger de la qualité d’une personne, que les Québécois en région s’attardent à la couleur de la peau, a-t-il déploré. Je trouve ça très réducteur. »