Le gouvernement du Québec a dévoilé mardi matin son concept de « Maison des aînés », un projet phare de la Coalition avenir Québec qui l’avait mis de l’avant en campagne électorale. En dévoilant le projet d’unités de 12 chambres, la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, a dit faire le pari de trouver le personnel nécessaire pour y travailler, malgré la pénurie actuelle d’effectifs.

Stéphanie Marin
La Presse canadienne

En point de presse à Montréal, la ministre, enthousiaste, a parlé d’un « grand chantier » et d’un « grand redressement » pour les aînés en perte d’autonomie.

Tel que déjà annoncé, elle a confirmé la création de 2600 nouvelles places en Maisons des aînés ou en Maisons alternatives, ainsi que la rénovation ou la reconstruction de 2500 places en Centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD), pour une facture totale de plus de 2,6 milliards.

À noter que 500 places seront gérées par des établissements privés conventionnés.

La maison des aînés accueillera des personnes âgées en perte d’autonomie modérée qui seront accompagnées jusqu’à la perte d’autonomie majeure. Quant à la maison alternative, elle permettra d’accueillir une clientèle adulte — de moins de 65 ans — ayant des besoins spécifiques.

Les nouvelles places seront ouvertes d’ici 2022. Les terrains ciblés seront achetés par le gouvernement d’ici le printemps prochain. Quant à la rénovation et la reconstruction de bâtiments existants, il n’y a pas d’échéancier.

Mme Blais assure qu’il n’y aura pas deux classes de résidants entre ceux qui habiteront en maisons des aînés et ceux en CHSLD. Les tarifs seront les mêmes, a-t-elle ajouté, sans fournir plus de détails.

La ministre reconnaît que vu les 3154 Québécois actuellement sur une liste d’attente, la création de 2600 nouvelles places ne réglera pas tout. « Les besoins sont si grands », a-t-elle commenté devant les journalistes. Son gouvernement en a toutefois fait beaucoup plus que les précédents, a-t-elle ajouté.

Le concept

Pour les Maisons des aînés ainsi que pour les Maisons alternatives, le concept sera le suivant : des groupes de petits bâtiments de 12 chambres chacun, organisés autour d’espaces extérieurs pour prendre des marches et profiter de la nature, a fait valoir la ministre. Les chambres seront toutes climatisées, avec leur propre douche et toilette adaptée, assurant plus d’intimité aux locataires. Ces derniers seront regroupés en fonction de leurs caractéristiques et leurs intérêts similaires. Bref, pour ne plus avoir des adultes avec des restrictions physiques vivant avec d’autres plus âgés souffrant d’Alzheimer.

Des espaces communs sont aussi prévus pour que les résidants puissent accueillir leurs proches. Ça va aider à briser l’isolement et à favoriser les contacts humains, assure la ministre Blais.

De plus, finis les longs corridors remplis d’instruments médicaux qui ressemblent à des hôpitaux. Les postes d’infirmières seront dissimulés, pour minimiser l’apparence d’un établissement de soins.

Mme Blais s’est dite persuadée que les travailleurs seront au rendez-vous pour combler les besoins de personnel, car ces nouveaux établissements seront non seulement des milieux de vie intéressants, mais aussi des lieux de travail motivants.

« Moi je fais le pari. On va attirer du personnel pour y travailler. »

Et si la ministre dit avoir déjà ciblé les régions où les besoins sont les plus criants et les CHSLD les plus vétustes, elle n’a pas voulu les dévoiler mardi. Cette annonce sera faite ultérieurement, a-t-elle dit.

La porte-parole du Parti libéral pour les aînés et les proches aidants, Monique Sauvé, trouve les images des futures maisons très belles, mais juge que l’essentiel a été oublié : Quels seront les services ? Quels seront les soins offerts ? demande-t-elle.

« On est présentement dans une pénurie alarmante de préposés aux bénéficiaires au Québec. Il en manque 32 000. Est-ce qu’il y en aura pour les maisons des aînés ? », a-t-elle demandé.

Elle trouve que beaucoup de détails ont aussi été laissés de côté, comme la façon d’attribuer les places dans ces nouvelles résidences.

De son côté, le Réseau FADOQ s’est réjoui d’avoir « enfin de bonnes nouvelles » pour les soins de longue durée.

« Depuis de nombreuses années, notre organisation déplore la piètre qualité de nombreux CHSLD et s’inquiète de la pénurie de places dans ces milieux de vie. Des gestes concrets sont finalement posés afin de rehausser la qualité de vie des aînés et de respecter leur dignité », a souligné par communiqué la présidente du Réseau FADOQ, Gisèle Tassé-Goodman. Il faut toutefois que ces nouvelles places soient déployées dans les milieux où les besoins de la population sont les plus urgents.

De son côté, la Confédération des organismes de personnes handicapées du Québec (COPHAN) salue la vision, mais s’inquiète.

Avec la rareté de la main-d’œuvre dans plusieurs corps professionnels et avec des établissements qui n’appliquent pas les politiques, la COPHAN « se permet le doute, non sur la pureté de l’intention, juste sur son réalisme », écrit-elle dans un communiqué.