Il n’y a pas de mal à ce que les libéraux travaillent en partenariat avec le Bloc québécois pour faire passer leurs projets de loi alors que le gouvernement Trudeau est minoritaire, juge l’ancien premier ministre Jean Chrétien.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Croisé dans les couloirs de l’édifice de l’Ouest, jeudi après-midi, l’ex-politicien y est allé de cette observation. « Écoutez, si on fait un bon projet de loi […] est-ce qu’on va dire ne votez pas pour nous autres parce que vous êtes séparatistes ? », a-t-il lâché.

De surcroît, aucun des partis représentés à la Chambre ne veut retourner en campagne électorale, « alors il faut trouver des solutions » a argué Jean Chrétien, disant n’avoir pas de conseils de survie à offrir à Justin Trudeau.

L’ex-premier ministre âgé de 85 ans a semblé trouver judicieuse la décision de ressusciter le poste de vice-première ministre [confié à Chrystia Freeland], qui avait été relégué aux oubliettes depuis plus d’une décennie à Ottawa.

« Moi, j’en ai toujours eu un ! J’ai eu Sheila Copps, j’ai eu Herb Gray, j’ai eu John Manley. C’est utile », a-t-il laissé tomber au micro des journalistes dans le couloir menant au bureau de Justin Trudeau, où il s’est rendu après l’impromptu de presse.

Celui qui a dirigé le pays de 1993 à 2003 avait aussi coutume de s’adjoindre les services d’un lieutenant québécois, un poste que Justin Trudeau avait refusé de créer pendant son premier mandat, s’autoproclamant « général » du Québec.

Il a finalement changé son fusil d’épaule, confiant la tâche à Pablo Rodriguez. Ce dernier considère que ce virage témoigne du fait que le premier ministre a pris acte du score au Québec, mais également aux suggestions de sa députation québécoise.

« À mes yeux, le rôle du lieutenant était important, et je l’ai communiqué. D’autres aussi l’ont communiqué. Mais en bout de ligne, c’est lui qui prenait la décision », a dit celui qui portera aussi le chapeau de leader du gouvernement en Chambre.

BLANCHET CONTRE RODRIGUEZ

Le chef bloquiste Yves-François Blanchet, qui avait adopté un ton plutôt conciliant après sa rencontre avec le premier ministre, il y a quelques jours, il l’a quelque peu haussé en apprenant la nomination de Pablo Rodriguez, mercredi.

PHOTO FRED CHARTRAND, LA PRESSE CANADIENNE

Le chef du Bloc québécois Yves-François Blanchet

« C’est lui qui, à une question de Mario Beaulieu, avait dit que ce qu’on voulait, c’était diviser sur la base de la langue, de la culture et de la couleur – une accusation racis [t] e », a-t-il souligné en faisant référence à un accrochage survenu en Chambre à l’hiver 2019.

La cible de ces récriminations n’a pas semblé vouloir jeter de l’huile sur le feu.

« Est-ce que ce n’est pas arrivé une fois à M. Blanchet ou d’autres de s’impatienter une fois un peu ? Moi, ça m’est arrivé une fois. Honnêtement, je n’aurais pas dû le faire. Je le regrette. Mais ça ne me définit pas comme personne », a-t-il offert.

Le chef du Bloc québécois a nommé l’ancien député péquiste Alain Therrien au poste de leader parlementaire en Chambre. L’ex-élu du Salon bleu n’est pas exactement reconnu pour faire dans la dentelle.

« Il a, par le passé, fait preuve d’un certain tempérament, alors les deux devront mettre de l’eau dans leur vin », a signalé Yves-François Blanchet, qualifiant Pablo Rodriguez de « grand prêtre du multiculturalisme »

La Chambre des communes a été convoquée le 5 décembre.