(Ottawa) Le Canada a confirmé qu’il ne partage pas le point de vue du gouvernement Trump selon lequel les colonies de peuplement israéliennes en Cisjordanie sont légales au regard du droit international, en votant pour l’autodétermination des Palestiniens aux Nations unies.

Mike Blanchfield
La Presse canadienne

Un haut responsable du gouvernement, s’exprimant sous le couvert de l’anonymat en raison de la sensibilité du dossier du Proche-Orient, a indiqué que le Canada avait jugé nécessaire de modifier ses habitudes de vote à l’ONU cette semaine et de soutenir une résolution à laquelle Israël s’opposait.

Lundi, les États-Unis ont renversé quatre décennies de politique étrangère lorsque le secrétaire d’État, Mike Pompeo, a annoncé que les États-Unis n’étaient plus guidés par un avis juridique rendu en 1978 par le département d’État selon lequel les colonies de peuplement israéliennes en Cisjordanie sont « incompatibles » avec le droit international.

La décision américaine a plu à Israël, mais d’autres pays et les Palestiniens ont déclaré qu’elle pourrait compromettre les perspectives de paix.

Dans l’ensemble, la position du Canada reste inchangée : les colonies sont illégales, une position qui a été affirmée par les gouvernements libéraux, conservateurs et progressistes-conservateurs.

Mardi, le Canada a voté en faveur de la motion aux côtés de 163 pays à l’Assemblée générale des Nations unies, tandis que cinq pays — les États-Unis, Israël, la Micronésie, les Îles Marshall et Nauru — ont voté contre et neuf autres se sont abstenus.

Au cours des dernières années, le Canada est venu à la défense d’Israël à l’ONU pour mettre fin à une tradition annuelle informelle connue dans certains milieux sous le nom de « dénigrement d’Israël ». Depuis l’époque de l’ancien premier ministre libéral Paul Martin, le Canada a changé de position sur la vingtaine de votes anti-Israël qui sont soumis chaque année à l’Assemblée générale : au lieu de toujours s’abstenir, le Canada a commencé à voter en opposition à un nombre croissant de ces propositions.

Les conservateurs de Stephen Harper ont multiplié les votes « contre », conjointement avec Israël et les États-Unis, tout en renforçant le soutien public à Israël et en critiquant souvent l’ONU comme un bastion de dictateurs hypocrites.

Les libéraux dirigés par le premier ministre Justin Trudeau ont poursuivi cette politique, sans le discours anti-ONU, au moment où le Canada cherche un siège temporaire au sein de son organe le plus puissant, le Conseil de sécurité, lors d’un vote l’année prochaine.

Tout juste assermenté, mercredi après-midi, le nouveau ministre des Affaires étrangères Francois-Philippe Champagne a mis en garde contre la tentation de donner trop d’importance à ce vote.

« Notre amitié avec Israël est forte et nous serons toujours là. Mais dans certaines occasions, comme hier, le Canada doit voter en accord avec ses principes sur cet enjeu », a-t-il déclaré aux journalistes en conférence de presse à l’extérieur de Rideau Hall, où il venait de prêter serment.

Il a ajouté que le gouvernement a communiqué avec des membres de la communauté juive canadienne pour expliquer ce raisonnement.

Plus tôt dans la journée, avant que l’ex-ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland ne cède sa place pour prendre notamment les fonctions de vice-première ministre, son porte-parole Adam Austen avait déclaré que le Canada était attaché « à l’objectif d’une paix globale, juste et durable au Proche-Orient, y compris la création d’un État palestinien vivant côte à côte dans la paix et la sécurité avec Israël ».

Celui-ci avait poursuivi en disant que « conformément à la position de longue date du Canada, il est important pour le moment de réitérer notre engagement pour une solution à deux États et envers l’égalité des droits et de l’autodétermination de tous les peuples ».

L’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche a présenté de nouveaux défis. Lorsque Donald Trump a décidé de déplacer l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem — une ville qui revêt une signification particulière pour les juifs, les musulmans et les chrétiens —, l’ONU a décidé, en décembre 2017, de le réprimander.

Pris entre l’arbre et l’écorce — le Canada renégociait l’Accord de libre-échange nord-américain et ne voulait pas provoquer M. Trump — le gouvernement Trudeau a orchestré une abstention réfléchie lors de ce vote, comme 34 autres pays.

Puis, il y a eu l’annonce faite lundi par M. Pompeo sur les colonies de peuplement, qui a ouvert la voie au vote à l’ONU, et le virage du Canada sur la motion d’autodétermination palestinienne.

Les groupes de défense des affaires juives et israéliennes du Canada ont critiqué le changement de position du gouvernement.

« À notre avis, le cœur du conflit reste le refus des dirigeants palestiniens et de leurs sympathisants de reconnaître les liens indigènes du peuple juif avec la Terre d’Israël. C’est ce que l’ONU et le Canada devraient condamner », a déclaré B’Nai Brith Canada. « Nous appelons le Canada et le reste de la communauté internationale à faire pression sur l’Autorité palestinienne pour qu’elle retourne à la table des négociations et à mettre fin aux pratiques préjudiciables, comme récompenser les terroristes et leurs familles. »

Le chef conservateur Andrew Scheer a déclaré sur Twitter que cela marquait un retour au « scandaleux dénigrement d’Israël qui se produit régulièrement à l’ONU ».

Le sénateur conservateur Leo Housakos a exprimé sur Twitter un refrain commun aux années Harper : « Le gouvernement Trudeau montre une fois de plus dans la pratique qu’il n’est pas un ami de l’État d’Israël. Il se range du côté de l’ONU, un club rempli de dictateurs et de despotes. »