(Ottawa) Le premier ministre Justin Trudeau se tourne vers des piliers de son gouvernement, Chrystia Freeland et François-Philippe Champagne, pour diriger deux des ministères les plus importants alors qu’il entreprend son mandat minoritaire.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
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Fanny Lévesque Fanny Lévesque
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Alors que la question de l’unité nationale s’impose d’ores et déjà comme un dossier prioritaire en raison de la grogne qui prend de l’ampleur dans les provinces de l’Ouest, M. Trudeau annoncera aujourd’hui qu’il s’adjoint les services d’une vice-première ministre, Chrystia Freeland, selon des informations obtenues par La Presse.

Celle qui a dirigé le ministère des Affaires étrangères et chapeauté la renégociation de l’ALENA avec succès cédera donc les commandes de la diplomatie canadienne à François-Philippe Champagne. Mme Freeland devient ainsi vice-première ministre — une fonction qui avait été reléguée aux oubliettes par les premiers ministres depuis 2006 — et elle passera le plus clair de son temps au pays également en tant que ministre des Affaires intergouvernementales.

PHOTO SEAN KILPATRICK, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Chrystia Freeland cédera donc les commandes de la diplomatie canadienne à François-Philippe Champagne.

Elle est très heureuse d’avoir décroché ce mandat ; elle l’a appris il y a quelques jours.

Une source gouvernementale qui a requis l’anonymat afin de s’exprimer plus librement à La Presse

Le poste de vice-première ministre est « plutôt honorifique », explique Réjean Pelletier, politologue de l’Université Laval. « Lorsque le premier ministre est à l’extérieur du Canada, cette personne peut le remplacer dans certaines circonstances », enchaîne-t-il en entrevue.

La dernière personne à avoir occupé cette fonction est l’ancienne ministre originaire de l’Alberta, Anne McLellan, dans le gouvernement minoritaire de Paul Martin. M. Trudeau avait demandé à Mme McLellan de le conseiller pendant la transition.

Lorsqu’il est arrivé au pouvoir, en 2015, Justin Trudeau s’est réservé le rôle de ministre des Affaires intergouvernementales, mais il en a cédé les rênes à l’été 2018. Née à Peace River, en Alberta, Chrystia Freeland en prend maintenant le contrôle pour tenter de rétablir l’harmonie au sein de la fédération canadienne. 

Dans le cas de François-Philippe Champagne, qui passe du ministère des Infrastructures et des Collectivités au ministère des Affaires étrangères, il prend sans contredit du galon. Il se trouve d’ailleurs à suivre les traces de Mme Freeland, car à l’instar de cette dernière, il s’est d’abord fait les dents comme ministre du Commerce international.

Selon l’ex-ambassadeur du Canada en Chine Guy Saint-Jacques, le nouveau ministre des Affaires étrangères ne manquera pas de pain sur la planche et aura notamment la tâche de régler les différends qui persistent avec la Chine, l’Arabie saoudite, l’Inde et la Russie.

On a présentement une collection de mauvaises relations à l’étranger.

Guy Saint-Jacques, ex-ambassadeur du Canada en Chine

« Peut-être que ce sera plus facile pour lui en Russie », note M. Saint-Jacques, rappelant que Chrystia Freeland y est « persona non grata ». Par ailleurs, l’une des priorités de M. Champagne devrait être d’ouvrir la machine pour que le Canada décroche le siège au Conseil de sécurité de l’ONU pour lequel il fait campagne depuis déjà plusieurs mois.

Il s’agit certes « d’une belle promotion » pour l’élu québécois, ajoute M. Saint-Jacques, soutenant que M. Champagne avait « laissé un bon souvenir » lors de son passage aux commandes du Commerce international entre janvier 2017 et juillet 2018.

Un autre ministre qui obtient une promotion est le Britanno-Colombien Jonathan Wilkinson, qui prendra la tête du ministère de l’Environnement après avoir dirigé le ministère des Pêches. M. Wilkinson, qui est natif de l’Ontario et a vécu à Saskatoon, où il a notamment été un proche collaborateur de l’ancien premier ministre néo-démocrate de la Saskatchewan Roy Romanow, se voit ainsi confier en quelque sorte le mandat de représenter les provinces de l’Ouest à la table du Cabinet. Rappelons que les libéraux ont été rayés de la carte électorale en Alberta et en Saskatchewan au dernier scrutin.

Celle qui a été la voix du gouvernement Trudeau dans le dossier de la lutte contre les changements climatiques, Catherine McKenna, passe du ministère de l’Environnement à celui de l’Infrastructure et des Collectivités. Mme McKenna avait exprimé le souhait d’être mutée à un autre ministère, indique-t-on en coulisses.

Le poids du Québec

Selon des informations qui ont circulé au cours des derniers jours, le cabinet de Justin Trudeau, qui sera de nouveau paritaire, devrait compter un nombre légèrement plus important de ministres que lors de la dissolution du Parlement, alors qu’il y en avait 34.

La majorité des visages connus du Québec vont conserver un fauteuil à la table du Conseil des ministres. David Lametti (Justice) et Diane Lebouthillier (Revenu national) devraient garder les mêmes fonctions. Quant à Jean-Yves Duclos et Mélanie Joly, on s’attend à ce qu’ils obtiennent des promotions. M. Duclos devrait passer du Développement social au Conseil du Trésor.

Mélanie Joly, actuelle titulaire du ministère du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie, hériterait d’un ministère à vocation économique, comme elle le souhaitait, selon nos informations. Son futur rôle devrait lui permettre de rapprocher le Québec et ses régions du reste du Canada.

Au lendemain des élections, l’élue d’Ahuntsic-Cartierville avait affirmé en entrevue avec La Presse que les troupes libérales devaient tirer des leçons du résultat obtenu au Québec en arrivant notamment à démontrer « à quel point la présence du fédéral est importante dans la vie des gens [des] régions ».

Elle avait ajouté que « personnellement », il lui ferait « plaisir d’être là pour les régions, pour le Québec ».

Rappelons que l’écologiste bien connu Steven Guilbeault doit faire son entrée au Cabinet. Il prendra la tête du ministère du Patrimoine. Le titulaire de ce ministère, Pablo Rodriguez, aura quant à lui la délicate mission de diriger les travaux parlementaires en tant que leader du gouvernement en Chambre — une tâche cruciale dans un contexte de gouvernement minoritaire.

La cérémonie de prestation de serment du Conseil des ministres se met en branle à 13 h 30 à Rideau Hall, la résidence officielle de la gouverneure générale du Canada, Julie Payette. Le premier ministre, Justin Trudeau, doit donner une conférence de presse vers 15 h 30. Ses ministres se prêteront ensuite à l’exercice.