(Québec) Le gouvernement Legault s’est affairé, jeudi, à banaliser le vol de documents dont a été victime le ministre Simon Jolin-Barrette.

Caroline Plante
La Presse canadienne

Ce dernier n’a pas été négligent en laissant des documents de travail dans sa voiture de fonction, a soutenu le premier ministre François Legault, qui a candidement avoué faire la même chose.

« Parfois je vais livrer un discours et je ne sors pas mes documents de la voiture », a-t-il dit en anglais.

L’incident impliquant M. Jolin-Barrette est sans précédent dans l’histoire récente du Québec. Il survient au moment où l’Assemblée nationale a dépensé 60 millions pour rehausser la sécurité sur la colline parlementaire.

À son arrivée au caucus de sa formation politique jeudi, le ministre de l’Immigration a annoncé s’être fait voler des documents papier, sa tablette électronique et ses clés dans sa voiture de fonction, stationnée sous le complexe G, à un jet de pierre du parlement.

Il a minimisé l’affaire en insistant que les documents subtilisés n’étaient pas des documents confidentiels, mais plutôt des documents de travail, surtout des notes manuscrites. Tous ses biens ont été récupérés, a-t-il dit.

« Ce n’est pas des documents importants », a estimé M. Jolin-Barrette, en refusant de dire si les portes de son véhicule étaient verrouillées. Il n’a pas non plus jeté le blâme sur son garde du corps.

De toute façon, a ajouté la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, le fait de privilégier en 2019 les supports électroniques, tels que les tablettes, « avec double, parfois triple couches de sécurité » offre aux ministres une grande protection.

« Zéro prudent »

Ce vol de documents a vite fait réagir les députés des partis d’opposition, qui y ont vu un manque de prudence de la part du ministre Jolin-Barrette.

Selon eux, c’est une règle élémentaire en politique que de ne pas laisser traîner des documents dans sa voiture.

« Zéro prudent, a déclaré la députée libérale Marwah Rizqy. Ma mère m’a appris de ne pas laisser ma sacoche dans l’auto, je pense qu’on ne laisse pas des documents de travail dans l’auto.

“Un ministre qui a aussi une formation d’avocat, il sait très bien que tout document peut être important. Dans son cas à lui, les erreurs s’accumulent », a-t-elle ajouté.

« Quel message envoie-t-elle à toutes les victimes du Québec ? a réagi M. Jolin-Barrette, en exigeant des excuses sur-le-champ de la part de Mme Rizqy. Les infractions criminelles doivent être dénoncées. »

Le leader parlementaire de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, a dit souhaiter « que les documents du gouvernement, les documents importants et confidentiels soient bien protégés ».

Pour sa part, le chef intérimaire du Parti québécois, Pascal Bérubé, a affirmé vouloir en savoir plus sur la nature des documents qui ont été dérobés.

« On pourrait apprendre une nomination, un investissement gouvernemental, donc il pourrait y avoir des répercussions importantes », s’est-il inquiété.

Suspect arrêté

Plus tôt, la Sûreté du Québec (SQ) avait confirmé le vol, sans jamais préciser l’identité de la victime. C’est la division des enquêtes sur les crimes majeurs de la SQ qui a pris la responsabilité du dossier.

Selon le sergent Claude Denis, l’incident s’est produit vers 23 h 45 mercredi, alors que le véhicule était dans le stationnement intérieur du Complexe G à Québec. Les policiers ont rapidement interpellé un homme « au comportement suspect » qui sortait du stationnement.

L’homme en question était en possession d’objets liés au vol. Les policiers ont procédé à son arrestation et la plupart des objets volés ont été retrouvés, selon M. Denis.

L’homme arrêté n’avait aucun lien avec le propriétaire du véhicule. Il a tenté de voler dans plusieurs voitures, car il était à la recherche de monnaie. Il a été libéré et comparaîtra devant la cour « à une date ultérieure ».