(Québec) François Legault accuse les groupes économiques et particulièrement Michel Leblanc, président de la Chambre de commerce de Montréal, de vouloir plus d’immigrants afin de bénéficier d’une main-d’œuvre bon marché.

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

« C’est un jeu d’offre et de la demande. Plus il y a de main-d’œuvre au Québec, plus on peut garder les salaires bas. Plus on est capable de trouver des employés à 12-15 $ de l’heure. Il faut être prudent. Ma responsabilité, c’est de défendre les intérêts des Québécois. […] Je ne travaille pas pour Michel Leblanc », a déclaré le premier ministre du Québec, jeudi.  

Alors que la réforme du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) en immigration plonge le gouvernement dans une crise, M. Legault se dit assuré d’avoir le soutien de la population. Pour preuve : « si vous regardez sur ma page Facebook, je dirais que 90 % des gens sont d’accord avec ce qu’on fait », a-t-il dit.

Par voie de communiqué, mercredi, la Fédération des chambres de commerce du Québec, le Conseil du patronat, Manufacturiers et Exportateurs du Québec, la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, la Chambre de commerce du Montréal métropolitain et la Chambre de commerce et d’industrie de Québec ont joint leurs voix pour demander à nouveau que le gouvernement Legault hausse les seuils d’immigrants au Québec.

Pas de sursis pour les cégeps

François Legault ne compte pas modifier les listes de domaines d’étude et d’emplois qui sont désormais reconnus pour avoir accès au PEQ en fonction des besoins des cégeps en région et des universités.  

Jeudi, dans La Presse, Robert Gagné, professeur titulaire au département d’économie appliquée de HEC Montréal et directeur du Centre sur la productivité et la prospérité, a accusé le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) d’être « simpliste » et de « jouer les devins » en prévoyant quels secteurs économiques auront besoin de main-d’œuvre.  

Pierre Bédard, directeur général du cégep de Matane, où 45 % des 700 étudiants viennent de l’international, déplore pour sa part que des programmes collégiaux soient exclus du PEQ, alors que le taux de placement est de 100 %.  

En mêlée de presse, jeudi, François Legault a répondu qu’il n’avait pas l’intention de moduler la liste des domaines reconnus par le PEQ pour les cégeps et les universités qui financent leur opération avec des étudiants étrangers.

« Les recteurs et les cégeps sont financés par des étudiants, a-t-il rappelé. Donc les étudiants qui sont des domaines où il n’y a pas de besoins, ça [leur] rapporte quand même du financement ».  

De la confusion  

Le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, reconnaît pour sa part que la réforme du PEQ – dont l’accès est désormais limité à une liste restreinte de domaines d’étude ou d’emploi – s’est faite avec « un peu de confusion […] au niveau des communications ».  

« Elle est complexe, la réforme. Quand on regarde les entonnoirs d’où les gens peuvent arriver, c’est très complexe. Même pour un ministre, et je sais compter, il faut s’asseoir et bien y réfléchir », a-t-il dit.  

M. Fitzgibbon a également affirmé que les programmes d’immigration temporaire pourraient prendre le relais aux programmes d’immigration permanente afin de combler les besoins en main-d’œuvre.    

Le ministre de l’Emploi, Jean Boulet, a pour sa part affirmé que les listes de secteurs de l’économie en demande, à partir desquelles le PEQ se lie, seront « évolutives » et changeront en début de chaque année.