(Québec) François Legault reconnaît avoir mal évalué l’impact de sa réforme de l’immigration. Québec fait marche arrière et accorde aux étudiants et travailleurs temporaires étrangers qui déposeront une demande au Programme de l’expérience québécoise (PEQ) un droit acquis pour qu’ils soient jugés selon les anciens critères s’ils ont débuté leur programme d’étude ou leur emploi avant le 1er novembre.  

Martin Croteau Martin Croteau
La Presse

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

Le premier ministre a reconnu mercredi qu’il n’a « pas aimé » sa journée de mardi, au cours de laquelle sa réforme du PEQ a été bombardée de critiques par l’opposition, des groupes étudiants, des travailleurs étrangers, des étudiants étrangers et des dirigeants universitaires. Tous ont dénoncé le manque « d’humanité » de la décision du gouvernement caquiste.

« On n’avait peut-être pas, effectivement, évalué des cas personnels de gens qui s’étaient fait faire des représentations, qui ont décidé de bonne foi de dire : ‘Moi, j’en suis de la nation québécoise, je me sens Québécois, je suis déjà au Québec.’ On n’a peut-être pas évalué comme il faut cette partie humaine », a-t-il déclaré.

M. Legault a expliqué qu’il était d’abord convaincu qu’il n’y avait aucune garantie que les étudiants et travailleurs temporaires étrangers qui postulaient au PEQ obtiendraient rapidement leur résidence permanente. C’est pourquoi son ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, et lui-même ont d’abord défendu bec et ongles le changement des critères.

Mais depuis, le premier ministre dit avoir été informé que plusieurs étudiants étrangers ont été recrutés avec la promesse d’obtenir une voie rapide vers la résidence permanente grâce à ce programme d’immigration. Cet argument en a convaincu plusieurs de poursuivre leurs études au Québec.

« J’avoue qu’on n’avait pas saisi cette présentation qui avait été faite à certains étudiants », a dit M. Legault.

Le droit acquis n’efface toutefois pas les nouveaux critères d’admission au PEQ pour les étudiants et travailleurs étrangers qui ont choisi le Québec depuis le 1er novembre. Le gouvernement Legault souhaite que le programme réponde désormais aux besoins du marché du travail québécois.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Simon Jolin-Barrette

Quelques minutes plus tôt, le ministre Simon Jolin-Barrette s’est dit « très sensible à la réalité des gens » touchés par sa réforme de l’immigration. Et ce, même s’il avait refusé de rencontrer un groupe d’étudiants venus dénoncer sa décision à l’Assemblée nationale la veille.

« Je démontre très clairement ma sensibilité et mon écoute à l’égard des personnes touchées. Je les ai entendues et c’est pour cette raison que j’ai modifié ma décision », a affirmé M. Jolin-Barrette.

Le ministre avait d’abord défendu mardi avec force cet élément de sa réforme, qui changeait en cours de route les règles du jeu pour plusieurs étudiants.

Mercredi, M. Jolin-Barrette a assuré que ce recul était sa décision et qu’elle ne lui avait pas été imposée par le premier ministre. « Non, c’est moi qui ai informé le premier ministre de ma décision de mettre en place une clause de droit acquis », a-t-il dit.  

« Dans un dossier comme celui-ci, le premier ministre me fait confiance et respecte ma décision. Je ne ferai pas étalage des discussions entre lui et moi », a-t-il dit, refusant de parler « d’erreur ».

En mêlée de presse, François Legault a plus tard affirmé qu’il s’agissait d’une décision commune.

Manque d’empathie

Les partis d’opposition ont dit ne pas croire une seule seconde à l’empathie du ministre.  

« Vous avez entendu comme moi [mardi] ses réponses froides, très calculées. Visiblement, quand l’empathie est passée, M.  Jolin-Barrette n’était pas chez lui », a lancé le député solidaire de Rosemont, Vincent Marissal.  

« On parle de monde, de vrai monde, a-t-il ajouté. Ce n’est pas juste de la politique. »

Le député libéral de La Pinière, Gaétan Barrette, croit que M. Jolin-Barrette « n’avait aucune sensibilité pour ces gens-là » mardi, rappelant qu’il avait refusé de rencontrer les étudiants étrangers.

« Ce que j’ai vu lundi, c’est un gouvernement extrêmement froid, calculateur, incapable de l’admettre, lance Gaétan Barrette. Aujourd’hui, quand j’entends Simon Jolin-Barrette dire qu’il était sensible… Moi, je n’ai vu personne sensible en face de moi. J’ai vu beaucoup de monde gêné. »

Le chef du Parti québécois, Pascal Bérubé, a abondé dans le même sens.

« C’est de l’insensibilité, c’est de la gestion de crise, a-t-il dénoncé. Ce n’est pas une conviction sincère. Ils sont poussés à bout. Ils avaient mal évalué l’impact. C’est amateur et le gouvernement ne mérite certainement pas la popularité qu’il a présentement avec ces erreurs successives. »

Le gouvernement Legault a annoncé la semaine dernière qu’il modifiait le PEQ - un programme d’immigration qui sert de voie rapide à l’obtention de la résidence permanente pour les étudiants étrangers au Québec et les travailleurs temporaires déjà installés dans la province. Les nouveaux critères restreignent l’application au PEQ à une liste limitée de domaines d’étude ou d’emploi.