(Québec) François Legault répond aux étudiants et aux travailleurs étrangers qui sentent leurs « rêves brisés » que « personne n’est venu au Québec en se faisant promettre absolument d’avoir une citoyenneté canadienne ».

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

En matinée, mardi, les partis d’opposition et des groupes étudiants ont exigé que le gouvernement Legault recule sur les nouvelles restrictions qu’il impose aux étudiants et aux travailleurs temporaires étrangers pour l’accès à un programme d’immigration qui leur permet d’obtenir rapidement leur résidence permanente.

Dans une rare sortie commune, le Parti libéral du Québec (PLQ), Québec solidaire (QS) et le Parti québécois (PQ) étaient accompagnés de dizaines d’étudiants étrangers qui ont choisi le Québec pour y étudier et y faire leur vie. Ils ont exigé que le ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, retire le nouveau règlement qui restreint l’accès au Programme de l’expérience québécoise (PEQ) à une liste limitée de domaines d’études et de catégories d’emplois.

« Vous êtes en train de remettre notre avenir en question », a déploré, la gorge nouée, une jeune travailleuse temporaire belge présente au Québec depuis plus d’un an. Certains, qui ont dépensé des milliers de dollars pour étudier au Québec, ne sont plus admissibles au PEQ et ne savent pas s’ils pourront rester dans la province une fois leurs études terminées.

« Je me sens plus Québécoise que Française. Je suis peut-être née ailleurs, mais mon présent et mon avenir sont ici », a renchéri Claire, une étudiante à l’Université de Montréal, ajoutant que « le Québec, je pensais que c’était chez moi ».

« Notre capacité d’intégration est limitée », dit Legault

En mêlée de presse, mardi, le premier ministre François Legault leur a répondu que la « capacité d’intégration [du Québec] est limitée ». Les étudiants qui ont pris la parole dans le foyer du parlement, en matinée, ont toutefois rappelé qu’ils parlaient français, travaillaient en français, mais qu’ils étaient en voie d’obtenir un diplôme québécois qui n’est plus reconnu par Québec comme un domaine répondant à la pénurie de main-d’oeuvre.

« Si on acceptait tous les étudiants, il y en a 70 000, un moment donné, il faut prioriser. Se concentrer sur l’économie et répondre aux besoins du marché du travail », a dit M. Legault.

Le premier ministre a également évoqué que le Québec recevait à ses yeux plus de réfugiés que d’autres nations dans le monde. La province pourrait augmenter le nombre d’immigrants économiques qu’elle accueille chaque année si elle pouvait réduire le nombre de demandeurs d’asile qu’elle accueille, a-t-il dit.

« Il y a 60 % [des immigrants qu’on accueille] qui sont des immigrants économiques. On voudrait augmenter ce chiffre à 65 %. Actuellement, il y a quand même plus du tiers des immigrants qui viennent parce que ce sont des réfugiés […] et qui n’ont pas les qualifications pour occuper un emploi. […] Quand on compare le nombre de personnes qu’on reçoit pour des raisons humanitaires au Québec, on en reçoit beaucoup plus qu’ailleurs dans le monde », a déploré M. Legault.

Tirs groupés des oppositions

En matinée, mardi, le député libéral Monsef Derraji a accusé le gouvernement Legault de briser des rêves et des vies avec le nouveau règlement qui encadre le PEQ.

« C’est une vision étroite, comptable et insensible de l’immigration. […] Il y a une seule option pour Simon Jolin-Barrette et c’est le recul complet et total sur ce règlement qui va briser des milliers de vies », a également dit Gabriel Nadeau-Dubois de Québec solidaire.

De son côté, la députée péquiste Méganne Perry-Mélançon a rappelé que les nouvelles restrictions au PEQ n’affectaient pas que les villes universitaires, comme Montréal et Québec. Les régions éloignées où des programmes collégiaux qui ne figurent plus dans les formations reconnues par le PEQ vivront aussi les conséquences de la réforme Jolin-Barrette.

En mêlée de presse, mardi, le ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, a répété qu’il avait resserré les règles en fonction des besoins du marché du travail.

« Je donne l’exemple de quelqu’un qui ferait un bac en droit ici au Québec. Il y a suffisamment d’avocats au Québec, ce que ça nous prend, ce ne sont pas uniquement des diplômés universitaires », a-t-il tranché.