(Québec) Régis Labeaume aurait été ministre dans le gouvernement de Lucien Bouchard, et aux élections de 1994, Jacques Parizeau aurait pu compter sur la candidature d’un Giuseppe Sciortino, figure connue de la communauté italienne. L’avocat aurait fourni une assise au PQ dans les communautés culturelles. Mais dans Montmorency comme dans Mercier, les militants péquistes en ont décidé autrement.

Denis Lessard Denis Lessard
La Presse

Aux assemblées d’investiture, Jean-François Simard, aujourd’hui député caquiste, l’avait emporté sur celui qui allait devenir maire de Québec. Dans Mercier, Giuseppe Sciortino avait remporté une première assemblée, mais il avait fallu organiser un match revanche où, en dépit de l’appui de Jacques Parizeau, l’avocat italien avait mordu la poussière devant l’ex-numéro deux de Montréal Robert Perreault. Les chefs du PQ n’avaient que peu d’influence sur le choix des candidats.

Si le PQ paraît nager en eau calme, les amateurs de sport extrême ne perdent rien pour attendre. Le congrès extraordinaire prévu pour les 9 et 10 novembre à Trois-Rivières permettra aux membres de renouer avec les discussions intenses.

Un avant-goût cette semaine : la réunion régionale de Montréal-Centre a donné lieu à des échanges musclés – cette région a de tout temps été au cœur des débats au PQ. Les militants ont refusé qu’on ajoute simplement « État laïque » à la définition du Québec dans la résolution-cadre, le texte proposé par la direction du parti pour l’approbation du congrès. Une victoire des « hivonistes », a mis sur sa page Facebook Christian Généreux, président de Sainte-Marie–Saint-Jacques. Lui, semble-t-il, y voit des relents du positionnement de la députée de Joliette, plutôt « mielleuse » sur la question de l’indépendance. Plusieurs régions ont au contraire approuvé ce rappel bien timide de la Charte des valeurs de Bernard Drainville. Les régions doivent au plus tard demain faire parvenir leurs propositions d’amendement à la proposition rendue publique au caucus péquiste de Valleyfield en septembre.

Un débat en vue aussi sur le processus de choix des candidats. Les péquistes ont longtemps ironisé sur le fait qu’à la Coalition avenir Québec, ce soit le chef du parti qui ait la main haute sur le choix des candidats. Dans sa proposition aux membres, l’exécutif national du PQ propose qu’on mette en place une « commission des candidats », nouvelle instance qui aurait à « évaluer le dossier de chaque personne souhaitant être candidat ». On y précise que le comité devra en autoriser « le plus grand nombre possible ».

Mais quand on regarde la composition de ce nouveau filtre, on constate que le président du PQ – naturellement en communauté de pensée avec le chef –, un député et une personne choisie par le caucus en feront partie. 

Pour Alexis Gagné-LeBrun, président de la commission politique au PQ, cette commission ne vise pas à faire une présélection des aspirants députés, mais à rassembler sous un seul chapeau les vérifications qui sont déjà faites sur le passé du candidat. Le but : « vérifier s’il y a casier judiciaire, les déclarations sur les réseaux sociaux, etc. […] aucune préférence à l’endroit des candidats ». On prévoit aussi que dans l’avenir, un président d’association dans une circonscription ne pourra exercer plus de deux mandats. Autre mesure inédite : le contingent des candidats aux élections générales devra compter au moins 40 % de femmes.

Un autre front prévisible : permettre aux « sympathisants » de participer au choix du prochain chef. C’est réduire injustement le poids des membres en règle, observe Marc Laviolette, ancien président de la CSN, militant dans Suroît. « La proposition dit que les membres sont la colonne vertébrale du PQ, si on ouvre à tous, la tête ne tiendra plus sur la colonne vertébrale », ironise-t-il. La déclaration de principe prévoit que l’action politique du PQ « se concentrera sur la fondation d’un pays, non pas sur la gestion ordinaire d’une province ». Dans la région du Suroît, on veut déjà ajouter que le PQ doit aussi faire le procès du fédéralisme canadien, obstacle à l’émancipation du Québec.

L’énigme Gaudreault

À l’exécutif national du PQ qui a donné sa bénédiction à cette proposition, on retrouve plusieurs militants qui ont de près ou de loin collaboré au rapport Osez repenser le PQ, soumis par Paul St-Pierre Plamondon, un conseiller écouté à l’époque de Jean-François Lisée et candidat défait dans Prévost l’an dernier. « PSP » multiplie les interventions sur les médias sociaux, accorde des entrevues ; personne ne doute plus qu’il songe à se porter candidat dans la course à la direction du PQ.

Dans les circonstances, le PQ est dans une situation identique à celle du PLQ. Il manque à la fois de temps… et de candidats. Le chef péquiste doit être choisi avant le 24 juin 2020 ; or, bien peu d’aspirants semblent prêts à se lancer. Un courant est apparu récemment : pourquoi ne pas prolonger le mandat du chef intérimaire, Pascal Bérubé, pour reporter la course à la direction ? Le principal intéressé coupe court à cette réflexion : « Pas question pour moi de dépasser la Fête nationale », résume-t-il.

Le nom d’un autre candidat éventuel circule : celui de Frédéric Bastien, historien qui a publié La bataille de Londres sur les tractations autour du rapatriement de la Constitution par Pierre Trudeau en 1982. M. Bastien a manifesté publiquement son intérêt, précisant attendre les règles édictées par le congrès pour la course. D’entrée de jeu, prônant une « souveraineté décomplexée », il propose de réduire à 30 000 le nombre annuel d’immigrants accueillis au Québec – la CAQ a baissé le seuil à 40 000 cette année, mais prévoit le hausser l’an prochain.

Candidat prévisible, Sylvain Gaudreault l’est peut-être moins qu’on pense. Publiquement, le député de Jonquière dit qu’il est en réflexion et que le prochain congrès sera un élément important de son évaluation. Mais dans les cercles péquistes, beaucoup sentent désormais qu’il ne sera pas sur les rangs. L’ancien ministre à qui Pauline Marois avait confié à la fois les Transports et les Affaires municipales hésite à sacrifier sa vie personnelle pour un poste qui, à l’évidence, promet des années de travail ardu et ingrat. Il n’a pas mis à jour son réseau, ses contacts au sein de l’organisation péquistes. Dans sa région, il n’a guère d’appuis. Celle qui aurait pu l’aider, Claude De Bellefeuille, se représente pour le Bloc québécois. Son unilinguisme apparaît comme un obstacle supplémentaire – surtout depuis le passage de Pauline Marois.

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Sylvain Gaudreault, député de Jonquière

Déjà, il avait refusé de se lancer en piste lors de la course qui a choisi Pierre Karl Péladeau – après avoir laissé porter son nom, il avait décidé d’appuyer Bernard Drainville… un choix déchirant, surtout quand on se souvient que M. Drainville, quelques jours plus tard, avait appuyé M. Péladeau. Il ne saute pas davantage dans la course au départ de Pierre Karl Péladeau – il sera chef intérimaire jusqu’à l’arrivée de Jean-François Lisée, en octobre 2016. « Je suis toujours en consultation, mais cela progresse bien », a-t-il indiqué à La Presse hier soir, rappelant qu’il avait toujours dit qu’il attendrait le congrès avant d’annoncer sa décision.

Avec le vent dans les voiles dans les sondages, Yves-François Blanchet pourrait bénéficier d’une vague qui le porterait jusqu’à Québec. Mais le chef du Bloc hésitera s’il a suffisamment de députés pour détenir la balance du pouvoir devant un gouvernement minoritaire. À la différence de Gilles Duceppe, qui n’a jamais pu se résoudre à tenter sa chance, M. Blanchet disposerait encore d’un réseau d’appuis important au PQ. Mais le congrès à la direction du printemps prochain arrivera probablement trop tôt pour lui permettre de changer de Parlement sans ternir son image.