(Québec) La nouvelle stratégie forestière du gouvernement Legault lui vaut des critiques acerbes aux États-Unis. Un important groupe environnemental américain l’accuse de verser dans une « nouvelle forme de dénégation climatique » lorsqu’il présente les coupes comme une manière de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES).

Martin Croteau Martin Croteau
La Presse

Le Natural Resources Defense Council (NRDC) est une organisation non gouvernementale établie à New York qui compte 3 millions de membres et plus de 500 employés. Il a rédigé un texte en anglais et en français au cours des derniers jours pour dénoncer les orientations du ministre des Forêts, Pierre Dufour.

Le groupe lui reproche d’envoyer un mauvais message au reste de la planète en ouvrant la porte à davantage de coupes forestières.

« Malgré toutes les données scientifiques démontrant la nécessité de protéger les poumons de la terre, le Québec a annoncé qu’il cherchera à accroître l’exploitation forestière comme solution climatique, a dénoncé l’organisme. Ce faisant, il renonce à la science et alimente un discours dangereux qui pourrait avoir des ramifications mondiales. »

En entrevue, la porte-parole du groupe, Jennifer Skene, affirme que les commentaires du ministre ne sont pas passés inaperçus au sud de la frontière. Là-bas, des groupes de conservation militent depuis des décennies pour la préservation de la forêt boréale.

Les propos de M. Dufour sont donc « irresponsables » et « alarmants », selon elle.

Une des choses qui deviennent très claires, c’est l’importance de la forêt boréale pour éviter les pires impacts des changements climatiques. À mesure que cette forêt est coupée, le carbone se dégage du sol, de la végétation, avec des conséquences désastreuses.

Jennifer Skene, porte-parole du Natural Resources Defense Council

Lundi dernier, le ministre Dufour a argué que les coupes forestières permettent de réduire les émissions de GES. Il a ainsi justifié sa stratégie d’agrandir les territoires accessibles à l’industrie. Il souhaite aussi inciter les entreprises à récolter du bois dans des secteurs moins accessibles comme des montagnes ou des régions éloignées.

Les commentaires du ministre ont provoqué un débat scientifique au cours des derniers jours. La plupart des experts conviennent que les forêts plus jeunes absorbent davantage de carbone que les plus vieilles, d’où la pertinence d’accélérer le cycle de coupe et de plantation. Mais plusieurs doutent que la stratégie permette de réduire les émissions de GES, à moins que le bois serve à remplacer des matériaux de construction dont la fabrication est plus polluante, comme le béton et l’acier.

« Pseudo-solution »

Pour Jennifer Skene, augmenter les coupes forestières est une « pseudo-solution » à la crise climatique. Bien qu’elle ne cherche pas à comparer François Legault au président du Brésil, Jair Bolsonaro, elle juge que les deux gouvernements sont guidés par le même préjugé favorable à l’industrie forestière.

Il y a un parallèle à faire quant à la priorisation de l’industrie avant notre avenir et d’ignorer le rôle critique des forêts pour protéger les générations futures contre les changements climatiques.

Jennifer Skene, porte-parole du Natural Resources Defense Council, à propos des gouvernements de François Legault et du président du Brésil, Jair Bolsonaro

Au cabinet du ministre Dufour, on réfute les critiques du NRDC.

« Lorsque les arbres sont récoltés selon des pratiques d’aménagement durable qui permettent d’assurer la protection de la biodiversité et la santé des écosystèmes, et qu’ils sont ensuite transformés en produits forestiers de longue durée (matériaux de construction, par exemple), il est alors possible d’accroître la durée du stockage du carbone, et c’est là que la contribution des forêts et de ses produits à la lutte contre les changements climatiques prend tout son sens », a indiqué le porte-parole du ministre, Carl Charest.

Il a également noté que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a reconnu l’aménagement forestier comme un outil de lutte contre les changements climatiques.

Hier, deux collègues du ministre se sont portés à la défense de sa stratégie forestière.

La ministre déléguée au Développement économique régional, Marie-Ève Proulx, l’a fait en citant un article du magazine Science selon lequel il faudra planter 1000 milliards d’arbres pour annuler les émissions de GES des 25 dernières années.

« Je ne pense pas que c’est une hausse des coupes, a-t-elle expliqué. C’est une meilleure façon de faire de l’aménagement forestier. »

Le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, a dit ne pas douter que la stratégie forestière de son gouvernement entraînera une baisse des émissions de GES.

« À terme, ce sera un outil très puissant pour faire reconnaître nos efforts et faire en sorte que les quantités émises de GES diminuent de façon significative », a-t-il dit.