(Bromont) Même si l’Assemblée nationale a unanimement appuyé à l’automne 2017 une motion qui invite les commerçants du Québec à « accueillir chaleureusement [leurs clients] avec le mot bonjour », la question du « Bonjour Hi » divise à nouveau les députés libéraux.  

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

Alors qu’ils sont réunis à Bromont en Montérégie dans le cadre de leur caucus présessionnel, mercredi, le chef par intérim du parti, Pierre Arcand, a suggéré que les sociétés d’État comme la SAQ accueillent leurs clients en priorisant le mot bonjour, « sauf dans les cas où il y a une clientèle importante » anglophone.  

« Si vous êtes au Lac-Saint-Jean, ce n’est peut-être pas nécessaire [de dire Bonjour Hi]. Mais si vous êtes dans le West-Island, [ce l’est] peut-être un peu plus », a dit M. Arcand, alors que des clients se plaignaient récemment d’être servis avec un « Bonjour Hi » dans une SAQ de Montréal.   

« C’est une question de jugement, mais la priorité doit être le bonjour, évidemment. […] La SAQ est un organisme gouvernemental qui doit prêcher par l’exemple. Ça devrait être essentiellement bonjour, sauf dans les cas où il y a une clientèle anglophone importante », a dit le chef libéral intérimaire.  

Jennifer Maccarone, députée libérale de Westmount–Saint-Louis, à Montréal, rappelle pour sa part qu’utiliser « Bonjour Hi » ne dénigre pas le français. C’est une façon de démontrer « qu’on peut desservir [la clientèle] dans la langue de votre choix si vous êtes en voyage », selon elle.  

« J’ai vraiment de la misère à dire à nos citoyens, à notre population comment se parler. Je pense qu’il y a une ligne qu’on devrait faire attention à ne pas franchir. On devrait respecter le droit de chacun sur comment ils veulent fonctionner à l’intérieur de leur propre entreprise […]. C’est aussi du gros bon sens », a-t-elle dit mercredi.  

En novembre 2017, les élus québécois votaient pourtant en faveur d’une motion qui invitait « tous les commerçants et tous les salariés qui sont en contact avec la clientèle locale et internationale de les accueillir chaleureusement avec le mot Bonjour. »

« Une motion, ce n’est pas une loi, c’est une suggestion. […] Bonjour, on a rien contre ça, c’est bien, mais ça n’empêche pas les gens de dire marhaba, ni hao, Salaam-Alaikum […]. On a plusieurs façons d’accueillir les gens, c’est Montréal, c’est toutes les communautés culturelles », a poursuivi la députée.  

Plus qu’une suggestion 

Contrairement à Mme Maccarone, Dominique Anglade – la seule députée libérale qui est officiellement candidate à la succession de Philippe Couillard – croit que la motion votée à l’unanimité à Québec est plus qu’une suggestion.

« Une motion, c’est plus qu’une suggestion. C’est un message qu’on envoie. Ce sont les élus qui envoient un message », a-t-elle dit.  

« Je pense que l’État doit donner un message clair […]. Quand tu es une société d’État qui envoie un message, le message doit être clair. On est une société où la langue commune est le français », a ajouté Mme Anglade, contredisant son chef par intérim.  

« S’adresser, parler, recevoir, interagir au premier [contact] en français avec la clientèle, je pense que c’est fondamental au Québec et particulièrement à Montréal », a renchéri son collègue Gaétan Barrette.

« Il ne faut pas reculer en arrière. Il faut prioriser le français d’abord, pas ces combinaisons [en français et en anglais] et certainement pas dans nos organisations publiques », a-t-il ajouté.  

Marwah Rizqy, qui devrait annoncer prochainement qu’elle sera de la course à la direction du parti, a pour sa part affirmé que « c’est excessivement important qu’on soit servi en français […] partout au Québec. »

« Je ne me suis jamais gênée lorsqu’on m’a répondu en anglais de répondre en français [ou] de quitter un établissement où je ne suis pas capable d’être servi en français », a-t-elle ajouté.