Le chef conservateur Andrew Scheer a vu son discours devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain interrompu ce midi par un manifestant qui l’a traité de «criminel climatique».

Vincent Brousseau-Pouliot Vincent Brousseau-Pouliot
La Presse

Le manifestant a été escorté hors de la salle après qu’il ait invectivé le chef conservateur pendant environ une trentaine de secondes. M. Scheer a ensuite repris son discours. «Je suis content qu’on vive dans un pays où tout le monde peut exprimer ses opinions», a-t-il dit à son auditoire au Palais des congrès de Montréal.

Après son discours, M. Scheer a minimisé l’incident durant la période de questions et réponses avec le président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Michel Leblanc, qui s’est excusé pour l’incident. «C’est mieux qu’à la Chambre des communes», a répondu M. Scheer. Le manifestant en question avait été accrédité comme blogueur pour cette activité, a indiqué par la suite la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. Tout indique que son accréditation était trompeuse : le manifestant s'est accrédité comme blogueur pour un média qui n'a plus de blogues depuis cinq mois, et le média en question a confirmé à La Presse ne pas avoir envoyé de journaliste ou de blogueur pour couvrir le discours de M. Scheer. 

À quelques jours du début officiel de la campagne électorale, le chef du Parti conservateur du Canada a prononcé à Montréal un discours à saveur préélectorale, où il a critiqué le gouvernement libéral de Justin Trudeau tout en présentant un aperçu de son programme économique.

Sur le dossier SNC-Lavalin – qui a donné du fil à retordre au gouvernement Trudeau en 2019 – Andrew Scheer a indiqué qu’un gouvernement conservateur n’offrirait pas d’accord de réparation à l’entreprise accusée au criminel. 

«C’est primordial dans une démocratie basée sur l’indépendance juridique que les politiciens ne s’ingèrent pas dans les poursuites criminelles. SNC-Lavalin va avoir l’opportunité de présenter son cas, mais ce sont les agents de cour qui vont décider. Nous ne voulons pas vivre dans un pays où les politiciens appellent les juges ou les officiers de cour pour les influencer», dit Andrew Scheer.

Les emplois de SNC-Lavalin sont-ils en danger sans un accord de réparation? M. Scheer pense plutôt que les emplois sont reliés aux projets d’infrastructures. «C’est sûr que les projets d’infrastructures vont continuer d’avoir besoin des compagnies, dit-il. Les projets vont continuer, les emplois vont être créés avec les investissements. On peut garder l’indépendance de notre système de justice et, en même temps, s’assurer que les gens vont avoir du travail.»

Le chef conservateur a aussi profité de son passage à la Chambre de commerce pour défendre son projet de corridor énergétique à travers le pays. Un projet qui «permettra de créer de la richesse partout au pays» et qui sera une «occasion unique pour le Québec de partager son expertise avec les autres provinces», a-t-il indiqué.

S’il veut mettre fin à la Banque d’infrastructure du Canada créée par le gouvernement Trudeau – une «erreur», dit-il – Andrew Scheer ferait toutefois en sorte que son investissement déjà annoncé dans le projet de Réseau express métropolitain (REM) serait honoré.

Andrew Scheer a aussi indiqué qu’il ratifierait le nouvel accord de libre-échange avec les États-Unis négocié avec le gouvernement Trudeau, mais qu’il tenterait d’obtenir des concessions du gouvernement américain – notamment pour le secteur laitier – à l’extérieur de l’accord.

S’ils sont élus le 21 octobre dernier, les conservateurs ont déjà annoncé qu’ils aboliraient la taxe fédérale sur le carbone. Au Québec, le marché (déjà existant) du carbone remplace la taxe sur le carbone. Les entreprises du Québec ne se retrouveront-elles pas désavantagées par rapport aux autres provinces qui n’ont pas de marché du carbone (ex : l’Ontario), a demandé Michel Leblanc à Andrew Scheer. 

«Non. Le Québec a beaucoup de croissance économique avant la taxe sur le carbone. On va éliminer la taxe sur le carbone et on laissera les provinces avoir de la flexibilité. Je peux vous dire que la taxe sur le carbone nuit à la croissance économique dans beaucoup de régions [du pays]», dit Andrew Scheer.

Des différences avec Harper

S’il a souvent fait référence au bilan économique des années Harper, Andrew Scheer a aussi pris quelques positions différentes de celles du gouvernement de Stephen Harper.

Il a quelque peu surpris son auditoire en vantant «l’exemple de recette gagnante» des fonds de travailleurs. Le gouvernement Harper avait réduit le crédit d’impôt fédéral accordé aux fonds de travailleurs.

Il a aussi donné son appui aux organisations culturelles et aux festivals. «Les fonds pour la culture ont remonté pendant les années [du gouvernement Harper], a répondu M. Scheer à une réponse de Michel Leblanc. C’est important que le gouvernement appuie les festivals et les organisations qui préservent notre culture et nos langues officielles. Chaque fois que je visite le Québec, j’apprends quelque chose de nouveau de l’histoire du Québec.»

Retour au déficit zéro

Andrew Scheer attendra le début de la campagne électorale pour dévoiler son programme économique, mais les conservateurs ont déjà annoncé qu’ils s’engageront à revenir au déficit budgétaire zéro d’ici la fin du prochain mandat.

«La vérité, c’est que le l’équilibre budgétaire est le meilleur moyen de préserver les programmes est les services dont les Canadiens ont le plus besoin, dit-il. À cause de la négligence du précédent gouvernement, il faudra peut-être une année de plus pour revenir à l’équilibre.»

Les conservateurs s’engagent aussi à ne pas toucher à l’Allocation canadienne pour enfants, aux prestations pour les aînés et aux transferts aux provinces.