Ils ont grandi au milieu d’assemblées de cuisine ou en faisant du porte-à-porte avec leurs parents. Tout comme Justin Trudeau, une demi-douzaine de candidats aux prochaines élections fédérales marchent dans les pas de leur père ou de leur mère, anciens députés ou ministres. Comme quoi la pomme ne tombe jamais loin de l’arbre.

Tristan Péloquin Tristan Péloquin
La Presse

Ex-chauffeur (et fils) de Gilles Duceppe

Alexis Brunelle-Duceppe, fils de Gilles Duceppe, qui sollicite un mandat pour le Bloc québécois dans la circonscription de Lac-Saint-Jean, a été le chauffeur de son père pendant ses campagnes de porte-à-porte. Mais comme les autres candidats « fils ou fille de député », son immersion en politique a commencé bien plus tôt.

Il n’avait que 11 ans quand son père a été élu aux Communes. « Alexis était avec moi, à Ottawa, le jour où on a appris que Lucien Bouchard avait été frappé par sa terrible maladie et luttait pour sa vie [en 1994], se souvient Gilles Duceppe. Je l’avais emmené au travail pendant une semaine de relâche pédagogique. Les agents de sécurité sont venus nous chercher en nous disant que quelque chose de très grave s’était passé. On a vécu ça ensemble. »

PHOTO GIMMY DESBIENS, ARCHIVES LE QUOTIDIEN

Le candidat bloquiste Alexis Duceppe (au centre), fils de Gilles Duceppe, et Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

Alexis Brunelle-Duceppe a aussi suivi son père dans des tournées politiques dans l’Ouest canadien en 1998, en plus de fréquenter d’innombrables congrès politiques, avec sa sœur. « J’ai toujours fait bien attention de ne pas utiliser les enfants à des fins politiques, je ne voulais pas qu’ils deviennent des bêtes de cirque, dit Gilles Duceppe. Mais quand une campagne était lancée, les enfants aimaient ça être là. Je me souviens d’une campagne où il y avait de grands ballons bleus, ils adoraient les faire rebondir partout dans la salle. »

M. Brunelle-Duceppe, âgé de 40 ans, a vu son père passer d’innombrables heures à lire ses dossiers « jusqu’à les connaître par cœur ».

Cette rigueur, c’est quelque chose qui m’a marqué et qui va certainement définir ma façon de travailler. Mais mon père m’a aussi appris à savoir écouter et même à être capable de me plier aux arguments d’un interlocuteur qui a de meilleurs arguments sur une question. C’est une force assez rare en politique.

Alexis Brunelle-Duceppe, candidat du Bloc québécois dans la circonscription de Lac-Saint-Jean

Contrecoups de la politique

La vie de fils de politicien n’a cependant pas toujours été facile, surtout à l’adolescence. « Ça vient avec une étiquette qui n’est pas toujours facile à porter. Je me souviens de l’épisode du bonnet. J’avais 17 ans quand ça s’est produit. J’étais à ma première année de cégep à Jonquière et peu de gens savaient que Gilles Duceppe était mon père. Les gens ne se gênaient pas pour dire que mon père avait été cave de se mettre un bonnet. Je trouvais ça absurde et irrespectueux pour les employés de la fromagerie », relate-t-il. 

Malgré les horaires de fou et les déplacements continuels de son père, il garde le souvenir d’un Gilles Duceppe très présent dans sa vie, chose qu’il souhaite perpétuer avec ses trois enfants s’il est élu. « Mon père n’a jamais manqué un seul de mes concerts de musique quand j’étais au secondaire », se réjouit Alexis Brunelle-Duceppe. Encore aujourd’hui, l’ancien chef du Bloc compte s’impliquer en étant un peu présent dans la campagne de son fils. Il lui a déjà rendu la pareille en jouant récemment les chauffeurs le temps d’une activité de porte-à-porte. « Les gens me reconnaissent, bien sûr, mais j’essaie de ne pas trop prendre de place. C’est important qu’Alexis mène sa propre campagne », lance Gilles Duceppe.

Dans le bain depuis l’âge de 2 ans

Le petit blondinet au milieu de la photo n’a que 2 ans. À deux pas de lui, le général de Gaulle s’apprête à prendre la parole devant une foule à Repentigny, au côté du premier ministre Daniel Johnson. Et l’homme qui tient l’enfant dans ses bras, en ce jour historique du fameux discours du balcon de l’hôtel de ville, c’est son père, le ministre d’État à l’Éducation, Marcel Masse.

PHOTO FOURNIE PAR JEAN-MARTIN MASSE

Jean-Martin Masse dans les bras de son père, Marcel Masse, le 24 juillet 1967, lors du passage du général Charles de Gaulle à Repentigny

Cinquante-deux ans plus tard, c’est au tour du petit blondinet, Jean-Martin Masse, de faire campagne au sein du Parti conservateur du Canada, pour gagner un poste de député dans la circonscription de Joliette.

« D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours baigné dans la politique », dit celui qui a perdu ses cheveux blonds, mais qui évolue toujours dans les mêmes milieux politiques que son paternel. « J’ai des souvenirs d’assemblées publiques que mon père tenait à la maison. C’était rempli de monde. Il m’a traîné dans les congrès. J’adorais ça », se souvient le candidat, dont le père (mort en 2014) a notamment été ministre de la Défense nationale dans le gouvernement de Brian Mulroney, puis délégué général du Québec à Paris.

À 15 ans, il participait déjà à des congrès politiques du parti et travaillait pour l’organisation. « J’ai vu mon père aller. Il n’hésitait pas à se battre avec la machine. Il poussait sans arrêt pour faire avancer ses dossiers. Mon approche va ressembler à la sienne », dit-il.

Après avoir lui-même travaillé comme chef de cabinet au Sénat et roulé sa bosse comme avocat et administrateur, Jean-Martin Masse en est à sa seconde campagne électorale comme candidat. 

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Jean-Martin Masse, candidat du Parti conservateur

Ma première campagne, c’était contre Stéphane Dion en 1997. C’était vraiment pour prendre de l’expérience.

Jean-Martin Masse, candidat du Parti conservateur dans la circonscription de Joliette

Être un conservateur en 2019

Il a appris de son père « qu’en politique, les coups viennent vite », mais rêve quand même de ce boulot où on peut véritablement changer la donne « pour le comté ». « On a beaucoup parlé stratégie, lui et moi. Il m’a aidé à comprendre comment les gens ordinaires peuvent penser », dit-il.

« Être un conservateur en 2019, ce n’est pas la même chose qu’être dans l’Union nationale en 1969. Je ne pense pas faire beaucoup de discours sur la Constitution comme a pu le faire mon père, ce n’est plus dans l’ère du temps. Moi, ce qui m’anime, c’est d’aider les entreprises à répondre à leurs besoins de main-d’œuvre », explique-t-il.

Sa campagne sera aussi bien différente de celles de son père : « Il y a 50 ans, tous les candidats avaient des centaines de bénévoles et d’immenses bureaux. Aujourd’hui, quand 20 personnes t’aident, c’est énorme », note Jean-Martin Masse.

Dans les pas de sa célèbre mère

Patrick Clune, candidat conservateur dans Longueuil–Saint-Hubert, avait 25 ans quand sa célèbre mère, Andrée Champagne, a été élue au sein de l’équipe de Brian Mulroney. Mme Champagne était immensément connue pour son rôle de Donalda dans Les belles histoires des pays d’en haut. Sa notoriété a servi son fils lors de ses campagnes de porte-à-porte.

« C’est ma sixième élection », précise M. Clune, qui a tenté sa chance au municipal en plus d’avoir présidé l’association de circonscription de sa mère pendant quelques années.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Patrick Clune, candidat du Parti conservateur

« En 2004, on a même été candidats en même temps pour le Parti conservateur ; elle dans Saint-Hyacinthe–Bagot, moi dans Saint-Lambert. À l’époque, sa participation a donné une certaine crédibilité au parti, qui venait de se ressouder [après les années de l’Alliance canadienne et du Parti réformiste] et qui n’avait pas une grande notoriété. Forcément, ça m’a donné une certaine visibilité », se rappelle M. Clune.

« Encore cette semaine, un monsieur que j’ai rencontré en porte-à-porte m’a parlé d’elle et on m’a demandé comment elle allait. Dès que je rencontre des gens de 60 ans et plus, ils se souviennent de Donalda », ajoute M. Clune, qui est devenu chroniqueur politique à la radio à Longueuil après ses premières campagnes, en plus d’exploiter une entreprise de postproduction télévisuelle.

« Qualités politiques »

Aujourd’hui âgée de 80 ans, Mme Champagne, ancienne ministre d’État à la Jeunesse, vice-présidente de la Chambre des communes et sénatrice (nommée par le libéral Paul Martin), se souvient d’avoir travaillé les brouillons de ses discours avec son fils pour peaufiner ses idées.

PHOTO FOURNIE PAR LA FAMILLE

Le candidat du Parti conservateur Patrick Clune avec sa mère, Andrée Champagne

[Patrick] est très travaillant. Quand il n’était pas d’accord avec une façon de dire les choses, il ne se gênait pas pour le dire et on retravaillait le texte. Il mérite qu’on reconnaisse ses qualités politiques.

Andrée Champagne, ancienne ministre d’État à la Jeunesse, vice-présidente de la Chambre des communes et sénatrice

Son fils, lui, se souvient surtout de ses nombreuses discussions politiques avec sa mère, qui lui ont ouvert les yeux sur le fonctionnement de la machine politique. « En politique, il y a toujours des deals qui se font pour faire avancer les choses. Quand le caucus prend une décision, même si tu n’es pas d’accord, il faut savoir l’expliquer et la vendre. C’est probablement le côté le plus dur, et je n’arrive pas en politique aveugle de cette réalité et des obligations qui en découlent », explique-t-il.

« J’ai aussi vu ma mère travailler avec acharnement pendant 18 ans, partir le dimanche soir avec ses valises chaque semaine, puis sillonner un comté de 400 kilomètres carrés pour rencontrer tout le monde. Chaque petit village veut voir son député. Je sais à quel point c’est exigeant », ajoute-t-il.

La politique, un sport familial

Geneviève Nadeau, fille de l’ex-député bloquiste Richard Nadeau, qui suit les traces de son père en se présentant pour le Bloc québécois dans Gatineau, baigne dans le combat politique depuis sa plus tendre enfance.

Partie vivre en Saskatchewan au tournant des années 90, la famille s’est fortement impliquée dans la vie culturelle et la défense de la minorité fransaskoise. « Mon plus vieux flash politique, c’est mon père qui m’a emmenée dans une manifestation pour la défense du français, où j’ai rencontré le premier ministre Roy Romanow », se souvient la jeune femme.

PHOTO FOURNIE PAR GENEVIÈVE NADEAU

Geneviève Nadeau, candidate du Bloc québécois, en compagnie du chef du parti, Yves-François Blanchet (au centre)

Son père l’a plus tard incitée à participer à un club de simulation de l’ONU, au secondaire, qui l’a menée jusqu’en Russie. « Mes parents étaient très impliqués politiquement. Quand nous sommes revenus vivre au Québec, ils se sont séparé les exécutifs : ma mère militait pour le PQ, mon père pour le Bloc », se rappelle-t-elle. 

Chez nous, il n’y avait pas de télé au souper. On a appris très jeunes à débattre. On faisait des séances de négociation en famille pour décider de l’endroit où on allait passer les vacances. Chacun présentait sa liste d’arguments.

Geneviève Nadeau, candidate du Bloc québécois dans la circonscription de Gatineau

Son véritable baptême du feu, elle l’a vécu plus tard, au cégep, quand elle s’est impliquée dans la campagne électorale de son père. « J’étais responsable du pointage de sa campagne. J’ai énormément appris, notamment sur la gestion des bénévoles », dit-elle.

Et elle y a pris goût, au point de devenir candidate pour le Parti québécois dans Pontiac en 2012, puis directrice de campagne pour sa sœur Marysa lorsque cette dernière s’est présentée pour le PQ dans Hull lors des dernières élections provinciales.

PHOTO FOURNIE PAR LA FAMILLE

Photo prise lors de la première victoire du bloquiste Richard Nadeau dans la circonscription de Gatineau, aux élections fédérales de 2006. Geneviève Nadeau, actuelle candidate du Bloc québécois dans Gatineau, se trouve à sa droite.

« Ingratitude de la politique »

La famille Nadeau a été marquée par un évènement qui a cristallisé sa passion pour le combat politique : en 2004, l’épouse de Richard et la mère de Geneviève, Édith Gendron, a été congédiée de son poste à Patrimoine Canada parce qu’elle militait pour la souveraineté au sein de l’organisme « Le Québec, un pays ! ». L’affaire a largement défrayé la chronique, jusqu’à ce que Mme Gendron gagne sa cause devant un tribunal administratif et soit réintégrée dans ses fonctions, en 2006. « Ç’a été très dur pour les filles. Elles ont assisté aux audiences et elles prenaient ça très à cœur », se souvient Richard Nadeau.

« J’ai appris très vite l’ingratitude de la politique, en entendant les gens dans les lignes ouvertes dire que ma mère avait perdu son emploi parce qu’elle était incompétente. J’ai compris que bien des gens aiment faire leurs smattes en disant n’importe quoi. Je me suis fait une carapace », dit la candidate.

PHOTO FOURNIE PAR LA FAMILLE

L’ex-député bloquiste Richard Nadeau avec sa fille Geneviève, candidate du Bloc québécois

Aujourd’hui, c’est son père qui est son directeur de campagne et qui l’aide dans ses efforts pour se faire élire. « J’ai quelqu’un avec qui je peux ventiler et qui comprend ce que je vis », dit-elle.

Pierre Jolivet, candidat du Bloc québécois dans la circonscription de Saint-Maurice et fils de l’ancien ministre péquiste Jean-Pierre Jolivet, et André Parizeau, candidat du Bloc dans Ahuntsic-Cartierville et neveu de Jacques Parizeau, n’étaient pas disponibles pour accorder des entrevues pour cet article.