(Ottawa) À l’aube de l’ouverture du sommet du G7 de Biarritz, en France, la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, soutient que le groupe de pays serait heureux que la Russie réintègre ses rangs – à condition que Moscou montre patte blanche.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

«Quand j’étais journaliste en Russie, j’ai vu les efforts très sérieux en Russie d’aller vers la démocratie, une économie de marché. Grâce à ces efforts, notre groupe de nations avons décidé d’inviter cette Russie réformiste», a noté la diplomate en chef du Canada.

«Et je pense que c’était la bonne chose à faire; mais ensuite, la Russie a fait une chose qui va absolument à l’encontre de toutes les règles, toutes les valeurs du G7 avec l’invasion illégale et l’annexion de la Crimée et la guerre au Donbass», a-t-elle ajouté.

«Mais je pense que tout le monde serait très heureux d’inviter la Russie à redevenir membre du G7 une fois qu’elle sortira de Crimée et cesser la guerre au Donbass», a conclu Chrystia Freeland.

Ses propos font écho à ceux tenus mercredi par l’hôte du G7, le président français Emmanuel Macron. Celui-ci a déclaré qu’il serait «pertinent qu’à terme, la Russie puisse rejoindre le G8», mais pas sans conditions.

Le président des États-Unis, Donald Trump, a pour sa part qualifié un retour de Moscou dans le giron comme une éventualité «appropriée». La Russie a été éjectée du club en 2014 en raison de l’annexion illégale de la Crimée.

Le premier ministre Justin Trudeau participera au sommet du G7 de Biarritz au cours du week-end. En prévision de ce déplacement, il s’est entretenu avec le secrétaire d'État américain Mike Pompeo dans son bureau de l’édifice de l’Ouest du parlement.

Canadiens détenus en Chine

Les deux hommes ont abordé un éventail de sujets, de la crise au Venezuela en passant par la ratification de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique, mais aussi, évidemment, de la question des deux Canadiens détenus arbitrairement à Pékin.

Le secrétaire d’État a réitéré que Washington continuerait aider Ottawa à faire libérer Michael Kovrig et Michael Spavor, arrêtés dans la foulée de l’arrestation, au Canada, à la demande des États-Unis, de la dirigeante de la société chinoise Huawei, Meng Wanzhou.

Il l’a fait auprès de Justin Trudeau, puis en ouverture de la conférence avec Chrystia Freeland. Et il a répondu un «non» bien senti quand on lui a demandé si Mme Meng était un pion dans la guerre commerciale que se livrent Donald Trump et Xi Jinping.

La ministre, de son côté, a répété que dans ce dossier d’extradition, c’était la règle de droit qui devait prévaloir. L’affaire est devant les tribunaux, et les politiciens ont raison de s’en tenir loin, a-t-elle argué.

Hong Kong: Freeland persiste et signe

Elle n’a par ailleurs exprimé aucun regret d’avoir provoqué l’ire du régime chinois en publiant une déclaration pour condamner les violences à Hong Kong et exhorter Pékin à respecter «les libertés fondamentales» de l’ancienne colonie britannique rétrocédée à la Chine.

Ce communiqué publié samedi dernier conjointement avec son homologue de l’Union européenne, Federica Mogherini, lui a valu des réprimandes du régime chinois; on lui a aussi adressé personnellement des critiques et à la télévision nationale chinoise.

«En ce qui concerne Hong Kong, le Canada a un intérêt particulier: il y a 300 000 Canadiens à Hong Kong, et c’est naturel et important pour le Canada de faire attention à ce qui se passe là», a fait valoir Mme Freeland au micro.