(Ottawa) Ce sont six députés libéraux qui décideront mercredi si le commissaire fédéral à l’éthique parlera publiquement de son rapport cinglant sur la façon dont le premier ministre Justin Trudeau a géré l’affaire SNC-Lavalin.

Joanna Smith
La Presse canadienne

Les conservateurs et les néo-démocrates ont obtenu la tenue mercredi d’une réunion d’urgence du Comité permanent de l’accès à l’information, de la protection des renseignements personnels et de l’éthique des Communes. Les députés débattront alors de l’opportunité d’inviter le commissaire à l’éthique, Mario Dion, à venir témoigner.

Or, les libéraux détiennent la majorité au sein de ce comité de 10 membres. Et la comparution de M. Dion reviendrait à garder l’affaire SNC-Lavalin à l’avant-scène de l’actualité, alors que les libéraux se préparent à amorcer la campagne électorale, pour le scrutin du 21 octobre.

Dans son rapport publié la semaine dernière, le commissaire Dion concluait que le premier ministre Trudeau avait violé la Loi sur les conflits d’intérêts en exerçant indûment des pressions sur l’ancienne procureure générale Jody Wilson-Raybould pour que le Service des poursuites pénales conclue un accord de poursuite suspendue avec le géant montréalais de l’ingénierie, accusé de corruption.

L’ancienne commissaire à l’éthique Mary Dawson avait passé deux heures à répondre à des questions des députés au sujet de son rapport de décembre 2017, qui concluait que M. Trudeau avait violé la Loi sur les conflits d’intérêts quand sa famille et lui avaient passé les vacances de Noël sur l’île privée de l’Aga Khan dans les Bahamas.

Le député conservateur Peter Kent souhaite notamment demander à M. Dion s’il est temps que le bureau du commissaire à l’éthique jouisse de pouvoirs d’enquête plus importants. Dans son rapport, M. Dion a souligné les règles de confidentialité qui régissent les documents et les discussions du cabinet, qui l’ont empêché d’accéder à tout ce dont il avait besoin dans son enquête.

Le cabinet du premier ministre avait partiellement levé ce secret du cabinet afin de permettre à Mme Wilson-Raybould de témoigner devant le Comité de la justice des Communes, plus tôt cette année, mais Ian Shugart, greffier du Conseil privé, a refusé d’étendre cette dérogation pour le commissaire Dion.

M. Kent veut également savoir si M. Dion croit que ses rapports devraient avoir plus de dents. Lors de son témoignage sur le rapport lié à l’Aga Khan, en janvier 2018, Mme Dawson avait estimé que la publicité négative entourant l’affaire serait une punition suffisante pour le premier ministre. Or, dans sa réponse au rapport Dion, M. Trudeau a assumé « l’entière responsabilité », mais il a aussi expressément refusé de présenter des excuses. Ce qui fait dire au député Kent qu’il n’est pas très efficace d’humilier ce « premier ministre qui n’a honte de rien ».

Le chef conservateur, Andrew Scheer, demande quant à lui à la police fédérale d’ouvrir une enquête.