(Ottawa et Montréal) Le gouvernement fédéral allongera 1,75 milliard sur huit ans afin de compenser les producteurs laitiers pour les pertes occasionnées par la conclusion de deux traités de libre-échange.  

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Jean-Thomas Léveillé Jean-Thomas Léveillé
La Presse

L’aide prend la forme d’une compensation directe aux producteurs laitiers, de façon proportionnelle aux quotas détenus, comme l’a indiqué la ministre de l’Agriculture, Marie-Claude Bibeau, en conférence de presse dans une ferme de sa circonscription.

Un premier versement de 345 millions viendra d’ici la fin de l’année.

En moyenne, cela représente un chèque de 28 000 $ pour une ferme de 80 vaches.

PHOTO PAUL CHIASSON, LA PRESSE CANADIENNE

Marie-Claude Bibeau

C’est la Commission canadienne du lait qui doit avoir le mandat d’effectuer les paiements.

Ce dédommagement financier est versé en raison des brèches successives qui ont été ouvertes dans le système de gestion de l’offre par la ratification de l’Accord économique et commercial global avec l’Union européenne (AECG) et le Partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP).

« Comme promis, les compensations sont déployées de façon pleine et équitable afin de permettre à chacun de prendre les meilleures décisions en fonction des nouvelles réalités du marché et de leur situation respective », a déclaré la ministre Bibeau.

Ce programme s’ajoute à une autre somme de 250 millions sur cinq ans qui avait été annoncée en novembre 2016 en prévision de l’entrée en vigueur provisoire de l’AECG – un plan qui avait laissé les producteurs laitiers sur leur faim.

Et ils demeureront aux aguets, car l’aide financière consentie par le fédéral ne tient pas compte de la conclusion de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM), qui n’a pas encore été ratifié par Ottawa et Washington.

L’annonce de vendredi concerne seulement les producteurs laitiers ; le gouvernement Trudeau avait mis de côté 3,9 milliards – dont 1,5 milliard pour pallier la diminution de la valeur des quotas – dans son budget en mars 2019 pour soutenir les agriculteurs.

Loin d’applaudir les libéraux, l’opposition conservatrice leur a reproché d’avoir tardé à voler au secours des producteurs laitiers, les accusant de procéder à cette annonce à des fins purement partisanes, à l’aube de l’élection générale du 21 octobre.

« Si Justin Trudeau soutenait vraiment les secteurs sous la gestion de l’offre, il aurait annoncé une indemnisation il y a des années, pas juste avant les élections alors que son gouvernement baigne dans le scandale [SNC-Lavalin] », a persiflé le député Luc Berthold.

Les producteurs laitiers satisfaits

L’annonce fédérale est accueillie favorablement par l’association Les Producteurs laitiers du Québec (PLQ), qui s’était objectée à ce que l’Accord Canada-Union européenne et le Partenariat transpacifique prévoient des concessions de la part du Canada dans le secteur du lait.

L’équivalent de 8,4 % de la production laitière canadienne a été cédé par le Canada dans ces ententes, ce qui représente « des pertes de ventes d’une valeur brute de 450 millions de dollars par année, à perpétuité », rappelle l’association.

L’argent annoncé par Ottawa « va dans le sens de son engagement à indemniser le secteur laitier pour les impacts négatifs liés [à ces] accords commerciaux », a déclaré dans un communiqué le président de l’organisation, Bruno Letendre.

Les Producteurs laitiers rappelle également au gouvernement fédéral son engagement à les indemniser pour les brèches ouvertes dans l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM), le nouvel ALENA.

L’accord « n’a pas encore été ratifié, mais nous nous attendons à ce que le gouvernement soit aussi au rendez-vous lorsque cela sera fait », affirme M. Letendre.