(Moncton) Le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, veut que le Comité permanent de l’accès à l’information, de la protection des renseignements personnels et de l’éthique fasse enquête sur l’affaire SNC-Lavalin.

Joan Bryden
La Presse canadienne

Le rapport déposé cette semaine par le commissaire à l’éthique, Mario Dion, a conclu que le premier ministre Justin Trudeau avait contrevenu à la Loi sur l’éthique en exerçant des pressions indues sur l’ex-ministre de la Justice Jody Wilson-Raybould dans le dossier SNC-Lavalin.

Le commissaire Mario Dion a confirmé qu’il était prêt à témoigner s’il était convoqué aux Communes par le comité.

Les députés conservateurs et néo-démocrates ont demandé une réunion d’urgence du comité de l’éthique afin d’examiner le rapport Dion.

Le hic, c’est que ce comité permanent est contrôlé par une majorité de six députés libéraux sur dix et qu’il est peu probable que ceux-ci adhèrent au projet de l’opposition de maintenir l’affaire SNC-Lavalin sous les projecteurs à l’aube de l’élection générale fédérale.

Lors d’une conférence de presse à Moncton, M. Scheer a déclaré que le premier ministre avait trahi les Canadiens. Vendredi matin, il a demandé aux députés libéraux du Comité de ne pas se livrer à du camouflage en ne s’opposant pas à ce que le comité fasse enquête.

« Il est temps pour les députés libéraux du comité de prendre position. De faire ce qui est juste et de faire ce que les Canadiens attendent de vous », leur a lancé le chef conservateur.

Le chef du Parti conservateur a également annoncé le lancement d’une campagne pour demander aux Canadiens de contacter les députés afin de faire pression sur eux pour qu’ils votent à ce sujet.

Andrew Scheer a déclaré que Justin Trudeau avait « trahi la confiance » des Canadiens et du Parti libéral, ajoutant qu’il estimait qu’il y avait suffisamment de preuves d’inconduite pour justifier une enquête de la GRC.

La chef du Parti vert, Elizabeth May, considère elle aussi qu’une enquête de la GRC est nécessaire. Dans un communiqué, elle ajoute que la manière dont Justin Trudeau a géré le dossier SNC-Lavalin constitue « un délit de démission ».

Toutefois, Mme May soutient : « Ce n’est pas à moi d’exiger la démission de M. Trudeau. C’est au premier ministre de décider, et sa décision nous en dira beaucoup plus sur lui que toute dénonciation de ma part ou de la part de quiconque », peut-on lire dans le communiqué publié vendredi.

Justin Trudeau a déclaré qu’il acceptait le rapport et assumait la responsabilité de ce qui s’était passé, mais qu’il était en désaccord avec certaines des conclusions de M. Dion, notamment qu’il n’aurait pas dû avoir de contact avec la procureure générale au sujet de l’affaire.

Jody Wilson-Raybould

Vendredi, l’ex-ministre de la Justice Jody Wilson-Raybould a affirmé ne pas avoir eu de contact avec la GRC à la suite de la publication du rapport. Toutefois, elle a soutenu avoir été approchée par des enquêteurs le printemps dernier. Elle a refusé de commenter davantage le contenu des discussions qu’elle a eues avec les policiers.

Andrew Scheer trouve « incompréhensible » le refus de Justin Trudeau de révéler toute l’histoire entourant l’affaire. Il souligne que neuf témoins ont répondu au commissaire Mario Dion qu’ils ne pouvaient pas raconter tout ce qu’ils savaient à propos de ce dossier en raison de la confidentialité qui s’applique au cabinet du premier ministre.

« On voit encore la preuve que Justin Trudeau est prêt à aller loin pour empêcher toute la vérité d’être révélée », a dénoncé M. Scheer.

Dans le but d’alimenter la controverse, le Parti conservateur a diffusé vendredi une vidéo montrant une brève rencontre entre Scheer et Trudeau dans le cadre de la fête nationale acadienne, à Dieppe, au Nouveau-Brunswick.

On peut y voir un Justin Trudeau décontracté au milieu de la foule appelant « Andrew » et se faufilant pour serrer la main du chef conservateur.

Il n’est pas possible d’entendre ce que dit M. Scheer, mais des sous-titres prétendent qu’il demande à M. Trudeau : « Vous devez cesser de mentir aux Canadiens. Vous devez dire la vérité. »

La réponse de Justin Trudeau se fait entendre par un « Oh, c’est une bonne journée aujourd’hui » et celui-ci s’éloigne en brandissant un petit drapeau acadien.