(Ottawa) Quelques noms circulaient lorsque les libéraux cherchaient un candidat à présenter dans la nouvelle circonscription de Vancouver Granville lors des dernières élections fédérales, mais il est rapidement devenu évident que la direction du parti n’avait qu’une seule personne en tête.

Joanna Smith
La Presse canadienne

C’était Jody Wilson-Raybould, à l’époque la cheffe régionale de l’Assemblée des Premières Nations de la Colombie-Britannique. Elle est rapidement devenue une des vedettes que Justin Trudeau et son équipe ont largement mises de l’avant alors qu’ils aspiraient au pouvoir.

« Ils ont certainement dissuadé quiconque de se présenter », a déclaré Sam Wyatt, qui siégeait au conseil d’administration de l’association libérale de la circonscription.

« Maintenant, ils se retrouvent dans une situation où ils souhaitent probablement ne pas avoir fait ce choix », a-t-il estimé.

Cette même candidate vedette, qui a remporté le siège pour les libéraux en 2015 avec environ 44 % des suffrages, a ébranlé le gouvernement Trudeau au début de l’année en alléguant qu’elle avait subi des pressions indues pour mettre fin aux poursuites pénales contre l’entreprise d’ingénierie montréalaise SNC-Lavalin.

Le scandale a refait les manchettes mercredi, alors que le commissaire fédéral à l’éthique publiait un rapport concluant que le premier ministre avait violé la Loi sur les conflits d’intérêts.

La saga SNC-Lavalin, dans la foulée de laquelle Mme Wilson-Raybould a démissionné du Cabinet avant d’être évincée du caucus libéral aux côtés de la députée ontarienne Jane Philpott, a fait glisser les libéraux dans les sondages.

La décision du commissaire à l’éthique menace maintenant de faire dérailler la campagne libérale, à l’échelle nationale, et peut-être même dans Vancouver Granville, où les libéraux se préparent à affronter celle qui était autrefois l’une des leurs.

L’ancienne ministre de la Justice est désormais candidate indépendante et les observateurs de la scène politique affirment que sa notoriété et son passé dans la circonscription lui donnent de meilleures chances de victoire que celles qu’ont habituellement ceux qui se présentent sans pouvoir compter sur la machine d’un parti politique.

« Ça va être fou », a lancé Mario Canseco, le président de la firme de sondage vancouvéroise Research Co.

Taleeb Noormohamed, un entrepreneur dans le domaine des technologies qui est âgé de 42 ans, a été désigné mardi comme le candidat libéral pour ravir le siège à Jody Wilson-Raybould. Les néo-démocrates, qui ont terminé au deuxième rang avec environ 27 % des voix en 2015, ont choisi la militante écologiste Yvonne Hanson comme candidate.

Les conservateurs, qui suivaient de près avec environ 26 % des voix, présenteront la candidature de Zach Segal, un ancien employé politique à Ottawa.

Les conséquences de l’affaire SNC-Lavalin sur le résultat du scrutin demeurent inconnues, mais pour Lesli Boldt, une observatrice de longue date de la scène politique britanno-colombienne, il apparaît évident que Mme Wilson-Raybould a acquis beaucoup d’appuis locaux chez ceux qui la considèrent comme une politicienne guidée par des principes, même s’ils ne sont pas en accord avec ses opinions politiques.

« Elle dispose définitivement une longueur d’avance sur certains des autres candidats ici », a déclaré Mme Boldt, la présidente de l’entreprise Boldt Communications de Vancouver.

M. Noormohamed faisait partie de ceux qui avaient été dissuadés de présenter une candidature à l’investiture libérale en vue du précédent scrutin.

« Je pense que vous faites de votre mieux pour votre pays lorsque le moment est opportun, et c’est le cas cette fois », a déclaré M. Noormohamed, qui a également échoué à remporter pour les libéraux l’élection dans la circonscription de North Vancouver en 2011.

M. Noormohamed a soutenu qu’il souhaitait mettre l’accent sur les coûts du logement, les transports, les changements climatiques et les soins de santé.

Claire Marshall, qui fait partie du comité de campagne de Mme Wilson-Raybould, a déclaré ne pas s’attendre à ce que le thème de SNC-Lavalin soit mis de l’avant, mais a précisé que les personnes qu’elle rencontrait en cognant aux portes reconnaissaient la candidate et exprimaient leur admiration pour ce qu’elle fait.

« Ils ne parlent pas spécifiquement de l’affaire SNC-Lavalin, mais ils se contentent de dire qu’ils sont vraiment fiers de ce qu’elle a fait et de la façon dont elle s’est exprimée », a affirmé Mme Marshall, qui était la présidente de l’association de circonscription libérale jusqu’à ce qu’elle quitte pour appuyer Jody Wilson-Raybould.

Les candidats indépendants sont confrontés à d’importants obstacles, notamment leur incapacité à amasser des fonds avant le déclenchement des élections.

Les candidats dans Vancouver Granville sont autorisés à dépenser 106 685 $ pour l’élection, et Mme Marshall a indiqué que la campagne de Mme Wilson-Raybould espère pouvoir collecter suffisamment de fonds pour atteindre ce plafond. Pendant ce temps, les partis enregistrés peuvent dépenser 84 823 $ de plus dans la circonscription et conserver de l’argent à la banque.

M. Canseco a pour sa part noté qu’un autre facteur qui pourrait jouer contre Jody Wilson-Raybould serait une lutte serrée à l’échelle nationale, un vote stratégique pouvant entrer en jeu si les sympathisants de Mme Wilson-Raybould craignent que les conservateurs ne forment le gouvernement.

Mme Marshall, qui reste une libérale, a affirmé qu’elle souhaitait que le parti décide de ne pas présenter de candidat dans la circonscription.

« Évidemment, cela nous faciliterait la vie », a-t-elle lancé.

David Gruber, le président de l’association libérale de circonscription, a rétorqué qu’il n’y a aucune possibilité que cela se produise.

« Je pense qu’une énergie se dégage de la base militante des libéraux à Vancouver Granville depuis le printemps et qu’elle reflète le désir des gens de voir un libéral nous représenter », a-t-il soutenu.

M. Wyatt a déclaré que lui aussi est un libéral, mais qu’il envisage de voter pour Mme Wilson-Raybould cette année, estimant que son parti est plus grand que quelconque gouvernement à long terme.