(Ottawa) Maxime Bernier ne devrait pas avoir de lutrin sur les plateaux des deux grands débats électoraux nationaux, car cela fournirait au chef du Parti populaire du Canada (PPC) autant d’occasions de propager son discours « haineux » et « intolérant ».

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

C’est à tout le moins ce qu’a plaidé le Nouveau Parti démocratique (NPD) auprès de la Commission aux débats des chefs, mise sur pied pour organiser ces joutes oratoires qui auront lieu les 7 et 10 octobre, selon un document obtenu par La Presse.

« Selon nous, la participation de M. Bernier lui donnerait une plateforme pour faire la promotion de son idéologie de haine et d’intolérance. M. Bernier n’a pas démontré qu’il méritait cette plateforme », a écrit le NPD au commissaire David Johnston.

Car il « fait fréquemment la promotion de théories du complot d’extrême droite sur les réseaux sociaux », et « son comportement risque de nuire à la réputation des débats des chefs », poursuit la directrice nationale Melissa Bruno dans cette missive.

« Il est du devoir de la commission de tenir en considération les torts que peuvent causer les idéologies haineuses et trompeuses au processus démocratique, et aux valeurs d’égalité, d’inclusion et de respect qui sont chères aux yeux des Canadiens », conclut-elle.

Les espoirs néo-démocrates de miser sur cet argumentaire pour empêcher le Beauceron de croiser le fer avec ses vis-à-vis se heurteront vraisemblablement à la réalité des termes du mandat de la commission, à en croire son directeur général, Michel Cormier.

« On applique le mandat de la commission, qui est de voir si les partis se qualifient en vertu des critères. Nous, c’est là-dessus qu’on fonde notre jugement. C’est tout », a-t-il signalé hier soir en entrevue téléphonique avec La Presse.

« C’est absurde », dit le PPC

De son côté, le porte-parole du PPC, Martin Masse, a qualifié de « bullshit » ces accusations du NPD. « C’est absurde, je n’en reviens pas qu’on se fasse accuser d’avoir des positions que 30, 40, 50 % des Canadiens appuient », a-t-il lâché au téléphone.

Il a fait valoir que le parti « est le seul à offrir des politiques distinctes sur plusieurs sujets qui sont au cœur des débats politiques, notamment l’immigration, les changements climatiques, la liberté d’expression, les subventions aux entreprises, l’aide étrangère, la gestion de l’offre ».

Bernier, pas encore invité

Les chefs de cinq formations représentées aux Communes ont été formellement invités à croiser le fer lors de ces débats. Le Parti libéral, le Parti conservateur, le NPD, le Bloc québécois et le Parti vert ont tous confirmé qu’ils seraient de la partie.

Le seul qui demeure dans l’incertitude est donc Maxime Bernier, car il ne respecte pas au moins deux des trois critères d’admissibilité aux débats des chefs : être représenté par au moins un député élu sous cette bannière aux Communes ; être en mesure de présenter des candidats dans au moins 90 % des circonscriptions électorales ; avoir obtenu au moins 4 % des votes en 2015, ou encore présenter des candidats qui ont « une véritable possibilité d’être élus lors de l’élection générale en cause ».

La commission n’a pas encore statué sur le cas de Maxime Bernier ; ni les sondages, ni les sites de projection, ni les sondeurs indépendants consultés n’ont permis « de croire, pour le moment, que le PPC a une véritable possibilité d’élire plus d’un candidat ».

La commission rendra sa décision sur le sort du PPC au plus tard le 16 septembre. Une vaste coalition dont fait partie La Presse a été chargée d’assurer la production, la promotion et la distribution des deux débats.

— Avec Fanny Lévesque, La Presse