(Québec) Le milieu de la finance demandera mardi au gouvernement Legault de hausser ses seuils d’immigration, à défaut de quoi il risque de se priver d’importants investissements étrangers.

Caroline Plante
La Presse canadienne

En raison des délais d’admission trop longs, les investisseurs étrangers pourraient décider d’aller faire fructifier leur argent ailleurs, fera-t-on valoir.

La consultation publique sur le Plan d’immigration du Québec 2020-2022 s’est amorcée lundi à Québec. Un groupe d’intermédiaires financiers, dont la Financière Banque Nationale, viendra témoigner mardi pour une optimisation du programme des immigrants investisseurs, qui permet aux PME québécoises de bénéficier de capital étranger.

L’accroissement des investissements étrangers est l’une des priorités du gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ), qui a également annoncé privilégier une immigration économique.

Or, le plan de la CAQ cette année est de faire passer les seuils d’immigration de 52 000 à 40 000, une réduction de 20 % dans chaque catégorie d’immigrants, le temps d’améliorer les services de francisation et d’intégration.

Le nombre de gens d’affaires — sous-catégorie de l’immigration économique — admis annuellement au Québec depuis 2017 passe donc de 4600 à 3400. Le gouvernement caquiste entend rehausser progressivement les seuils d’immigration dès l’an prochain pour revenir à 52 000 immigrants en 2022.

« On encourage le gouvernement du Québec à revoir ses cibles […] pour qu’on ait des admissions plus normales, a déclaré en entrevue Louis Leblanc, premier vice-président de la Financière Banque Nationale. La plus grande inquiétude que nous avons, c’est que le Québec devienne de plus en plus non compétitif. »

Le groupe d’intermédiaires financiers, qui inclut également Auray Capital, Capital Sherbrooke Street Inc., Industrielle Alliance Valeurs Mobilières et Renaissance Capital Inc., présentera au ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, une étude produite par la firme Aviseo Conseil sur les retombées économiques du programme des immigrants investisseurs.

L’étude démontre qu’entre 2009 et 2018, les rendements générés par les prêts consentis par les immigrants investisseurs ont atteint 1 milliard. Les subventions offertes aux PME pour leurs projets ont engendré des retombées économiques de 1,5 milliard.

Selon Jean-Pierre Lessard, associé d’Aviseo Conseil, ces PME — « qui ont toutes sortes d’enjeux, entre autres de liquidités » — ont pu bénéficier d’une « poussée » pour compléter 3750 projets.

Près de 90 % des effets directs se sont fait sentir en région, selon M. Lessard, qui souligne que 17 000 emplois avec un salaire moyen de 50 000 $ ont été appuyés dans les 10 années d’analyse du programme.

L’immigrant investisseur typique est un Chinois multimillionnaire, qui voyage de par la planète, avec « deux ou trois enfants », et qui cherche à leur procurer « un meilleur avenir ». « Certainement, une terre de prédilection pour eux, c’est le Québec », affirme M. Leblanc.

Il dénonce que l’immigrant investisseur, après avoir fait son placement auprès d’Investissement Québec (IQ), doit attendre 52 mois avant d’être admis au Québec. En comparaison, des pays européens, notamment le Portugal, la Grèce et l’Espagne, affichent des délais d’environ six mois, selon lui.

« Si on excède trois ans au total, on perd notre compétitivité au niveau international », a déclaré M. Leblanc.

« Une fois que tu reconnais qu’il y a des retombées significatives de la part de l’investissement, après ça on a de la misère à s’expliquer pourquoi les délais sont si longs, a-t-il poursuivi. Ici, on s’enlise dans des procédures. »

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Le ministre de l’Immigration Simon Jolin-Barrette

Lundi, le ministre Jolin-Barrette s’est dit prêt à écouter les intermédiaires financiers. « Mais il y a une chose qui est sûre, a-t-il affirmé en mêlée de presse, c’est que lorsqu’on choisit le nombre d’immigrants qu’on accueille au Québec, c’est important de s’assurer qu’ils soient pleinement intégrés et qu’ils participent à la société québécoise. »

Actuellement, a-t-il fait valoir, le taux de présence des immigrants investisseurs au Québec est « très faible », soit de moins de 20 %.

Déjà lundi, quatre groupes (Gestion des Placements Stuart, Eterna Groupe Financier, Echelon Gestion de patrimoine et Stephane Tajick Consulting) prévenaient le ministre des dangers de fragiliser le programme des immigrants investisseurs.

Ils ont recommandé entre autres d’octroyer aux immigrants investisseurs un Certificat d’acceptation du Québec afin de leur permettre de s’installer plus rapidement dans la province, ce qui favoriserait leur rétention.

Flexible sur les cibles ?

À son arrivée en salle de commission, et après que les partis d’opposition eurent transmis leurs doléances aux médias, M. Jolin-Barrette a laissé entendre qu’il pourrait revoir ses cibles d’ici le 1er novembre.

« Le gouvernement a mis au jeu une proposition et je vais entendre l’ensemble des groupes qui vont venir », a-t-il déclaré.

Plus tôt, tant les porte-parole du Parti libéral du Québec (PLQ) que de Québec solidaire (QS) avaient plaidé en faveur de seuils d’immigration plus élevés pour répondre notamment aux enjeux liés à la pénurie de main-d’œuvre.

La députée péquiste Méganne Perry-Melançon a pour sa part déclaré qu’il serait préférable qu’un organisme indépendant fixe les seuils. « La CAQ, on ne sait pas sur quoi leur chiffre de 40 000 est basé. »

Veronica Islas, de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes, a demandé au gouvernement d’abandonner sa vision utilitariste. « L’immigration ne doit pas être instrumentalisée pour tenter de répondre à des besoins économiques », a-t-elle dit.