(QUÉBEC) L’aspirante chef du Parti libéral du Québec (PLQ), Dominique Anglade, a pris son premier engagement dimanche : elle promet une loi sur l’interculturalisme, une idée que venaient d’adopter à l’issue d’un long débat les jeunes libéraux.

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

Cette mesure sera comprise dans sa plateforme qu’elle compte déposer plus tard, a-t-elle annoncé lors d’un point de presse, profitant du congrès de l’aile jeunesse pour abattre une première carte.

Mme Anglade est en précampagne depuis l’annonce de sa candidature au début de l’été et mène une tournée des régions. La course à la direction débutera officiellement en novembre et les membres éliront leur prochain chef au printemps.

Samedi, Mme Anglade disait que la proposition des jeunes libéraux est « très intéressante », sans prendre position. Sa collègue Marwah Rizqy, qui doit annoncer officiellement sa candidature plus tard, s’était prononcée en faveur de cette mesure sans en faire une promesse formelle.

C’est dans une proportion de 68 % que les jeunes libéraux ont appuyé l’idée d’une loi sur l’interculturalisme, qui se distingue du multiculturalisme canadien.

C’était l’une des recommandations de la commission Bouchard-Taylor. Dans son rapport rendu public il y a plus de dix ans, elle rappelait que l’interculturalisme est le modèle appliqué au Québec depuis des années pour gérer les rapports entre les communautés, sans toutefois que ce soit inscrit explicitement dans un texte officiel.

Le président de la Commission jeunesse, Stéphane Stril, a pris la parole dès le début du débat pour faire la promotion de la proposition. « On ne peut pas nier le fait que, pour beaucoup de Québécois, on se soit éloigné d’une certaine façon de voir le Québec et notre relation par rapport au peuple québécois. Il va falloir qu’on pose des gestes concrets en faveur de la majorité francophone, de qui on est en tant que nation. Il faut, comme libéraux qu’on sorte parfois de notre bulle, de notre zone de confort. Avec cette proposition, on ne vient absolument pas remettre en question les libertés des minorités […]. Le fait d’encourager les nouveaux arrivants à s’intégrer à la nation québécoise ne demande pas de s’assimiler et de mettre de côté tout ce qui fait d’eux des individus authentiques ».

Des militants ont toutefois exprimé leur opposition au cours du long débat. Certains ont vanté le modèle du multiculturalisme canadien. « Oui, on a perdu des voix parce qu’on n’a pas assez parlé de notre culture, de la langue française, mais il ne faut pas… comment dire. On est en train de faire un peu ce que la CAQ fait. Parler d’interculturalisme, tout ce que ça va faire, ça va faire éloigner des partisans fidèles au Parti libéral et de faire éloigner des immigrants », a ajouté une militante se présentant comme une Québécoise d’origine marocaine. Un jeune anglophone a affirmé que le parti doit résister à la tentation se rapprocher des positions de la CAQ, accusant cette formation d’avoir des tendances xénophobes.

Une proposition visant à doter le Québec d’une constitution a été adoptée à l’issue d’un vote très serré — un recomptage a été nécessaire dans ce cas aussi.

Entreprendre un virage plus nationaliste comme veut le faire le PLQ, « ce n’est jamais simple », a observé le chef intérimaire Pierre Arcand, à l’issue du congrès. « Sur des questions aussi sensibles, il y aura toujours des discussions vives, il y aura toujours des gens qui se sentiront peut-être d’une certaine façon un peu menacés […] Je ne suis pas surpris de ça », a-t-il affirmé en conférence de presse.

Il est possible pour une province de se doter d’une constitution ; la Colombie-Britannique en a une. C’est une mesure susceptible de « répondre aux préoccupations identitaires des Québécois », a fait valoir la militante Béatrice Limoges.

Rédiger une constitution du Québec et adopter une loi sur l’interculturalisme faisaient partie des propositions pour relancer le PLQ que suggérait le fils de l’ex-premier ministre libéral Jean Charest, Antoine Dionne Charest, dans une lettre publiée dans La Presse l’automne dernier, après la défaite du gouvernement Couillard. La Commission jeunesse l’a d’ailleurs consulté pour élaborer ses propositions.

Le congrès des jeunes libéraux avait lieu à l’Université Laval, à Québec, dans la circonscription de Jean-Talon, détenue par le seul élu libéral à l’Est de l’île de Montréal, Sébastien Proulx. Le député brillait toutefois par son absence en fin de semaine. Il est en vacances.

La Commission jeunesse a déclaré que 350 militants étaient inscrits au congrès. Une centaine d’entre eux étaient présents au moment des débats dimanche.

Voici la proposition concernant l’interculturalisme adoptée par les jeunes libéraux :

« Adopter une Loi sur l’interculturalisme qui précisera les objectifs du gouvernement du Québec en matière d’aménagement de la diversité culturelle. Cette loi devra :

Offrir une définition officielle et complète de l’interculturalisme ; établir des principes clairs en matière d’intégration et d’aménagement de la diversité ethnoculturelle. Ces principes doivent inclure : le français comme langue des rapports interculturels ; la reconnaissance de la présence, au Québec, d’un groupe majoritaire francophone ; le respect des droits et libertés fondamentales ; la promotion des échanges et du dialogue interculturel ; la reconnaissance de la nation québécoise qui reflète toutes les composantes du Québec, notamment la majorité francophone, les minorités culturelles et linguistiques et les autochtones. Mettre l’accent sur l’insertion économique, sociale, culturelle et civile des personnes immigrantes à la société québécoise ; assurer le respect de la diversité ethnoculturelle en promouvant la reconnaissance et le renforcement de la culture québécoise comme source de cohésion sociale ; faire de la lutte contre toutes les formes de discriminations un objectif constant. »