Unies par les Rocheuses, déchirées par un pipeline

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Dans le parc national de Banff, le mont Standish est situé à cheval sur la frontière entre l'Alberta et la Colombie-Britannique.

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(BANFF, ALBERTA) De Winnipeg à Vancouver, en passant par Regina et Fort McMurray, Joël-Denis Bellavance parcourra 11 000 kilomètres cet été dans l'ouest du pays au volant de son véhicule récréatif. Le chef de notre bureau d'Ottawa vous livrera chaque dimanche un billet où il explorera l'humeur des Canadiens à la veille du déclenchement des élections fédérales. Cette semaine, arrêt au parc national de Banff.

Au sommet du mont Standish, dans le parc national de Banff, la vue est imprenable. La végétation couvre la moitié des montagnes environnantes tandis que rien ne pousse sur la partie supérieure tout en roc. Des amoncellements de neige çà et là rappellent qu'un immense tapis blanc recouvrait ces joyaux de la nature il y a quelques semaines à peine.

Les paysages à couper le souffle charment les adeptes de plein air. Leur curiosité s'allume quand ils constatent que le sentier pédestre de trois kilomètres, accessible après un trajet en gondole de près de 15 minutes, leur permet de passer de l'Alberta à la Colombie-Britannique et de regagner l'Alberta, à une altitude de 2400 m.

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L'Américain Mike Brown (deuxième à partir de la droite), agent immobilier à Houston, est en visite au Canada avec sa petite famille pour fuir la chaleur étouffante qui sévit en juillet au Texas.

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« Je ne savais pas que j'étais en Colombie-Britannique. Je vais rejoindre ma femme en Alberta, donc ! », lance en riant Mike Brown, agent immobilier de Houston, au Texas, en visite au Canada avec sa petite famille afin de fuir la chaleur étouffante qui sévit dans cet État américain en juillet. Sa conjointe a décidé de parcourir la boucle du sentier en sens inverse, moins abrupte au départ.

La géographie a voulu que l'Alberta et la Colombie-Britannique soient unies par les Rocheuses. Mais la construction d'un pipeline provoque une avalanche de tensions entre ces deux provinces. L'Alberta tient mordicus au prolongement de l'oléoduc Trans Mountain afin d'exporter davantage de son pétrole issu des sables bitumineux vers les marchés asiatiques. La Colombie-Britannique, elle, s'y oppose, craignant qu'un tel projet n'ait un impact négatif sur l'environnement en raison notamment de la hausse du trafic de pétroliers le long de ses côtes.

« La dichotomie n'est pas si forte ici au sommet de la montagne », affirme Caleb Huizenga, qui travaille comme guide depuis trois ans pour Sunshine Village, l'entreprise qui exploite une station de ski sur le mont Standish l'hiver et offre des tours guidés l'été.

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Depuis trois ans, Caleb Huizenga travaille comme guide pour Sunshine Village, l'entreprise qui exploite une station de ski sur le mont Standish l'hiver et offre des tours guidés l'été. De ce belvédère situé en Alberta, il contemple la Colombie-Britannique.

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« Nous travaillons ensemble pour le bien de toute cette région du parc de Banff. C'est un effort collectif entre Parcs Canada, l'Alberta et la Colombie-Britannique pour protéger ce que l'on connaît comme les Rocheuses canadiennes. On ne peut pas dire que ce sont les Rocheuses de l'Alberta ou encore les Rocheuses de la Colombie-Britannique. Ce sont les Rocheuses du Canada », ajoute le guide originaire de Lethbridge, en Alberta, bien protégé du vent grâce à sa tuque... et sa barbe bien fournie de quatre pouces.

On ne lui parle pas du pipeline en haute altitude. Le jeune trentenaire ne peut toutefois s'empêcher de souligner certaines différences entre les deux provinces. « L'Alberta, c'est le côté ensoleillé. C'est tout le contraire en Colombie-Britannique. C'est assez évident quand tu traverses la frontière », dit-il, léger sourire en coin.

Mais loin de cette montagne, le prolongement de Trans Mountain alimente les discussions. Le projet, qui permettrait de tripler la capacité de l'oléoduc qui traverse déjà les Rocheuses et relie la ville d'Edmonton à celle de Burnaby, en banlieue de Vancouver, nourrit les tensions. La guerre des mots entre les deux provinces a monté de plusieurs crans depuis que les conservateurs de Jason Kenney ont pris les rênes du pouvoir en Alberta en mai.

M. Kenney menace de couper les livraisons de pétrole et de gaz naturel à la province voisine si le gouvernement néo-démocrate de la Colombie-Britannique persiste à vouloir contester devant les tribunaux le projet de prolongement du pipeline, qui vient d'être approuvé une seconde fois par le gouvernement Trudeau.

À 1,55 $ le litre d'essence ordinaire dans la grande région de Vancouver, le prix du carburant est déjà le plus élevé au pays. Le procureur général de la Colombie-Britannique, David Eby, promet d'obtenir une injonction des tribunaux pour protéger les intérêts de ses concitoyens si Jason Kenney met sa menace à exécution.

Le terminal du pipeline Trans Mountain à Burnaby, en Colombie-Britannique... (PHOTO JASON REDMOND, ARCHIVES REUTERS) - image 4.0

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Le terminal du pipeline Trans Mountain à Burnaby, en Colombie-Britannique

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Celle à qui a succédé M. Kenney, la néo-démocrate Rachel Notley, avait tenté de faire pression sur la Colombie-Britannique en annonçant en février 2018 un boycottage des célèbres vins de la vallée de l'Okanagan. Le boycottage avait duré deux semaines.

L'avenir de ce projet sera un enjeu de taille dans cette région du pays durant les élections fédérales du 21 octobre. Le Parti conservateur réclame à cor et à cri ce pipeline depuis longtemps. Le gouvernement Trudeau a décidé de l'acheter de la société américaine Kinder Morgan contre la somme de 4,5 milliards de dollars l'an dernier pour mener à bien les travaux de prolongement. Le NPD et le Parti vert s'y opposent farouchement et exigeront son abandon comme monnaie d'échange si un gouvernement minoritaire est élu à l'automne.

« Nous avons besoin de ce pipeline pour nos emplois. Nous en avons besoin maintenant », affirme Don Friesen, homme d'affaires de Calgary. Son entreprise emploie 50 personnes et offre des services de soutien à la fracturation hydraulique pour les sociétés pétrolières. « Je ne crois pas un instant que Justin Trudeau va livrer la marchandise. »

Rencontré au pied de la montagne, Bryce Willigar, un résidant de Calgary qui travaille aussi comme guide pour des clients américains, n'est toutefois pas aussi catégorique, explique-t-il dans la langue de Molière.

« Oui, c'est bon pour l'économie. Mais je comprends qu'il faut protéger l'environnement, les baleines, etc. Je suis vraiment en plein dans le milieu [déchiré] sur cette question. »

- Bryce Willigar, guide et résidant de Calgary

« J'ai appris le français. J'ai eu une blonde québécoise du Lac-Saint-Jean pendant cinq ans », précise-t-il.

Propriétaires d'une petite entreprise à Saint-Hyacinthe, Lynda Hébert et son conjoint Gaëtan Bouvier ont décidé de prendre des vacances estivales dans l'ouest du pays pour la première fois. Ils participent à un voyage organisé en compagnie d'un couple d'amis de la Beauce qui les mènera de Calgary jusqu'à Victoria. « On va dans bien des pays, mais on n'a pas l'habitude de visiter le nôtre », explique Mme Hébert, alors qu'elle se détend dans les eaux thermales de l'Upper Hot Springs de Banff.

« J'aime mes Rocheuses. Elles sont tellement belles », dit-elle sur un ton admiratif en faisant un tour d'horizon des yeux du décor enchanteur.

« On ne se lasse jamais de les regarder ou de les prendre en photo. J'en ai pris comme 500 déjà », ajoute son conjoint Gaëtan Bouvier, qui profite du soleil et de la chaleur de l'eau du bassin, qui atteint 39 °C, selon l'écriteau au mur installé ce jour-là par Parcs Canada.

En montant dans l'autocar, le responsable de la tournée a lancé un petit avertissement aux voyageurs.

« On nous a dit qu'on ne pouvait pas parler de politique ou de religion durant le voyage. Mais je ne pense pas que Trudeau va passer ici. »

- Gaëtan Bouvier, touriste québécois en voyage de groupe à Banff, sur le ton de la confidence

Durant le premier référendum sur la souveraineté au Québec, en 1980, l'ex-premier ministre Jean Chrétien, qui était alors ministre de la Justice, avait évoqué les paysages remarquables qu'offrent les Rocheuses comme argument pour convaincre les Québécois de demeurer au sein du Canada. Le Non a recueilli environ 60 % lors de ce premier référendum. L'appel à l'attachement aux Rocheuses a-t-il eu beaucoup de poids ? Jean Chrétien croit bien sûr que oui. Les experts n'en sont pas aussi convaincus.

Près de 40 ans plus tard, les Rocheuses sont paradoxalement devenues le symbole d'un profond désaccord entre l'Alberta et la Colombie-Britannique.

Le blogue d'une future électrice

Durant mon périple dans les provinces de l'Ouest, ma fille âgée de 14 ans, Virginie Bellavance, m'accompagne pour raconter et commenter les découvertes qu'elle fera tout au long du voyage. Virginie pourra voter aux élections fédérales de 2023. Elle fera part de ses commentaires à sa manière dans un blogue dont le fil conducteur sera le suivant : mon pays, mon avenir, mon choix. 

Consultez le blogue de Virginie Bellavance




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