(Québec) François Legault a fait volte-face lundi et s’oppose désormais à la taxe fédérale sur le carbone, qu’il considère comme une intrusion dans le champ de compétence des provinces.

Martin Croteau Martin Croteau
La Presse

Il a confirmé ce changement de cap après que Québec eut annoncé son intention d’intervenir en Cour suprême dans le cadre du litige qui oppose le gouvernement Trudeau à la Saskatchewan, l’Alberta et l’Ontario. Ces trois provinces contestent le programme fédéral de lutte aux changements climatiques au motif qu’il empiète sur les compétences des provinces.

Québec compte faire exactement le même argument devant le plus haut tribunal du pays, a confirmé le premier ministre François Legault, lundi.

« On pense que ça devrait être le choix des provinces et ça devrait être aux provinces de décider comment on applique un coût au carbone », a-t-il déclaré.

Le premier ministre a du coup opéré virage à 180 degrés. Le 6 septembre dernier, en campagne électorale, il a dit espérer « que Justin Trudeau va tenir son bout » face aux provinces récalcitrantes. Il promettait alors d’être l’allié du premier ministre fédéral.

Ottawa a récemment imposé une taxe sur le carbone dans toutes les provinces qui n’ont pas déjà un mécanisme de tarification des émissions de gaz à effet de serre (GES). Cette taxe doit grimper progressivement pour atteindre 50 $ la tonne en 2022.

La taxe ne touche pas le Québec, car cette province a déjà mis en place un mécanisme de tarification du carbone, le Système de plafonnement et d’échange des émissions de GES.

Le gouvernement Legault juge ce système adéquat et refuse qu’Ottawa s’y immisce.

« Nous avons notre propre marché du carbone qui a été jugé par les critères de la loi québécoise adéquat, mais pour l’année 2019 seulement, a expliqué la ministre de la Justice, Sonia LeBel. Donc on est sujets à supervision chaque année jusqu’en 2030. Ce n’est pas idéal pour le Québec parce qu’on considère qu’on est maîtres d’œuvre du changement climatique et que notre système est adéquat. »

En vertu de l’Accord de Paris sur les changements climatiques, le Canada s’est engagé à réduire ses émissions de GES de 30 % par rapport au niveau de 2005 d’ici 2030. La taxe sur le carbone vise à atteindre cette cible. Mais ce programme s’est buté à la vive résistance de certaines provinces.

La Saskatchewan, productrice de pétrole et de gaz, s’est adressée aux tribunaux pour s’opposer au programme fédéral. Après avoir élu Doug Ford comme premier ministre, l’Ontario s’est retiré du marché du carbone et a lancé sa propre contestation judiciaire de la taxe fédérale. L’Alberta, la plus importante émettrice de GES au pays, s’est elle aussi alignée avec les contestataires.

M. Legault s’est défendu de rejoindre le camp des opposants à la taxe sur le carbone.

« Moi et Justin Trudeau, on est tous les deux d’accord pour mettre un coût sur le carbone, un prix sur le carbone, a dit M. Legault. Mais il y a plusieurs façons de le faire et ça devrait être à chaque province de décider comment faire. »