(Québec) Le premier ministre François Legault a rabroué son ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, mercredi, pour avoir choisi de livrer un discours uniquement en anglais alors qu’il était en mission économique en Ontario.

Jocelyne Richer
La Presse canadienne

Les gens d’affaires réunis mardi à Toronto pour l’entendre n’ont donc pas pu constater que M. Fitzgibbon est francophone, comme la grande majorité des Québécois, et que le français est la seule langue officielle du Québec, puisqu’il n’a pas dit un mot de français.

En mêlée de presse, mercredi, le premier ministre a dit que son ministre aurait dû au moins dire «quelques mots» en français, ce qui aurait suffi à ses yeux.

Il avait d’ailleurs du mal à expliquer pourquoi M. Fitzgibbon avait agi de la sorte, quand on sait que le gouvernement caquiste se présente comme nationaliste et aime cultiver son image de défenseur du fait français.

M. Legault a convenu que cette façon de faire était incorrecte et qu’elle ne devait pas se reproduire.

«Il a reconnu qu’il avait fait une erreur. Il a dit qu’il ne recommencera pas», a dit M. Legault, expliquant la bourde par le fait que son ministre avait peu d’expérience politique et était issu du milieu des affaires, habitué de fonctionner en anglais.

Dès qu’il se trouve à l’extérieur du Québec, un ministre «représente le gouvernement du Québec et il a un message à passer que c’est en français que ça se passe» en territoire de la loi 101, a rappelé M. Legault à ses troupes.

Lors d’un entretien au Journal de Montréal, mardi, après son allocution à Toronto, M. Fitzgibbon avait d’abord défendu sa position, justifiée selon lui par le fait que l’auditoire était anglophone.

Mais constatant les critiques formulées dans les heures qui ont suivi, notamment sur les réseaux sociaux, dans certains cas virulentes, il avait fait volte-face, affirmant sur Twitter qu’à l’avenir ses discours compteraient «tous et toujours des passages importants en français, peu importe où je serai».

M. Legault a tenu à dire que lui-même, lorsqu’il séjourne à l’extérieur du Québec, il s’efforce de dire «toujours quelques phrases en français», quelle que soit la langue de l’auditoire.

Quand il était dans l’opposition, M. Legault était toujours aux premières loges pour dénoncer vigoureusement ce genre d’impairs du gouvernement libéral.

En 2014, notamment, il avait reproché à l’ex-premier ministre Philippe Couillard d’avoir prononcé un discours uniquement en anglais lors d’une mission en Islande, invoquant alors «le devoir des élus» de faire la promotion du français dans leurs fonctions officielles à l’étranger et à l’extérieur du Québec.

L’Ontario compte plus d’un demi-million de francophones.

En novembre, M. Legault s’était aussi permis de rabrouer le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, pour ses compressions effectuées dans les services en français. Il lui avait même demandé de reculer, mais M. Ford avait refusé.

La mission économique à Toronto avait pour but d’intensifier les échanges commerciaux entre les deux provinces.

Ensemble, le Québec et l’Ontario représentent 58 % du produit intérieur brut (PIB) du Canada.