(MONTRÉAL) Bien qu’il se dise prêt à attaquer de front la crise climatique, François Legault exclut d’imposer de nouvelles taxes ou tarifs verts, craignant une crise sociale comme celle des gilets jaunes en France.

Martin Croteau Martin Croteau
La Presse

« Je ne ferai pas ce que M. Macron a fait », a dit le premier ministre à son arrivée au conseil général de la Coalition avenir Québec, qui se déroule sous le thème de l’environnement.

Les 1200 militants rassemblés à Montréal en fin de semaine débattront de 32 résolutions sur « l’économie verte ». Ces mesures visent entre autres à mieux soutenir le transport collectif, améliorer la gestion des déchets et réduire l’usage des pesticides en agriculture.

D’entrée de jeu, M. Legault a été formel : son gouvernement n’imposera pas de nouvelles taxes pour décourager les comportements polluants, par exemple en ciblant les automobilistes.

« Il n’est pas question de mettre des péages ou des taxes nouvelles, a dit M. Legault. On s’est engagés à ce qu’il n’y ait aucune nouvelle taxe, aucun péage qui soit augmenté de plus que l’inflation. Très peu ici, au Québec. »

L’automne dernier en France, une nouvelle taxe sur les carburants qui visait à réduire les émissions de gaz à effet de serre a provoqué un vaste mouvement de contestation, le mouvement des gilets jaunes. Cette crise a pris de l’ampleur et a mené à de violentes manifestations dans l’Hexagone, en plus d’inspirer plusieurs mouvements semblables dans d’autres pays.

M. Legault souhaite s’attaquer aux changements climatiques de manière « pragmatique », sans toutefois causer un tel ressac.

Le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, a abondé dans le même sens.

« On a été très clairs : il n’y a pas de péages sur les routes en vue, il n’y a pas de projet de taxer l’essence davantage qu’elle l’est déjà. »

Champagne optimiste

L’initiateur du Pacte pour la transition, Dominic Champagne, a adhéré à la CAQ dans l’espoir avoué d’influencer son approche sur la question climatique. Il participe au rassemblement de ce week-end à la fois à titre de membre du parti et de panéliste.

Bien qu’il critique l’approche du gouvernement sur plusieurs fronts, notamment son intérêt pour le projet Gazoduq, il s’est montré d’accord avec le premier ministre sur l’importance de susciter l’adhésion de la population.

« Les Français ont essayé en imposant une taxe sur l’essence de faire progresser les choses et ils ont créé le bordel dans la société parce que la mesure qui, a priori, semblait bonne s’est avérée une mesure injuste », a-t-il noté lors d’un échange avec les membres.

Le réalisateur s’est présenté au conseil général portant un macaron de la CAQ et un autre sur lequel on peut lire « J’aime mon premier ministre ».

Il s’est réjoui de l’intérêt accordé au dossier par le parti, même s’il convient que les résolutions proposées aux membres ne sont pas assez ambitieuses pour contrer le problème climatique.

« Il est permis d’être sceptique mais pourquoi il ne serait pas permis d’espérer qu’on puisse se rassembler ? a-t-il noté. Je pense que c’est un bon signe. Je vois le signe qu’il y a eu une mobilisation importante depuis l’élection dans la société québécoise et que le gouvernement l’a entendu, que le parti au pouvoir l’a entendu. »

Le conseil général de la CAQ est le premier depuis les élections du 1er octobre. Lors de la campagne, François Legault a été vertement critiqué pour la faiblesse de ses engagements en matière d’environnement.

Dès son élection, il a exprimé sa « sincère préoccupation » pour la question et promis de relever le « défi de l’urgence climatique » pendant son mandat.

Comme pour bien marquer l’importance accordée à la question, on peut apercevoir plusieurs bacs de recyclage et des verres réutilisables au conseil général. L’événement est « carboneutre ».

Cela n’a pas empêché des dizaines de personnes de manifester à l’extérieur pour exiger une action plus décisive sur le climat.