(Québec) La Fédération des femmes du Québec (FFQ) dénonce le caractère « sexiste » du projet de loi sur la laïcité de l’État, qui est selon elle « une forme d’oppression envers les femmes » qui se traduit par l’instauration d’un « plafond de verre ».

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

« On est en train de légiférer un nouveau plafond de verre qui empêcheront [certaines] femmes musulmanes d’atteindre des postes d’autorité ou d’enseignantes », a dénoncé jeudi Idil Issa, une jeune Québécoise noire de confession musulmane qui porte le voile.  

« J’ai l’intention de briser ce plafond de verre que vous êtes en train de construire. […] J’aurai une position d’autorité et je serai plus juste que vous. Je ne nuirai pas aux intérêts d’une minorité déjà vulnérable dans l’exercice de mes fonctions », a-t-elle ajouté en regardant le ministre Simon Jolin-Barrette.  

Mme Issa était accompagnée jeudi de la présidente de la FFQ, Gabrielle Bouchard, en cette dernière journée de consultations du projet de loi 21 à l’Assemblée nationale. Dans son mémoire, publié sur son site internet, la Fédération affirme que le projet de loi du gouvernement Legault est « discriminatoire » et qu’il repose sur « une série de confusions ».

Selon la FFQ, « l’État n’a pas à émanciper de force les femmes ».  

« Au Québec, il y a des féministes croyantes, tout comme il y a des athées réactionnaires. Combien de féministes croyantes ont activement participé aux mouvements féministes au Québec ? Pensons par exemple à ces féministes chrétiennes qui luttent pour le droit à l’avortement libre et gratuit. Pensons à toutes ces féministes musulmanes qui, en tant que membres de la FFQ, se battent avec nous pour les droits de toutes les femmes au quotidien », affirme la Fédération des femmes.

« Il n’y a aucune raison de croire que de réprimer une femme croyante est un acte féministe et émancipatoire », poursuit-on.

Beaucoup d’autres batailles

Pour la FFQ, « il reste beaucoup de batailles à mener pour garantir l’égalité entre les femmes et les hommes » au Québec, bien avant les restrictions prévues par le projet de loi 21 pour interdire le port de signes religieux à certaines catégories d’emploi.

« Salaire minimum à 15  $, accès aux services obstétricaux, réinvestissement massif dans les services publics, lutte au racisme systémique, accès au logement, accueil des femmes migrantes, lutte contre les violences sexuelles et domestiques, proximité des services en régions rurales et dans les petits centres, fin du temps supplémentaire obligatoire, conditions de travail des aides domestiques, enjeux socio-économiques liés à un capitalisme sauvage : voilà quelques-unes des batailles qui touchent les femmes dans leur quotidien », écrit notamment la Fédération dans son mémoire.

Les consultations du projet de loi 21 sur la laïcité de l’État prendront fin jeudi après deux semaines de travaux. En plus de la FFQ, la Coalition Inclusion Québec, la Ligue des droits et libertés de même que le Rassemblement pour la laïcité seront entendus en cours de journée par les parlementaires.  

Québec utilisera-t-il le bâillon ?

Le gouvernement Legault procédera ensuite à l’étude détaillée du projet de loi en commission parlementaire au cours des prochaines semaines. Depuis son dépôt au Salon bleu, Québec a toujours répété qu’il souhaitait l’adopter avant l’ajournement des travaux parlementaires, le vendredi 14 juin prochain.

Lors de la période des questions, jeudi, le Parti libéral a dénoncé que le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) utiliserait le bâillon pour adopter son projet de loi avant la fin de la session, même si l’étude celui-ci n’est pas terminé.

« Je crois qu’on est arrivé à une situation de consensus », a répondu le ministre Simon Jolin-Barrette.

Le député libéral Marc Tanguay a pour sa part lancé un « avis de recherche » afin que la ministre de la Justice, Sonia LeBel, se prononce sur l’utilisation d’une clause de dérogation pour protéger le projet de loi 21 de certaines contestations judiciaires.

Lorsqu’elle était questionnée en chambre, jeudi, c’est plutôt Simon Jolin-Barrette qui se levait pour répondre aux questions.