(Québec) Les juristes de l’État demandent au gouvernement Legault de la cohérence dans son projet de loi sur la laïcité en interdisant ou en permettant à tous les avocats et notaires du secteur public de porter des signes religieux.  

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

L’association syndicale Les avocats et notaires de l’État québécois (LANEQ), qui représente 1267 juristes, a dénoncé mercredi que certains de ses membres pourront toujours porter des signes religieux après l’adoption du projet de loi 21, alors que d’autres seront visés par l’interdit gouvernemental.  

En clair, le président de LANEQ, Me Marc Dion, a demandé au ministre responsable du dossier, Simon Jolin-Barrette, d’interdire à tous les juristes de l’État le droit de porter des signes religieux ou de le permettre à tous.  

« Pour nous, il y a un problème de cohérence à partir du moment où dans une même salle de cour, pour un même dossier, il pourrait y avoir deux avocats de l’État, un portant un signe religieux et l’autre [non] », a dit Me Dion, qui travaille au Contentieux du ministère de la Justice.  

Par exemple, le président de LANEQ avance que la formulation actuelle du projet de 21 n’interdit pas à certains avocats et notaires de l’Agence du revenu du Québec, de l’Autorité des marchés financiers et d’Investissement Québec de porter des signes religieux, entre autres.  

Prudente, LANEQ a refusé de s’interposer dans le débat politique qui divise les parlementaires sur la nécessité de légiférer sur la laïcité et le port de signes religieux. Me Dion a tout de même affirmé que le nombre de juristes de l’État qui portent des signes religieux à l’heure actuelle se comptait peut-être sur les doigts d’une main.  

LANEQ n’a d’ailleurs pas été consulté avant le dépôt du projet de loi 21 par le ministre Jolin-Barrette. Or, cela est normal dans la procédure parlementaire, a précisé Me Dion, puisqu’il aurait été question le cas contraire d’un outrage au parlement.  

Étendre le projet de loi 

En matinée, mercredi, le Mouvement laïque québécois a également demandé à Québec d’étendre l’application de son projet de loi à davantage de secteurs qui ne sont actuellement pas touchés. L’association souhaiterait par exemple qu’on interdise à tous les employés des écoles (incluant les cégeps) de porter des signes religieux.  

Selon Danielle Payette, une enseignante et membre du Mouvement laïque québécois, « tu ne peux pas être féministe et avoir une idéologie qui ne te met pas au même niveau qu’un homme. » Elle faisait ici référence au voile porté par certaines femmes musulmanes.  

« Dans mon livre à moi, c’est incohérent. De toute façon, toutes les religions sont sexistes et discriminatoires envers les femmes », a-t-elle plaidé.