(Ottawa) Le Bloc québécois lance une offensive publicitaire - en anglais s’il vous plaît, et dans la capitale fédérale - pour défendre sa position et celle du gouvernement du Québec en matière de laïcité.

Mélanie Marquis
La Presse

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

La formation politique, qui reproche à Justin Trudeau son opposition au projet de loi québécois en cette matière, s’est payé une affiche publicitaire à Ottawa.

« Quebec knows what’s right for Quebec. Thank you. » (« Le Québec sait ce qui est bon pour le Québec. Merci »), lit-on sur la pancarte, installée près d’un accès à l’autoroute 417, qui relie Ottawa à Montréal.  

« Justin Trudeau a besoin d’un message clair du Québec », a-t-il justifié en conférence de presse au parlement jeudi.

Le Bloc québécois explique avoir également fait parvenir une lettre ouverte aux médias canadiens et déployé « une opération internet et vidéo » pour faire « passer le message aux élus de la Chambre des communes qu’il revient à l’Assemblée nationale » de décider des règles de laïcité.

Le dépôt, il y a deux semaines, du projet de loi sur la laïcité de l’État par le gouvernement de François Legault a fait sourciller les partis d’opposition à Ottawa. Les chefs Andrew Scheer et Jagmeet Singh ont fait connaître leurs réserves, mais ont tous deux affirmé qu’ils respecteraient la légitimité de Québec de légiférer sur la question.

Pour Yves-François Blanchet, le gouvernement de Justin Trudeau « est le principal adversaire de la loi québécoise sur la laïcité » alors que ce dernier a rapidement dénoncé la teneur du projet de loi le qualifiant, à mots à peine voilés, de discriminatoire pour les minorités religieuses. M. Trudeau a aussi promis « de se battre pour défendre » la Charte canadienne des droits et libertés.

Le chef bloquiste craint que les libéraux soutiennent ceux qui voudront contester la loi devant les tribunaux « avec [les] taxes et impôts [des Québécois]. »

Reste que le gouvernement libéral, en dépit des demandes répétées des bloquistes à la Chambre des communes, n’a pas encore dit ce qu’il comptait faire de la loi québécoise.

« Le fait que le ministre [de la Justice, David] Lametti ou le premier ministre Trudeau ne disent pas expressément en Chambre qu’ils vont déployés des ressources financières contre l’État québécois, ce n’est pas la preuve qu’ils ne le feront pas », a lancé M. Blanchet. « On n’a pas besoin d’attendre qu’eux aussi mettent un panneau-réclame pour dire : nous allons financer les gens qui sont contre la loi québécoise. C’est très clair que telle est leur intention. »

Responsabilité dans les dérapages

En entrevue à La Presse, mercredi, le chef bloquiste a imputé aux libéraux de Justin Trudeau une part de responsabilité dans le dérapage du maire de Hampstead, William Steinberg, lequel a été condamné pour avoir comparé le projet de loi 21 à une forme de « nettoyage ethnique ».

« Si le gouvernement Trudeau acceptait la décision et la légitimité de l’Assemblée nationale du Québec, les adversaires virulents de cette loi ne se sentiraient pas cautionnés par le gouvernement canadien », a offert M.  Blanchet.

« Tant que le gouvernement canadien refusera de reconnaître la légitimité de Québec, bien il va se trouver à encourager ce genre de [propos-là] […] », a-t-il insisté à l’autre bout du fil.

« Il faut que le gouvernement canadien, s’il veut mettre un terme à cet aspect malsain du débat, reconnaisse que le gouvernement du Québec est légitime et a autorité pour légiférer en matière de laïcité de l’État », a-t-il enchaîné.