La mise en demeure remise par le premier ministre Justin Trudeau au chef du Parti conservateur Andrew Scheer pour qu'il cesse de le diffamer dans l'affaire SNC-Lavalin n'aura vraisemblablement pas eu l'effet escompté par les libéraux, alors que l'opposition en a fait ses choux gras, hier à Ottawa.

Publié le 9 avr. 2019
FANNY LÉVESQUE LA PRESSE

C'est une semaine de plus qui s'est amorcée sur fond de controverse tandis que l'affaire SNC-Lavalin colle à la peau du gouvernement libéral depuis maintenant deux mois. Le nouvel épisode du feuilleton : une mise en demeure envoyée le 31 mars dernier par l'avocat de Justin Trudeau au chef conservateur Andrew Scheer pour diffamation.

Il n'en fallait pas plus pour raviver les ardeurs de l'opposition. L'épineuse affaire a une fois de plus dominé la période des questions à la Chambre des communes.

« Après avoir nié les faits, après avoir changé sa version chaque semaine, après avoir expulsé deux ministres intègres parce qu'elles ne pensaient pas comme lui, on a maintenant un premier ministre qui envoie une mise en demeure pour intimider et tenter de faire taire l'opposition », a dénoncé avec véhémence le député conservateur Alain Rayes.

« Si le premier ministre pense que sa nouvelle tactique peut fonctionner, il se trompe. S'il n'a rien à cacher, qu'il exécute sa mise en demeure, qu'il dépose la preuve et qu'il témoigne sous serment », a lancé le député québécois, défiant M. Trudeau de mettre sa menace à exécution, comme l'a fait M. Scheer en révélant l'existence de la mise en demeure lors d'une conférence de presse, dimanche.

Justin Trudeau reproche à Andrew Scheer d'avoir tenu des propos « hautement » diffamatoires à son endroit dans un communiqué de presse, publié le 29 mars dernier, dans lequel le chef conservateur accuse notamment le premier ministre de s'être ingéré dans le processus judiciaire pour négocier un accord de réparation avec la firme québécoise.

SCHEER INDUIT LES CANADIENS EN ERREUR

En l'absence du premier ministre, la leader du gouvernement en Chambre, Bardish Chagger, mitraillée de questions par l'opposition, a tenu le chef conservateur responsable « d'induire les Canadiens en erreur », notamment sur Twitter. Elle a martelé qu'Andrew Scheer avait d'ailleurs modifié un de ses gazouillis le jour de la réception de la mise en demeure.

Le gazouillis en question, publié après la diffusion de l'enregistrement de la conversation téléphonique entre le greffier du Conseil privé, Michael Wernick, et l'ancienne ministre de la Justice Jody Wilson-Raybould, contenait le mot « lies » pour affirmer que M. Trudeau mentait aux Canadiens. Or, quelques minutes plus tard, le mot a été remplacé par « falsehood », réclamant plutôt que M. Trudeau dise la vérité.

Selon les règles parlementaires, un membre du Parlement ne peut pas en accuser directement un autre à la Chambre des communes, puisque les débats sont fondés sur « le respect de l'intégrité de tous les députés ». Ainsi, il est interdit d'affirmer que quelqu'un ment. On peut cependant le sommer de dire la vérité.

Le Parti conservateur affirme n'avoir « rien retiré ou modifié » à la suite de la réception de la mise en demeure, expliquant que le gazouillis avait été changé pour mieux « faire correspondre l'anglais et le français ». Le communiqué de presse en litige est d'ailleurs toujours en ligne.