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Un sénateur presse Trudeau d'interdire les armes semi-automatiques

Le sénateur Pierre Dalphond.... (PHOTO HUGO-SEBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE)

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Le sénateur Pierre Dalphond.

PHOTO HUGO-SEBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Tandis que le Parlement néo-zélandais étudie ces jours-ci un projet de loi qui bannirait les armes semi-automatiques, du côté du Canada, le Sénat se penche sur une mesure législative qui resserre l'accès mais qui manque cruellement de mordant, déplorent des parlementaires.

La première ministre de la Nouvelle-Zélande, Jacinda Ardern, a réagi au quart de tour après l'attentat dans deux mosquées de Christchurch. Jugeant avoir un appui massif de sa population, elle a tranché six jours plus tard : exit, les armes semi-automatiques.

Le sénateur québécois indépendant Pierre Dalphond a suivi attentivement l'évolution de ce dossier depuis le massacre survenu le 15 mars dernier, alors qu'un suprémaciste blanc d'origine australienne a abattu 50 musulmans dans deux lieux de culte de la ville.

Il se demande ce qu'attend le premier ministre Justin Trudeau pour emboîter le pas à Jacinda Ardern, se désolant de « l'énergie et du temps » que les parlementaires ont consacrés - et continuent de dédier - à un projet de loi sur les armes, le C-71, beaucoup trop timide à son goût.

La mesure législative, à l'étude en comité sénatorial, resserre les contrôles des armes. Mais elle ne mènera pas à l'interdiction d'armes comme celle qui a été utilisée par le tireur de la grande mosquée de Québec.

« J'ai beau chercher, je ne trouve pas de valeur sociétale à posséder une arme semi-automatique », a laissé tomber le sénateur Dalphond en entrevue avec La Presse au début de la semaine.

« Je suis d'avis que la bonne politique, ce n'est pas d'essayer de réglementer les catégories : c'est d'interdire carrément toutes les armes à feu, sauf les armes de chasse », a-t-il ajouté.

« Ça n'existe pas, le droit de posséder une arme, au Canada, a-t-il insisté. La Cour suprême a toujours dit que le droit d'avoir une arme, ça n'existe pas : c'est un privilège. Il n'y a donc pas un droit fondamental en jeu. »

Tergiversations libérales

En octobre 2018, après une tuerie survenue à Toronto, Justin Trudeau a demandé à son ministre de la Réduction du crime organisé, Bill Blair, de lancer une consultation sur la possibilité de prohiber les armes de poing et d'assaut.

Cette enquête non scientifique réalisée en ligne, qui s'est attirée son lot de critiques, est maintenant bouclée. Cette semaine, le ministre Blair a réitéré que les résultats de la consultation devraient venir d'ici la fin du printemps.

« Je sais ce que la Nouvelle-Zélande a fait [...]. Je pense que les Canadiens s'attendent à ce qu'on les écoute attentivement et qu'on trouve la meilleure façon d'aller de l'avant », a-t-il argué lorsqu'on lui a demandé d'expliquer cette lenteur à agir.

Le député libéral Joël Lightbound, qui représente la circonscription de Québec où se trouve la mosquée dans laquelle six fidèles ont été tués en pleine prière, le soir du 29 janvier 2017, parle de C-71 comme d'« un pas dans la bonne direction ».

« Mais la destination, pour ma part, c'est de bannir les armes qui sont conçues et utilisées pour leur efficacité à tuer des gens. Comme les armes d'assaut qui ont fait déjà trop de victimes un peu partout, [dont] chez moi à Sainte-Foy », a-t-il écrit à La Presse.

Mais à moins d'un revirement spectaculaire, on n'arrivera pas à destination dans un premier mandat libéral. Le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, a déjà prévenu en décembre dernier que rouvrir C-71 pourrait se traduire par sa mort au feuilleton.

Celui qui pilote la mesure législative au Sénat, l'indépendant André Pratte, aurait aimé que l'on aille « plus loin », parce qu'« on a un problème grave qui mérite qu'on ait des solutions législatives et autres audacieuses ».

La différence canadienne

Le sénateur québécois n'est toutefois pas convaincu que la prohibition à la néo-zélandaise serait forcément la voie à suivre. Car la Nouvelle-Zélande est, littéralement, une île. Le Canada, lui, partage sa frontière avec les États-Unis, ce qui pose des problèmes d'ordre pratique, selon lui.

« Si tu interdis des armes qui sont très utilisées, par exemple tous les types d'armes semi-automatiques, ça va accentuer considérablement la contrebande », a-t-il fait valoir en entrevue à La Presse plus tôt cette semaine.

On pourrait par ailleurs s'attendre à une levée de boucliers des lobbys proarmes du Canada, alors que du côté de la Nouvelle-Zélande, la réforme Ardern fait consensus jusque dans les rangs des lobbys de propriétaires d'armes à feu.

« Nous sommes contre toute interdiction d'armes. Cela ne sert en rien la sécurité publique, et cela témoigne d'un mépris à l'égard du droit de propriété des Canadiens », a indiqué à La Presse Blair Hagen, vice-président de la National Firearms Association (NFA).

Depuis le dépôt de C-71, les sénateurs ont été inondés de courriels et de documents en provenance des lobbys proarmes canadiens. L'Association des sports de tir du Canada s'est même fendue d'un bouquin sur la question, diffusé gratuitement en ligne.

« Je suis pu capable de les entendre, a persiflé le sénateur Dalphond. Tout ce lobbying, on l'aurait eu de la même façon, mais on aurait pu au moins faire quelque chose comme un grand pas [en bannissant les armes semi-automatiques]. »




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