Après des semaines de tergiversations et devant une grogne grandissante de ses propres députés, le premier ministre Justin Trudeau chasse les ministres démissionnaires, Jody Wilson-Raybould et Jane Philpott du caucus libéral.

FANNY LÉVESQUE,MÉLANIE MARQUIS, JOËL-DENIS BELLAVANCE 

« Le lien de confiance a été brisé ». a-t-il dit en s'adressant aux députés libéraux lors d'une rencontre extraordinaire du caucus en fin de journée. Mme Wilson-Raybould avait, quelques minutes avant l'annonce du premier ministre, confirmé son expulsion du caucus sur son compte Twitter.

 Le premier ministre a ainsi acquiescé à la demande de plus en plus pressante des députés libéraux, qui souhaitaient voir leurs deux anciennes collègues expulsées du caucus en raison de leur rôle dans la crise provoquée par l'affaire SNC-Lavalin.

Selon nos informations, la décision de renvoyer Mme Wilson-Raybould et Jane Philpott des rangs libéraux faisait l'unanimité au sein des présidents des caucus régionaux, qui se sont réunis extraordinairement lundi soir pour discuter de la question.

La décision de M. Trudeau survient alors que le caucus national doit se rencontrer demain matin. Toujours selon nos informations, les libéraux voulaient clore le débat aujourd'hui parce que demain 338 jeunes femmes prendront place à la Chambre des communes dans le cadre de l'évènement Les héritières du suffrage.

On ne voulait surtout pas que des rapprochements soient faits entre la place des femmes en politique et le sort réservé aux deux ministres démissionnaires. Depuis des semaines, les conservateurs tentent de dépeindre le premier ministre Justin Trudeau comme un « faux-féministe », voire de misogyne.

  Le malaise chez les députés libéraux s'était d'ailleurs transformé en colère après que l'on eut appris que Mme Wilson-Raybould avait enregistré une conversation téléphonique avec le greffier du Conseil privé, Michael Wernick, à son insu. Lundi, plusieurs élus libéraux avaient laissé tomber les gants dénonçant avec véhémence son geste et réclamant son expulsion du caucus.

« Pour travailler en équipe, il faut faire preuve de loyauté, il faut être de bonne foi [...] je me pose de sérieuses questions sur la capacité de mes collègues à faire preuve de cette loyauté et de cet esprit d'équipe », a lancé, à mots à peine voilés, la ministre Mélanie Joly au sortir du cabinet qui se réunissait ce matin.

Le cas de Mme Philpott a aussi fait l'objet de discussions au caucus des députés ontariens, aujourd'hui, durant une réunion extraordinaire en début d'après-midi.  La principale intéressée a quitté la salle de réunion moins de dix minutes après y avoir fait son entrée. Elle n'a pas voulu dire si on lui avait demandé de quitter ou si elle le faisait de son propre chef - « par respect pour (ses) collègues », a-t-elle argué.

 Des membres de la députation ontarienne ont déclaré qu'on devait lui montrer la porte à elle aussi. Le député John McKay a plaidé que les deux ministres démissionnaires étaient « étroitement liées » pour justifier sa position.

 Lors de leur arrivée au Parlement mardi matin, tant Mme Philpott que Mme Wilson-Raybould ont maintenu qu'elles souhaitaient demeurer au sein du caucus.  

ULTIME TENTATIVE

Jody Wilson-Raybould a par ailleurs bien tenté de plaider sa cause pour éviter un tel châtiment en envoyant une lettre de deux pages à ses collègues en matinée.

Dans une longue introduction, elle se porte à la défense des grands principes que défend le Parti libéral du Canada, rappelant notamment que son parti a promis de faire de la politique autrement. « Je crois profondément que le premier ministre partage aussi cette vision ».

 C'est dans cet esprit qu'elle défend ses gestes qui ont provoqué l'affaire SNC-Lavalin : « Je n'ai eu aucune hésitation de défendre ce que je crois être juste et nécessaire pour le pays depuis septembre 2018 concernant le dossier de SNC-Lavalin ».

Du même souffle, elle reconnaît que ces gestes ont provoqué la colère de ses pairs. « Je sais que plusieurs d'entre vous sont fâchés, blessés et frustrés. Et franchement, moi aussi je le suis. Je suis fâchée, blessée, et frustrée parce que je sens et je crois que je défendais les valeurs que nous nous sommes tous engagés à défendre », écrit-elle.

Comme elle l'a dit clairement durant la conversation téléphonique avec le greffier du Conseil privé, Michael Wernick, enregistrée à son insu le 19 décembre et rendue publique vendredi dernier, Mme Wilson-Raybould rappelle de nouveau qu'elle tentait de « protéger le premier ministre et le gouvernement d'un terrible dégât ».

Rappelant ses origines autochtones,   l'ancienne ministre a dit croire qu'elle défend la vérité, comme ses ancêtres le lui ont toujours enseigné. « Ultimement, le choix qui est devant vous est de savoir à quel genre de parti vous voulez appartenir ».