Que nous réserve l’horizon politique pour l’année prochaine ? Ce champ de bataille qui comporte habituellement une bonne part d’imprévu paraît cette fois étonnamment calme. Le gouvernement Legault vogue sur une mer d’huile, et les marchés ont largement anticipé le résultat des courses à la direction du Parti libéral du Québec (PLQ) et du Parti québécois (PQ).

Denis Lessard Denis Lessard
La Presse

Du côté du gouvernement, les sceptiques ont été confondus. Beaucoup s’attendaient à ce que la gestion déplorable du dossier du Programme de l’expérience québécoise par le ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, Simon Jolin-Barrette, marque la fin de la lune de miel entre le gouvernement et l’électorat. Il n’en fut rien. 

Bien sûr, une diminution de la popularité du gouvernement a été constatée dans les sondages de novembre, mais dans un sondage interne de Léger, cette semaine, on constate que la satisfaction à l’endroit du gouvernement est restée intacte. 

« Tous les voyants sont au vert », observe-t-on chez François Legault – trois Québécois sur quatre sont toujours satisfaits du gouvernement. Deux sur trois estiment que le Québec « va dans la bonne direction ». Même le talon d’Achille du gouvernement, la mise en place de la maternelle 4 ans, conserve un niveau appréciable d’appuis.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Après plus d’un an au pouvoir, la popularité du gouvernement de François Legault semble être restée intacte. 

La guérilla autour du projet de loi 34 sur les tarifs d’Hydro-Québec a débouché sur un bâillon parlementaire, mais encore là, cette question, la priorité de l’opposition libérale l’automne dernier, n’a pas laissé de traces. 

Même chose du côté de l’entente avec les médecins spécialistes ; François Legault, qui se faisait fort d’imposer des baisses annuelles de 1 milliard à la rémunération des médecins, a dû se contenter d’un résultat bien moins éclatant. Une réduction progressive qui mènera à 500 millions par année. Dans quatre ans. Les médecins, représentés par Lucien Bouchard, ont conservé les acquis, la prestation pour les actes ne sera pas diminuée.

Pour 2020, le gouvernement jouera le premier. L’annonce du projet de « consigne élargie » de Benoit Charette devrait tomber en janvier. Québec a déjà prévenu l’industrie de l’embouteillage d’eau et des boissons sucrées qu’elle devrait vivre avec ces nouvelles contraintes. Les petites bouteilles individuelles seront frappées d’une consigne qui en fera grimper le prix ; on s’attend à une réduction des ventes de 40 %. 

Mais les détaillants ont au moins obtenu leur principale demande : aucun commerce ne sera obligé de récupérer les bouteilles, même s’il en a vendu. On explique que 400 points de cueillette sont prévus et on s’attend à ce que 1500 détaillants continuent de reprendre ces bouteilles vides, un service qui peut accroître l’affluence de clients.

Une consigne sera imposée sur les bouteilles de vin vendues par la Société des alcools. Les succursales qui le peuvent pourront les récupérer, mais on pourra les rapporter dans les nouveaux centres de récupération.

Stratégiquement, on reportera la conclusion de cette démarche au-delà des prochaines élections, de crainte que des problèmes inattendus viennent porter ombrage à un gouvernement sur la piste de lancement d’une campagne électorale. 

La consigne sera le premier volet d’une trilogie environnementale. Rapidement, le ministre Charette déposera aussi son plan d’électrification des transports, le plan d’action jusqu’en 2030. 

Budget de mars

En mars, ce sera le dépôt du deuxième budget d’Eric Girard, qui sera aussi orienté sur l’environnement. On touchera aussi les familles, mais il ne faut pas s’attendre à des baisses générales des tables d’impôts ou à l’accélération de la promesse qui reste à remplir : le nivellement du taux de taxe scolaire sur tout le territoire. Le budget sera aussi un moment important dans la saga des négociations avec le secteur public.

M. Legault sera en Floride pour les vacances, mais sa rentrée se fera le 12 janvier à une conférence des premiers ministres provinciaux à St. John’s, à Terre-Neuve. On y parlera d’électricité, ce qui intéresse Québec, qui a des visées pour l’exportation au Nouveau-Brunswick. On s’attend à Québec à une convocation pour une conférence fédérale-provinciale à Ottawa, au début de février.

Juste avant, à la fin de janvier, M. Legault sera passé à Davos afin d’assister au sommet économique annuel qui rassemble bien des chefs de gouvernement et des barons d’entreprises. Il sera revenu à temps pour recevoir les propositions du comité de la Caisse de dépôt, mandaté pour trouver un successeur à Michael Sabia. 

Les jeux ne sont pas faits, mais encore là, le marché a anticipé le résultat de la course. Pour l’heure, il paraît probable que le comité recommande un candidat de l’interne – les super-gestionnaires de New York ou de Paris ne sont pas en position de tête. S’y trouvent plutôt deux candidats de la boîte : Charles Émond, le « wiz » du secteur financier qui vient d’arriver à la Caisse, et Macky Tall, grand responsable du projet du REM, qui en est à sa 15e année dans l’institution. Les paris sont ouverts, mais déjà on entend que choisir Émond risquerait d’entraîner le départ de Tall. Avec le senior, on aurait de bonnes chances de conserver le jeune Émond, qui aurait l’assurance d’arriver au sommet à la prochaine occasion.

Le rituel des négociations

Les prochains mois seront aussi mobilisés par les négociations du secteur public. Québec a fait maugréer les centrales avec des offres bien plus basses que prévu. Des centrales voulaient 4 % par année sur trois ans, Québec offre 7 % pour l’ensemble d’une convention de cinq ans. Une collision prévisible ? Pas certain. 

D’abord, les négociateurs du Trésor nous ont habitués à ces longs pourparlers où, finalement, ils reçoivent du « politique » un mandat de régler bien au-delà de la proposition initiale. Martin Coiteux, le libéral, a déjà joué dans ce film. C’est d’autant plus vrai maintenant que les coffres sont pleins. 

Aussi, les centrales ne sont pas regroupées en front commun. Leurs intérêts divergent passablement. Finalement, Québec a promis de faire un effort particulier pour les préposés de la santé, d’offrir plus de postes d’infirmières et d’améliorer les salaires pour les jeunes enseignants. L’opinion publique sera derrière Québec en cas d’affrontement.

De l’autre côté de l’Assemblée nationale, libéraux et péquistes sont passablement perplexes. Le PLQ se cherche. Non seulement la direction reste en suspens, mais les orientations fondamentales du parti ne sont pas davantage définies. Bien sûr, on plaidera qu’il faut attendre un nouveau leader qui aura à choisir la direction qu’il veut prendre, mais le vacuum sur le contenu fait mal à l’organisation. 

Avec seulement 30 000 membres, le PLQ n’a même pas de président d’association dans 40 des 125 circonscriptions, du jamais-vu. Et l’irruption d’un Jean Charest dans la course au Parti conservateur risque de siphonner bien des organisateurs libéraux aguerris, parmi les meilleurs. 

La course entre Dominique Anglade et Alexandre Cusson ne fera pas grimper les cotes d’écoute des informations télévisées. L’absence de défi pourrait bien venir à bout de la patience d’un Gaétan Barrette, bien que celui-ci, pour l’heure, martèle qu’il compte terminer son mandat.

C’est le même spleen du côté du PQ, qui, lui, veut manifestement recentrer son discours sur la souveraineté. Intelligent et mesuré, le seul candidat annoncé, Sylvain Gaudreault, n’a guère de charisme. Il faut s’attendre à ce qu’une fois son successeur choisi, le chef intérimaire, Pascal Bérubé, annonce son départ de la politique. Il songe depuis longtemps à une carrière médiatique ou dans le secteur culturel.