(Ottawa) Ayant œuvré pendant plusieurs années sur la scène fédérale avant de faire le saut en politique provinciale en 1998, l’ancien premier ministre du Québec, Jean Charest, songe « très sérieusement » à se lancer dans la course à la direction du Parti conservateur du Canada.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Inquiet pour l’unité nationale dans la foulée des dernières élections fédérales, et convaincu que les conservateurs doivent présenter des politiques plus audacieuses dans le dossier de la lutte contre des changements climatiques, M. Charest amorce donc une réflexion qui en a surpris plus d’un dans les rangs conservateurs.

Des sources proches de Jean Charest ont confirmé à La Presse mercredi soir que l’ancien premier ministre a été inondé de courriels et d’appels l’invitant à reprendre du service à Ottawa dans la foulée de la démission-surprise du chef conservateur Andrew Scheer la semaine dernière.

« Depuis la démission d’Andrew Scheer, il a été littéralement enseveli de courriels de la part de membres du parti, de députés conservateurs actuels et d’anciens députés qui l’invitent à se lancer dans la course. Il a été ébranlé par tout cela et il croit qu’il a le devoir d’entreprendre cette réflexion. Il y songe très sérieusement », a affirmé l’une de ces sources proches de M. Charest, qui a requis l’anonymat afin de pouvoir s’exprimer plus librement.

Parfaitement bilingue, et connaissant bien le pays, M. Charest n’a pas fixé d’échéancier précis pour conclure cette réflexion, a-t-on indiqué. Mais les prochains jours seront consacrés à cet exercice, lequel sera alimenté par les conseils, les avis et les commentaires de sa famille, certes, mais aussi de conservateurs influents.

« Tout va vraiment très vite en ce moment. Et je vous assure que ce n’est pas un ballon d’essai politique. C’est du sérieux, car évidemment qu’une telle décision aura un impact important sur sa vie et sa famille », a commenté cette source.

S’il décide de briguer la direction du Parti conservateur, M. Charest augmenterait ses chances de réaliser l’une de ses grandes ambitions, soit devenir premier ministre du Canada. Toutefois, la fameuse enquête Mâchurer de l’Unité permanente anticorruption sur le financement politique, à l’époque du gouvernement libéral, pourrait lui porter ombrage. Cette enquête dure depuis plusieurs années, ce qui pourrait nuire à ses appuis au Québec. Rappelons qu’aucune accusation n’a jamais été déposée contre l’ex-premier ministre.

Avant même qu’il n’ait terminé sa réflexion, des stratèges conservateurs issus de la branche réformiste du parti l’ont attaqué. C’est le cas notamment de Jenny Byrne, une ancienne proche collaboratrice de Stephen Harper, qui n’a pas perdu de temps à mettre en doute les convictions conservatrices de M. Charest sur son compte Twitter.

« Un ancien premier ministre libéral qui a appuyé le coûteux et inefficace registre des armes à feu veut être candidat pour diriger le Parti conservateur. OK… Durant la campagne électorale fédérale de 2008, le premier ministre Jean Charest a exhorté les partis à maintenir et à renforcer la réglementation sur le contrôle des armes à feu », a écrit Mme Byrne. Cette dernière fait partie des stratèges conservateurs qui ont poussé Andrew Scheer vers la porte de sortie. L’accueil de la candidature potentielle de Jean Charest a aussi été mitigé chez bon nombre de Bleus du Québec.

Sur la scène fédérale, Jean Charest a été député progressiste-conservateur de la circonscription de Sherbrooke de 1984 à 1998. Durant les années au pouvoir du gouvernement de Brian Mulroney, il a notamment été leader adjoint du gouvernement et ministre d’État à la Condition physique et au Sport amateur et plus tard ministre de l’Environnement.

En 1993, il a été candidat à la direction du Parti progressiste-conservateur et il est arrivé deuxième derrière Kim Campbell. Après la défaite historique des conservateurs aux élections d’octobre 1993 – Jean Charest et Elsie Wayne ont été les seuls rescapés d’une vague anticonservatrice qui a porté les libéraux de Jean Chrétien au pouvoir – , il s’est retrouvé à la barre du parti, s’illustrant notamment durant la campagne référendaire de 1995 quand il a brandi son passeport durant un rassemblement du camp fédéraliste.

En 1998, il a cédé aux pressions pour diriger le Parti libéral du Québec, alors sur les banquettes de l’opposition à l’Assemblée nationale. Il a alors affronté son ex-collègue conservateur sur la scène fédérale, Lucien Bouchard, devenu premier ministre du Québec après la démission de Jacques Parizeau dans la foulée du référendum sur la souveraineté du Québec et après avoir dirigé le Bloc québécois.

Le nom de Jean Charest s’ajoute donc à une liste de candidats potentiels qui s’allonge depuis une semaine. L’ancien ministre de la Justice et de la Défense Peter MacKay est aussi en réflexion, tout comme les députés conservateurs Gérard Deltell et Pierre Poilievre. Ces trois aspirants étaient d’ailleurs à Boucherville mercredi soir pour jauger leurs appuis à l’occasion d’un rassemblement des membres de l’aile québécoise du Parti conservateur pour marquer le début du congé des fêtes.

Les autres candidats qui songent à briguer la direction du parti sont l’homme d’affaires montréalais et ancien sénateur conservateur Michael Fortier, les députés conservateurs Erin O’Toole et Michael Chong, et l’ancienne ministre de la Santé et de l’Environnement dans le gouvernement Harper, Rona Ambrose.

Pour l’heure, un seul candidat a confirmé ses intentions. Il s’agit de l’homme d’affaires et ancien membre des Forces armées canadiennes Bryan Brulotte. Ce dernier est peu connu actuellement chez les conservateurs, mais son implication dans la formation remonte à plusieurs années.

— Avec Fanny Lévesque, La Presse