(Québec) Des associations de circonscription remettent en question la gestion de la cagnotte et revendiquent une plus grande autonomie financière.

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

La Coalition avenir Québec (CAQ) voit l’argent affluer et occupe la tête en matière de financement politique, une première. Des voix s’élèvent toutefois pour remettre en question la mainmise de la permanence du parti sur la cagnotte et déplorer une déconnexion avec la base.

L’argent suit le pouvoir, dit-on. Et la tendance se confirme avec la CAQ, qui, au cours des dernières années, se retrouvait le plus souvent en quatrième position pour la récolte de dons, derrière Québec solidaire.

Cette année, la CAQ a amassé jusqu’ici près de 536 000 $ en contributions et s’approche des 6000 donateurs. C’est largement plus que le Parti libéral du Québec (PLQ), qui vit une disette à l’approche de sa course à la direction.

Sommes des contributions

• CAQ : 535 998 $ (5786 donateurs)
• PQ : 368 668 $ (5770 donateurs)
• PLQ : 219 904 $ (2585 donateurs)
• QS : 152 298 $ (2114 donateurs)

Au deuxième rang pour ce qui est de la valeur totale des contributions, le PQ compte à peu près le même nombre de donateurs que la CAQ. Une performance notable de la part d’un parti sans chef permanent et comptant seulement neuf députés. Mais d’un point de vue historique, c’est que, pour une rare fois, un autre parti rivalise avec le PQ quant au nombre de contributeurs.

Tout don est limité annuellement à 100 $ par électeur. Sauf en année électorale, où la contribution individuelle peut aller jusqu’à 200 $, comme ç’a été le cas en 2018. C’est à ce moment que la CAQ a amorcé sa remontée. Elle avait alors récolté un peu plus de 1 million, autant que le PLQ, mais moins que le PQ (1,3 million).

Pour la CAQ, c’est le jour et la nuit par rapport à 2017 : elle avait amassé 258 000 $, loin derrière le PQ (838 000 $), le PLQ (769 000 $) et QS (331 000 $).

Sa performance s’explique évidemment par son accession au pouvoir, mais aussi par ses activités de financement qui se multiplient depuis les élections. On attire les donateurs avec la présence de ministres, très sollicités pour ces cocktails.

Les coffres se remplissent également grâce à l’allocation de l’État versée par le Directeur général des élections (DGE) du Québec. Cette allocation est distribuée proportionnellement au pourcentage des votes obtenus lors des dernières élections générales. La CAQ recevra ainsi, par année, 1,5 million de plus qu’auparavant.

Allocations du DGE en 2019

• CAQ : 3,7 millions (contre 2,2 millions en 2018)
• PLQ : 2,4 millions (contre 3,6 millions en 2018)
• PQ : 1,7 million (contre 2,5 millions en 2018)
• QS : 1,6 million (contre 990 000 $ en 2018)

Les dons et les allocations en hausse permettront à la CAQ d’éponger la dette de 1,5 million découlant de la campagne. Ce sera une tâche beaucoup plus difficile pour le PQ, qui traîne un boulet de 2,4 millions et qui voit son allocation du DGE fondre en raison de sa débâcle électorale. Québec solidaire est quant à lui dans le rouge de 195 000 $. Le PLQ est le seul parti à avoir un bilan positif, en raison de ses immobilisations.

Garder sa part

À la CAQ, la gestion de la cagnotte est remise en cause. La question sera soulevée le 3 novembre lors d’une rencontre à huis clos des présidents des comités d’action locaux (CAL) – le nom donné aux associations de circonscription. C’est la première fois de son histoire que la CAQ réunit ainsi ses présidents, sous le thème « On vous écoute ».

« Si on a des demandes, ça va être le temps de les faire. Et nos demandes vont être surtout sur l’organisation », affirme le président du CAL de Rivière-du-Loup–Témiscouata, Jean-Guy Dionne, un ancien du Parti québécois.

Il revendique plus d’autonomie financière pour les CAL. À l’heure actuelle, un CAL doit envoyer au bureau national 100 % de l’argent qu’il amasse.

Pour nous, ce serait important d’avoir un budget pour nos propres activités ou pour nos dépenses. Actuellement, il n’y en a pas. J’ai déjà été dans un autre parti [le PQ] et on était plus autonome que ça.

Jean-Guy Dionne, président du CAL de Rivière-du-Loup–Témiscouata

« On avait là-bas [au PQ] un pourcentage qu’on envoyait au national, mais il y avait un pourcentage qu’on gardait au [niveau] local. » Il déplore qu’un CAL doive adopter une résolution pour obtenir un remboursement de la permanence du parti.

M. Dionne a été nommé récemment bénévole de l’année pour sa circonscription, détenue par la CAQ depuis le 1er octobre 2018. Il est le père de Manuel Dionne, directeur des relations médias de François Legault, et d’Amélie Dionne, directrice des communications de Marie-Eve Proulx, ministre déléguée au Développement économique régional.

Chaque CAL a un objectif de financement annuel de 10 000 $ – celui de Rivière-du-Loup a amassé 15 000 $ jusqu’ici, se félicite M. Dionne. Il ajoute qu’un CAL doit recruter au moins 200 nouveaux membres par année.

Réalité récente

La CAQ compte un CAL dans toutes les circonscriptions, selon la directrice générale Brigitte Legault. C’est toutefois une réalité récente : celui de Duplessis (Côte-Nord) est né en août, par exemple.

« Il faut se rendre à l’évidence : sur 125 circonscriptions – c’est mon opinion personnelle, mais c’est une opinion partagée par la présidente et la directrice générale du parti –, si on a 25 CAL qui sont franchement bien organisés, c’est le gros maximum », confie Laurent Champagne, qui a quitté récemment la présidence du CAL de Joliette après huit ans afin de prêter main-forte au candidat conservateur local. C’est un militant de la première heure qui, au nom du bureau national, a donné des formations à des membres de CAL.

Les personnes ayant à la fois du temps à donner, des connaissances en gestion et une bonne maîtrise de la loi électorale sont « très, très rares », souligne-t-il. « Alors vous voyez pourquoi ils ne veulent pas remettre l’argent entre les mains des associations. Je pense que ça devrait être comme ça dans tous les partis parce que ça donne un meilleur contrôle de l’argent et des dépenses. » Il note qu’un CAL dispose d’un « budget virtuel » contrôlé par la permanence et qu’il doit faire préautoriser toute dépense.

La CAQ l’a approché pour revenir aux affaires, mais il a mis fin à tout engagement politique. Non sans remettre « un petit mémoire » à son chef et à la directrice générale, dont il vante les compétences par ailleurs.

« Le pont entre le parti et les CAL, ça ne marche pas, juge-t-il. Le parti est là seulement pour [soutenir] le chef. Il y a toujours une dichotomie entre le parti et les CAL, et les CAL ont de la difficulté à avoir des bénévoles. Je [leur] ai écrit avant de partir pour leur demander de créer un enracinement » du parti au niveau local. Il note que d’autres partis peuvent éprouver un problème semblable.

Conseil général très « spécial »

Aucun débat et aucune résolution sur la table : le conseil général « spécial » de la CAQ le samedi 2 novembre, à Québec, sera un exercice plutôt inhabituel. Ce sera surtout l’occasion de souligner le premier anniversaire du gouvernement. Le parti fera un « suivi des engagements électoraux », alors que plusieurs ministres prononceront des conférences sur les thèmes de l’économie, de l’éducation et de la famille. La CAQ a tenu des consultations cet automne dans chaque région sur des propositions en matière de développement régional, mais étrangement, il n’en sera pas question samedi. Le conseil général servira de rampe de lancement pour l’élection partielle dans Jean-Talon à Québec, circonscription laissée vacante à la suite du départ du libéral Sébastien Proulx. Le gouvernement doit déclencher cette élection mercredi pour un vote le 2 décembre. La directrice de cabinet du ministre Éric Caire et ex-candidate dans la même circonscription aux dernières élections générales, Joëlle Boutin, portera les couleurs du parti.