(Québec) L’opposition libérale a bloqué mardi une motion de l’Assemblée nationale qui déplorait la répression des élus et des militants indépendantistes en Catalogne.

Mis à jour le 22 oct. 2019
Patrice Bergeron La Presse canadienne

Le Parti libéral se dit toutefois ouvert à rediscuter de l’enjeu dans une motion formulée différemment.

La motion a été déposée par Québec solidaire et appuyée par le Parti québécois (PQ) ainsi que le gouvernement caquiste, mais le Parti libéral a refusé de donner son consentement pour en débattre. Elle faisait écho aux peines de neuf à treize ans prononcées contre des élus catalans par un tribunal espagnol pour avoir tenu un référendum sur l’indépendance.

« L’Espagne bafoue le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, a déclaré en conférence de presse la députée de Taschereau, Catherine Dorion, peu après. Qu’est-ce que ça dit sur comment le Parti libéral va réagir à ce qui risque de se passer au Québec dans les prochaines années ? Très préoccupant. »

Le porte-parole du Parti québécois en matière de relations internationales, Joël Arseneau, a indiqué que sa formation était « très, très déçue » de la position du PLQ.

« On a beaucoup de difficulté à comprendre les résistances du Parti libéral à appuyer la démocratie et l’exercice démocratique en Catalogne », a-t-il déclaré en conférence de presse.

Il a précisé qu’il y avait eu de nombreuses tractations sur le libellé de la motion. Plutôt que de « prendre acte des lourdes peines » infligées à certains élus indépendantistes par les tribunaux, les libéraux proposaient de « reconnaître » les peines, a-t-il évoqué.

« La signification est complètement différente, a fait valoir M. Arseneau. Si on reconnaît les lourdes peines, on va donc les accepter, et pour nous, c’est absolument inacceptable. »

« C’est un dossier très délicat », a argué le leader parlementaire libéral, Marc Tanguay, dans une entrevue téléphonique avec La Presse canadienne mardi après-midi.

« Les mots sont importants », a-t-il poursuivi, en invoquant la prudence quand on se mêle des décisions des tribunaux d’un pays membre de l’Union européenne.

« Il est question d’indépendance, du respect des droits de tout un chacun, et jusqu’à quel point on prend parti pour un contre l’autre. »

M. Arseneau a pour sa part plaidé qu’il y a des précédents où les démocraties occidentales ont signifié leur désapprobation quand il y a « détournement de démocratie » par la voie judiciaire ou quand le droit à l’autodétermination des peuples a été bafoué.

Il redoute qu’un jour un gouvernement canadien puisse brandir ce genre de menace contre des leaders souverainistes au Québec, sans que le PLQ ne lève le petit doigt.

« Je n’ose pas penser que les libéraux sont rendus là dans leur déconnexion du sentiment général. »

Le PQ a proposé pour sa part la rédaction d’une lettre qui pourrait être transmise aux autorités espagnoles pour les inviter à régler le conflit de façon pacifique.

La motion déposée se lisait comme suit : « Que l’Assemblée nationale déplore l’intimidation institutionnelle et la violence des gestes posés envers des élus et des membres de la société civile de la Catalogne ; qu’elle déplore les lourdes peines d’emprisonnement récemment infligées à des politiciens catalans élus légitimement et démocratiquement ; qu’elle réitère son appel à la négociation afin de trouver une solution politique, démocratique et pacifique au conflit actuel ; que l’Assemblée nationale appelle également au respect des droits et libertés fondamentales de l’ensemble des citoyens et citoyennes de la Catalogne et de l’Espagne. »