Faire voter les Québécois coûte de plus en plus cher. Les coûts liés aux bureaux de vote ont augmenté de 64 % entre 2008 et 2018. Cette hausse s’explique notamment par la location de locaux, dont les prix ne cessent d’augmenter. Le Directeur général des élections du Québec met en cause la loi de l’offre et de la demande.

Jean-Thomas Léveillé Jean-Thomas Léveillé
La Presse

Tout augmente

Les coûts liés aux bureaux de vote ont augmenté de plus d’un demi-million de dollars au Québec depuis 2008, démontrent des données du Directeur général des élections du Québec (DGEQ) que La Presse a obtenues par la Loi sur l’accès à l’information. Quatre élections générales ont eu lieu durant cette période. Cette catégorie de dépenses représente seulement une petite portion du coût total des scrutins, qui se chiffrent en dizaines de millions de dollars, mais il s’agit d’une hausse de 64 %. Tout a augmenté : les coûts pour la location ou l’emprunt de locaux, mais aussi ceux pour la location de mobilier (+ 30 %) et la réalisation de travaux (+ 41 %), qui consistent généralement à aménager des rampes d’accès pour les personnes à mobilité réduite et à déneiger.

Coûts généraux liés aux bureaux de vote (Québec)

2008 : 849 943 $

2012 : 840 147 $

2014 : 1 060 572 $

2018 : 1 391 565 $

Écart 2008/2018 : 541 622 $ ou + 64 %

Source : Directeur général des élections du Québec

Loyers en hausse

La location de locaux a bondi de 29 %, les loyers totaux passant de 299 000 $ à 384 000 $. Pourtant, le nombre de locaux loués, lui, n’a augmenté que de 9 %, passant de 854 à 928. Le DGEQ attribue une partie de cette augmentation à la hausse du coût de la vie, chiffrant l’inflation à 12 % depuis 2008. Mais la loi de l’offre et de la demande y est pour beaucoup, ajoute Julie St-Arnaud Drolet, porte-parole de l’organisation. « On est soumis au prix du marché », dit-elle, insistant sur « le défi réel » que représente l’obligation de trouver des locaux pour des locations de courte durée. « On n’a pas toujours le loisir de choisir parmi plusieurs lieux. »

Compensations financières bonifiées

C’est la hausse des compensations financières versées pour les « locaux gratuits » qui est la plus faramineuse : 122 % entre 2008 et 2018. Mais c’est aussi celle qui s’explique le mieux : d’abord parce que les tarifs sont indexés depuis 2014, ce qui n’avait pas été fait depuis longtemps, concède le DGEQ ; puis parce que les établissements d’enseignement postsecondaire, qui accueillent des bureaux de vote depuis 2014, y ont eu droit à partir de 2018. La Loi électorale obligeait déjà les commissions scolaires et les municipalités à fournir des locaux gratuitement pour le scrutin, mais elles reçoivent une somme pour couvrir les dépenses que cela engendre. La majorité des bureaux de vote sont installés dans des locaux gratuits (65 % en 2018).

Augmentation négligeable en Ontario

Pendant ce temps, les coûts généraux liés aux bureaux de vote n’ont pratiquement pas augmenté en Ontario, où il y a eu trois élections générales depuis 2008. En calculant les coûts par circonscription, pour tenir compte du fait que leur nombre est passé de 107 à 124 en 2018, l’augmentation n’est que de 5 %. Il n’a toutefois pas été possible de connaître l’augmentation des coûts spécifiquement liés à la location de locaux. « Nous ne publions pas les données concernant la proportion des bureaux de vote qui sont loués par rapport aux bureaux qui sont empruntés [ni] le coût de location des bureaux de vote séparément », a indiqué à La Presse Lisa Camps, porte-parole de l’organisation Élections Ontario.

Hausse anticipée au fédéral

La location de locaux pour les bureaux de vote subit une hausse similaire à celle du Québec au fédéral, où trois élections générales ont eu lieu depuis 2008. En calculant les coûts par circonscription, pour tenir compte du fait que leur nombre est passé de 308 à 338 en 2015, l’augmentation est de 31 %. Elle est « principalement due » à l’inflation, à l’augmentation du nombre de bureaux de vote liée à la hausse du nombre d’électeurs et à l’ajout d’une journée de vote par anticipation, a indiqué à La Presse Ghislain Desjardins, porte-parole d’Élections Canada. Les coûts par circonscription sont plus élevés parce que la loi électorale fédérale ne prévoit pas de locaux gratuits. Élections Canada estime que la location de locaux bondira à 13,1 millions de dollars au scrutin d’octobre prochain.

Entrevue refusée

Certains propriétaires immobiliers profitent-ils de la situation particulière que représente la tenue d’élections pour exiger des loyers démesurément élevés ? Malgré les demandes répétées de La Presse, « Pierre Reid, directeur général des élections, n’accordera pas d’entrevue sur le sujet », a indiqué Julie St-Arnaud Drolet. « Notre plus grande préoccupation, c’est de favoriser l’exercice du droit de vote », a-t-elle ajouté, indiquant qu’il revient parfois moins cher de louer un local privé plutôt que d’adapter un local gratuit pour le rendre accessible. Le DGEQ affirme ne pas être « au fait » des coûts liés à l’organisation de bureaux de vote dans d’autres territoires.

— Avec William Leclerc, La Presse